Beowulf: Return to the Shieldlands (2016): fantastique en moins

Beowulf est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis le début janvier sur les ondes d’ITV en Angleterre et se retrouvera plus tard dans l’année sur Esquire TV aux États-Unis. L’action se déroule à l’époque du Moyen-Âge alors que le guerrier Beowulf (Kieran Bew) revient à Heorot, sa terre natale après un exil qui ne nous est pas encore expliqué afin de rendre hommage à son père adoptif, le baron (ici, le terme est Jarl) Hrothgar (William Hurt) qui a rendu l’âme. Alors que son héritier reste toujours incertain, c’est un autre meurtre qui fait grand bruit au sein de la communauté et le protagoniste fera tout en son pouvoir pour trouver le meurtrier. Adaptation du plus vieux poème conservé de la littérature anglaise, Beowulf souffre surtout de la comparaison de ses prédécesseurs : les effets spéciaux et la mise en scène sont ordinaires tandis que le scénario peine à nous engager sur le long terme.

Il était une fois…

Le moins qu’on puisse dire est que le retour de Beowulf est loin d’être célébré avec la veuve de Hrothgar, Rheda (Joanne Whalley) et son fils Slean (Ed Speleers) qui lui battent froid. Sans connaître le fond de l’histoire, on peut néanmoins affirmer que cette rancœur date de l’enfance puisque de multiples flashbacks nous montrent que le baron avait une préférence marquée envers son fils adoptif qu’il jugeait plus valeureux et faisant preuve d’une grande dextérité lorsque venait le temps de manier l’épée. Non seulement la comtesse refuse que le protagoniste puisse s’agenouiller devant la dépouille de son mari, mais elle l’accuse ensuite du meurtre de Bayen (Nigel Cooke), l’ancien bras droit du défunt. C’est que sans lui, il n’est pas certain que Rheda conserve le pouvoir de son mari alors que plusieurs chefs de tribus sont prêts à contester son autorité. Et quant à Slean, elle ne le juge pas assez mature pour prendre tout de suite le relais. Au second épisode, ce dernier est kidnappé par des brigands et c’est Beowulf qui part à sa recherche, tout en continuant d’investiguer sur le meurtre de Bayen. L’une des possibilités est qu’il s’agisse d’un « Skin-shifter », (un Change-Peau) : des hommes qui se transforment en monstres pour commettre leurs crimes.

Comme mentionné plus haut, Beowulf fait partie du folklore anglais puisqu’il s’agit du plus ancien poème conservé dans la langue de Shakespeare datant entre le 8e et 11e siècle. Dans cet univers, des monstres, qu’il s’agisse de trolls ou de dragons terrorisent la population et on a droit à des luttes de pouvoir, des règlements de compte et combats épiques, bref : tout ce qui fait de la bonne télévision présentement. Mais on a beau vouloir analyser Beowulf pour ce qu’elle est, il est difficile d’éviter le jeu des comparaisons lorsque démarre le générique d’ouverture qui semble être directement calqué de celui de Games Of Thrones. À l’inverse de la superproduction d’HBO, après trois épisodes, on n’a encore rencontré aucun méchant charismatique, les menaces contre le pouvoir de Rheda n’ont rien de bien inquiétant et l’action reste confinée à la ville de Heorot et de ses environs.

Pour ce dernier point, ce n’est pas nécessairement un problème quand on pense à The Last Kingdom (BBC America/BBC Two) dont l’action se limitait au Northumbria. Ces têtes fortes (incluant le héros), leurs allégeances et toute cette réflexion sur la foi avait tôt fait de rendre la série un incontournable. Dans la nouveauté d’ITV, et sûrement à l’image du poème où habituellement on ne va pas dans les nuances, le héros Beowulf est unidimensionnel : l’archétype du chevalier avant l’heure que rien n’effraie.

Et à la différence de la production de la BBC qui s’appuyait sur un recueil de nouvelles adulé et qui au passage nous faisait revisiter un pan inconnu de l’histoire que la plupart d’entre nous ne connaissait pas, le point fort de Beowulf aurait en principe dû être son côté fantastique. Là aussi elle a déçu la plupart des critiques qui n’ont pas oublié de mentionner au passage que pour une production de 17 millions £, les effets spéciaux n’avaient pas grand-chose d’impressionnant. Tout l’argent a dû être mis dans les décors, mais des demeures comme celles de Rheda de style gréco-romain avec ses torches, ses dorures et ses colonnades nous donnent l’impression qu’on s’est trompé de siècle. Quant aux coiffures des personnages, réengager ce barbier sur un autre plateau de tournage est un pensez-y-bien…

Excès de prudence chez ITV?

À la fin du mois d’octobre l’an dernier, l’Ofcom, l’autorité qui gère les plaintes quant au contenu à la télévision était inondée de courriels de mécontents à la suite du premier épisode de la nouvelle série d’ITV Jekyll and Hyde. Sans sombrer complètement dans l’épouvante, au goût de certains, certaines scènes étaient susceptibles de troubler un jeune public et c’est sa diffusion en début de soirée que l’on reprochait à la chaîne. Est-ce que désormais celle-ci ne prêcherait pas excès de prudence? C’est que Beowulf a pris le relais de la case horaire du 19 h les dimanches soirs et que justement, le contenu est assez lisse. Non qu’il faille nécessairement tomber dans l’autre extrême, mais ce genre de récit est propice à des combats entre hommes ou contre des bêtes et se déroule à une époque pour le moins barbare… du coup, la caméra qui s’éloigne systématiquement de son sujet lorsqu’il y a un coup d’épée ou encore l’absence totale de sang affecte inévitablement la crédibilité du contenu.

La première de Beowulf : Return to the Shieldlands a attiré 2,6 millions de téléspectateurs en direct s’accaparant par le fait même 10 % de parts de marché disponibles. La semaine suivante, pour le même pourcentage, la série avait égaré quelque 300 000 ouailles et pour l’épisode #3, ils étaient toujours 2 millions pour 8,7 % de parts. À titre de comparaison, Jekyll and Hyde qui a rassemblé en moyenne moins de 2,5 millions pour sa saison en entier n’a pas été renouvelée. Le même sort devrait être réservé aux aventures de notre valeureux guerrier.

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