Dickensian (2015): tous dans le même monde

Dickensian est une nouvelle série de 20 épisodes diffusée depuis la fin décembre sur les ondes de BBC One en Angleterre. Comme son titre l’indique, on s’inspire des différents livres écrits par l’auteur Charles Dickens, soit, A Christmas Carol, Great Expectations, Bleak House, Oliver Twist, The Old Curiosity Shop pour ne nommer que celles-là et on y fait interagir les différents personnages. L’idée, écrite par Tony Jordan et Sarah Phelps ne manque pas d’audace et si au départ, les intrigues s’entremêlent rondement, on peut émettre quelques doutes sur la longévité de la série.

Bien du monde et une stratégie de programmation douteuse

Le premier épisode commence et on est à la veille de Noël alors qu’Amelia (Tuppence Middleton) et son demi-frère Arthur (Joseph Quinn) viennent tout juste de perdre leur père. La querelle ne tarde pas à survenir lorsque vient le moment de la lecture du testament : à la grande surprise d’Arthur, mis à part quelques miettes, le patriarche a laissé l’entièreté de sa fortune à Amelia. Furieux, il quitte le nid familial et élabore de nombreux plans afin de reconquérir ce qu’il croit qui lui est dû. Pendant ce temps, Ebenezer Scrooge (Ned Dennehy) et son associé Jacob Marley (Peter Firth) arpentent les rues de la ville afin de recouvrer leurs prêts consentis, au grand mécontentement de la population, à un point tel que ce dernier est retrouvé assassiné. C’est l’inspecteur Bucket (Stephen Rea) qui enquête et le principal suspect est Bill Sikes (Mark Stanley). C’est que depuis longtemps, Marley « louait » les services de sa petite amie Nancy (Bethany Muir), tous deux sous l’emprise de Fagin (Anton Lesser). En parallèle, notons le propriétaire d’un magasin d’antiquités (Karl Johnson) dont la petite-fille Nelle (Imogen Faires) est mourante, Bob Cratchit (Robert Wilfort), l’employé de Scrooge qui peine à joindre les deux bouts et les Barnaby dont la fortune fond comme neige au soleil.

Qui pense à Dickens pense inévitablement à son roman mettant en vedette Srooge et à Noël, adapté carrément à toutes les sauces si bien qu’en ce désert télévisuel qu’est le temps des fêtes, la BBC ne pouvait tomber mieux. Les nouvelles de l’auteur ayant été écrites au XIXe siècle, la recréation d’époque est magnifiquement orchestrée, avec cette touche de féérie que l’on associe aux comtes de l’auteur. L’autre attrait est que sans avoir lu toutes les œuvres représentées à l’écran, chaque téléspectateur connaît forcément les grandes lignes d’une ou deux histoires de cet auteur prolifique si bien qu’il est facile de s’y retrouver, pour ensuite s’acclimater rapidement aux autres trames narratives.

Dans un premier temps, déroger des histoires originales a son charme : chaque personnage a droit à son introduction et il est amusant de voir un Mr Bumble (Richard Ridings) d’Oliver Twist par exemple interagir avec la colorée Miss Gamp (Pauline Collins) de l’œuvre moins connue Martin Chuzzlewit. Et avec le premier épisode se terminant sur le meurtre de Marley, l’enquête qui s’ensuivra est de bon augure. Par contre, après trois épisodes, l’intérêt diminue considérablement. C’est qu’il n’y a pas un thème ou une histoire en particulier qui se démarque et on donne un peu trop d’importance à certains personnages qui auraient dû rester très secondaires.

Les intrigues sont donc un peu trop éparpillées et il y en a pour tous les goûts : meurtre, enquête, menaces, les milieux pauvres comme les riches avec des soucis d’ordre différents (des amours à la Jane Austen aux criminels et escroqueurs de bas étage). Parmi les lieux privilégiés, il y a bien évidemment la rue, mais les commerces et surtout le pub du coin; tous propices aux commérages. Et en y ajoutant quelques minorités évidemment pas présentes dans l’œuvre de Dickens telle Nell qui est noire et un taxidermiste secondant Bucket dans ses enquêtes, Mr Venus (interprété par l’Iranien Omid Djalli); Dickensian se transforme rapidement en soap de début de soirée, très populaire en Angleterre (EastEnders, Coronation Street, Emmerdale, etc.), mais qui n’a rien au fond de réellement novateur. Reste à savoir si à long terme le projet est viable…

Justement, la nouveauté de BBC One comptera vingt épisodes : c’est beaucoup lorsqu’on considère qu’en Angleterre, une série moyenne s’articule aux alentours de cinq à huit. Espérer fidéliser les téléspectateurs pour une si longue période est loin d’être une tâche facile, d’autant plus que les dates de programmations ne sont pas clairement définies : les quatre premiers épisodes ont été diffusés sur deux jours, les 26 et 27 décembre, le # 5 sera présenté le 1er janvier tandis que les #6 et #7 le seront les 6 et 7 janvier respectivement. Il faudra donc être réellement accro à la série pour suivre pratiquement au jour le jour l’horaire de diffusion de la série et pour cette raison, une baisse d’auditoire est donc à prévoir. Il aurait peut-être fallu écourter la saison et s’en tenir à la période des fêtes, en accord de toute façon avec l’univers de Dickens alors qu’aucune compétition n’entre vraiment en ligne de compte.

 

 

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