Madoff (2016) : le col blanc psychopathe

Madoff est une nouvelle minisérie de deux épisodes qui a été diffusée les 3 et 4 février sur les ondes d’ABC aux États-Unis. Comme son titre l’indique, l’histoire retrace la vie professionnelle et personnelle du financier Berndard Madoff (Richard Dreyfuss), celui qui était vu comme étant LE magicien de Wall Street et qui à la crise économique de 2008 s’est transformé en un des plus grands escrocs de la planète, écopant ensuite une peine de prison de 150 années. ABC a frappé un grand coup avec cette production qui nous fascine autant qu’elle nous écœure. Les comédiens sont épatants et dans son ensemble, la série nous offre à la fois le portrait troublant d’un homme sans scrupules et par la bande, une critique bien sentie du système financier, notamment américain qui est loin d’être blanc comme neige.

Le diable est parmi nous

Madoff débute alors que des milliardaires de partout dans le monde ont une confiance aveugle envers ce magicien qui en plus, devient président du NASDAQ de 1990 à 1993. Dans ce climat de confiance qui vire à l’idolâtrie, un seul est sceptique : Harry Markopolos (Frank Whaley), un analyste financier qui après avoir regardé de près le fonctionnement de la Bernard L. Madoff Investment Securities LLC, alerte la SEC (Securities and Exchange Commission). D’abord ignoré par l’organisme, celui-ci consent enfin à regarder de plus près les chiffes, mais comme hypnotisé par l’aura de ce supposé magnat de la finance, ne va pas à fond dans les dossiers et Madoff s’en tire sans une éraflure. Il faudra attendre la crise financière de 2008 et que quelques investisseurs décident de retirer leur argent pour que l’entreprise s’effondre : c’est que l’homme avait reproduit le « schéma de Ponzi », c’est-à-dire que l’argent qu’il prenait pour payer en intérêts ses plus gros clients provenait de plus petits investisseurs qui affluaient par milliers au cours de plusieurs années. En quelques jours, toute l’escroquerie est dévoilée au grand jour et c’en est fini.

Côté familial, la famille est touchée par plusieurs drames : le neveu de Madoff, atteint de leucémie, est récemment décédé alors que son plus jeune fils Andrew (Danny Deferrari) est atteint d’un cancer lymphatique. Son plus vieux, Mark (Tom Lipinski) entretient une haine sourde à l’égard de son père qui refuse de le promouvoir et quant à madame Madoff, Ruth (Blythe Danner), elle tente tant bien que mal d’accorder tout ce beau monde. Lorsque l’entreprise s’effondre et qu’ils apprennent tous comment le patriarche procédait, les liens familiaux explosent et les pires drames sont à venir.

 

Il n’est plus rare de retrouver en heure de grande écoute à la télévision américaine des séries qui rivalisent avec des scènes de violence poussant toujours les limites de l’acceptable (The Following, Wicked City, Gotham, Stalker, etc.) dans un geste presque désespéré pour garder captif un public qui a tendance à être plus en plus volage. En ce sens, espérons que Madoff ouvrira la porte à quelque chose de nouveau : le criminel financier. En effet, celui que l’on dépeint ici pourrait être comparé à un psychopathe, ne serait-ce que pour les vies qu’il a détruit : si on a moins tendance à s’apitoyer sur le sort des banques qu’il a roulées, leur effondrement touche toute une classe de petits investisseurs qui ont mis quelques fois un montant économisé au cours de toute une vie dans les mains d’un homme sans scrupules. L’idée d’incorporer dans l’une des scènes finales des témoignages de réels petits investisseurs ayant été floués nous fend littéralement le cœur. Même chose lorsqu’on le voit prendre l’argent de l’héritage de sa secrétaire Eleanor Squillari (Erin Cummings) après que celle-ci lui ait demandé de l’investir. Dès lors, on comprend surtout que Madoff aime se trouver sur la corde raide; jouer avec le feu, et la métaphore avec le poker (on le voit y jouer à plusieurs reprises) vient renforcer cette impression.

En même temps, on éprouve une certaine fascination (qui n’est pas des plus saines, soit) à son égard parce que durant la majorité de la série, tout lui réussit : que ce soit lorsqu’il défie ouvertement la SEC ou lorsqu’il laisse les investisseurs venir à lui (sa rengaine : « I don’t pitch ») avec des millions à investir, voire, des milliards. Ce mélange de charme et de dégoût que l’on ressent et qui rend Madoff si fascinante, on le doit d’abord et avant tout à Richard Dreyfuss qui interprète de façon magistrale ce bandit à cravate.

Ne pas tirer sur le messager?

L’autre aspect fort pertinent de Madoff est qu’on fait tout de même la part des choses entre l’effondrement de l’empire de l’homme et la crise financière qui l’a précédée. Certes, l’un est la conséquence l’un l’autre, mais la Federal Reserve Bank aux États-Unis qui a grandement abaissé les taux directeurs au début des années 2000, encourageant les gens à s’endetter, pour ensuite les remonter plusieurs fois et les politiques économiques de Bill Clinton à George W. Bush qui ont donné plus de pouvoirs aux banques sont directement au cœur de la crise financière de 2008. D’ailleurs, l’utilisation des images d’archives allant dans ce sens dans la série sont particulièrement éloquentes et dans tout ce chaos économique, les hauts dirigeants ont trouvé leur bouc émissaire : Bernard Madoff. Enfin quelqu’un en chair et en os que l’on peut blâmer et non toutes sortes d’explications abstraites que le public ne peut comprendre. Certes, les crimes du financier sont énormes, mais qu’en est-il de la SEC qui quelques années auparavant, malgré les avertissements, n’a pas daigné enquêter véritablement à fond dans le fonctionnement de son entreprise? Au premier épisode, Markopolos cherche à rencontrer le patron de l’organisme. Un de ses amis qui y travaille le prévient :« You gotta make it so simple that a second-grader can understant it », ce qu’il ne fait malheureusement pas et, c’était à prévoir, le patron ne comprend rien et l’avertissement n’est pas pris au sérieux.

Pour sa première soirée, Madoff a attiré 7,08 millions de téléspectateurs avec un taux de 1,2 sur les 18-49 ans et le lendemain, il en restait 6,7 (taux de 1,0). C’est chiffres sont en deçà des performances d’ABC, ce qui est dommage puisque les épisodes en valaient amplement la chandelle. Une chose est sûre, Bernard Madoff n’a pas fini de faire parler de lui : c’est que HBO planche aussi sur un film concernant le financier déchu intitulé The Wizard of Lies qui mettra en vedette Robert De Niro dans le rôle principal et Michelle Pfeiffer dans celui de son épouse.

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