Rattrapage automnal anglais : London Spy (2015)

London Spy est une nouvelle série de cinq épisodes qui a été diffusée du 9 novembre au 7 décembre sur les ondes de BBC Two en Angleterre. Celle-ci commence alors que Daniel (Ben Whishaw) rencontre par un hasard de circonstances Alex (Edward Holcroft) et tombe éperdument amoureux de lui, bien que tout dans leur personnalité diffère. Tranquillement, une réelle symbiose s’installe entre les deux êtres, mais voilà que huit mois plus tard, Alex disparaît… ou est assassiné (c’est selon) dans des circonstances plus qu’étonnantes. Il s’avère que le jeune homme travaillait pour le MI6 et encore, ce n’est que la pointe de l’iceberg. Toujours est-il que malgré tous les dangers et les menaces, Daniel est bel et bien décidé à faire la lumière sur cette plus que sombre affaire. Drame d’espionnage unique en son genre, London Spy est un genre de croisement complexe entre Mr Robot d’USA Network et Intrusion d’Arte qui ne cesse de nous induire délibérément en erreur; ce qui nous fascine dans un premier temps, mais qui finit aussi par nous donner quelques maux de tête par moments.

Une autre violence

Apparemment, les contraires s’attirent puisque Daniel et Alex n’ont absolument rien en commun. Le premier est extraverti, verbomoteur et passionné alors que le second est renfermé et froid. Pourtant, les deux se complètent, du moins du point de vue personnel puisque Daniel n’a qu’une idée très vague de ce que fait comme travail son partenaire… il se spécialise dans les chiffres : une banque peut-être. Puis, à la veille d’une fin de semaine prévue à l’extérieur de la ville, il n’a plus de nouvelles et après plusieurs jours d’angoisse, il entre en douce chez lui et découvre le grenier où jamais il n’avait pénétré : il y trouve en grande quantité de l’équipement destiné à des pratiques sexuelles sadomasochistes et une malle dans une mare de sang. À l’intérieur : une tête. Avant d’appeler la police, il cache sur lui un petit cylindre en métal muni d’un code qu’il a trouvé caché dans les affaires de son petit ami. Il ne mentionne pas cet objet à l’inspectrice Taylor (Samantha Spiro) lors de son interrogatoire et après quelques réserves, Daniel finit par se confier à son mentor, Scottie (Jim Broadbent), ancien agent secret. Ensemble, les découvertes sur le disparu s’accumulent : Dominateur, manipulateur, il aurait développé une technologie susceptible d’ébranler le monde, etc. Mais qu’y a-t-il de vrai dans tout cela? Ou de faux?

Avec London Spy, on s’éloigne passablement du genre d’espionnage traditionnel. Pas de gadgets sophistiqués pour récolter des informations, de poursuites ou de délateurs. Il n’y a pas non plus d’ennemi défini : qu’il s’agisse d’un individu, d’une organisation ou d’un pays en particulier. La violence ici n’est pas physique, mais émotionnelle. En ce sens, la nouveauté de BBC Two nous offre une captivante alternative au genre. La série ne dispose pas d’un mirobolant budget et pourtant, on réussit avec un minimum de locations et de protagonistes à faire de London Spy un drame d’espionnage intimiste, ce qui est totalement assumé par la production, comme en témoigne le générique d’ouverture. L’écran est rempli de codes qu’on est incapable de déchiffrer et on voit deux ombres flottant dans une autre dimension. Ils essaient de rester ensemble, mais l’un se noie tandis que l’autre tente désespérément de remonter à la surface et quand il y parvient, une sorte d’écran brisé le coupe du présent. C’est exactement ce qui se passe entre Daniel et Alex. Leur romance semble n’avoir été qu’un songe et de ce que l’on comprend, ce qu’a fait ce dernier est si énorme que son petit ami est condamné à errer alors que tout le système s’est retourné contre lui, même les forces de l’ordre. Ironiquement, le titre réfère à Daniel, mais pourtant, on a l’impression que c’est plutôt lui qui est constamment sur écoute, que dans chaque recoin, il y a quelqu’un qui scrute ses faits et gestes alors que même lui ne sait pas de quoi il en retourne.

Un mensonge n’attend pas l’autre

Daniel tente tant bien que mal de déceler le vair du faux lorsqu’il rencontre des soi-disant proches du défunt, reste que la tâche n’est pas facile. Parce que oui, la nouveauté de BBC Two n’est faite que de mensonges et honnêtement, il est difficile de s’y retrouver. Cette décision scénaristique se répercute amplement dans la mise en scène : il fait toujours très sombre, où que les protagonistes se trouvent, les plans de caméra nous offrent peu de profondeur de champ et à plusieurs moments lorsque Daniel et Scottie spéculent sur le cours des événements, on a droit à des mouvements de caméra à 360 ° ou celle-ci forme tout simplement des cercles de haut en bas accentuant ainsi le sentiment qu’ils ont (et nous aussi) de tourner en rond.

Le personnage principal aussi nous laisse dubitatif : avant d’aller se rendre à un interrogatoire, on le voit pratiquer sa déclaration devant un miroir : tromper l’inspectrice, d’accord, mais cherche-t-il à duper aussi les téléspectateurs? Jouer constamment sur cette ambiguïté a bien entendu ses forces et ses faiblesses. Aussitôt un épisode terminé, on meurt de curiosité de voir le prochain. Puis, l’intrigue prend des disproportions énormes et on se demande si le créateur Tom Rob Smith a les moyens de ses ambitions. La finale est à l’image de la série, provoquant des appréciations très diverses de la part des téléspectateurs (divulgâcheurs dans l’article).

londonspy

 

Une ambiguïté de trop?

Dans le premier épisode lorsque Daniel est au grenier, c’est à peine s’il entrouvre la malle et un plan extrêmement court nous montre une tête. Quiconque a regardé cette scène n’est pas certain de ce qu’il a vu. Alex aurait-il tué quelqu’un ou est-ce la sienne? Dans les épisodes subséquents, tout le monde affirme qu’il est mort, même Daniel. Pourtant, en regardant encore une fois (merci à la vidéo sur demande), rien ne nous prouve qu’il s’agit de la tête d’Alex. Par la suite, on parle brièvement de son enterrement auquel ni le protagoniste, ni le téléspectateur n’ont assisté si bien qu’on n’a jamais vraiment vu son cadavre. Du coup, tout au long de la série, on se demande s’il est vraiment mort et pire, on se demande si le monteur a mal fait son travail et on se dit que ça aurait dû être plus clair. À la fin aussi on laisse une (minuscule) porte entrouverte quant à son sort. Était-ce voulu? Nous prépare-t-on à un second opus?

La première de London Spy a attiré en direct 3,63 millions de téléspectateurs et la finale 2,04. En tout, les cinq épisodes ont été regardés en moyenne par un auditoire de 2,44 millions. C’est beaucoup plus que The Last Kingdom par exemple qui a rassemblé en moyenne 1,64 million de téléspectateurs pour ses huit épisodes sur la même chaîne et qui a été renouvelée pour une seconde saison. À ce stade, on attend toujours des nouvelles de BBC Two.

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