South of Hell (2015): une série qu’il faut vous expliquer

South of Hell est une nouvelle série de huit épisodes diffusée à la fin novembre sur les ondes de WE tv aux États-Unis. On y suit Maria Abascal (Mena Suvari), capable d’exorciser les démons qui s’en prennent à d’innocentes victimes. C’est qu’elle a en elle un démon nommé Abigail qui justement se nourrit des autres qui se sont insérés dans l’âme de ses « patients ». Pendant ce temps, c’est son jeune frère David (Zachary Booth) qui veille à ce que ce démon ne prenne pas le dessus sur la personnalité de sa soeur. Leur périple les mène à Charleston en Caroline du Sud alors qu’apparemment s’y cache « l’œil éternel »; une relique étant assez puissante pour éliminer Abigail. Mélange d’horreur et de surnaturel, South of Hell est probablement l’une des séries les plus ratées de l’automne 2015. D’une part, on assaille les téléspectateurs à coups de métaphores à deux sous pour nous expliquer les enjeux et surtout donner de la profondeur aux personnages. D’autre part, on a l’impression de subir en permanence un sermon qui n’en finit plus alors que les moments de silence se font beaucoup trop rares.

Psychologie 101

La prémisse de départ est aussi simplette qu’incongrue. Maria gagne (chichement) sa vie en se promouvant experte en exorcisme. Si elle arrive bel et bien à guérir autrui, ce n’est pas sans conséquence pour elle : en effet, chaque fois qu’Abigail s’empare de démons, elle devient plus puissante alors qu’à l’opposé, Maria cherche avec David à l’affaiblir. Pourtant, elle continue ses séances… Dans le premier épisode, elle est appelée à exorciser Jeremy (Huntr Wenzel), un jeune garçon et rencontre sur sa route le révérend Elijah Bledsoe (Lamman Rucker). Celui-ci est bien au faîte des démons qui sévissent à Charleston et s’offre pour prêter main-forte à Maria, tout en essayant de faire disparaître Abigail de son corps, sans trop de succès dans les premiers épisodes. Il a aussi une dette envers elle puisqu’elle a été capable d’exorciser sa propre fille Grace (Paulina Singer). Pour la petite histoire, elle et plusieurs autres jeunes étaient tous sous le charme maléfique d’Enos (Bill Irwin), le chef d’une secte, mais aussi, le propre père de Maria et de David. Après qu’un incendie ait ravagé toute cette colonie, Grace est la seule à s’en être sortie vivante. Mais voilà qu’Enos, ayant manifestement signé un pacte avec le diable, s’est échappé des enfers avec une foule de démons qui justement s’emparent des âmes innocentes.

Sur papier, on peut comprendre qu’il y ait eu un certain intérêt de la part de WE tv pour South of Hell; les personnages sont jeunes et beaux, on aime mélanger la séduction ou le sexe avec le gore et avec les exorcisés et on a pratiquement l’équivalent des zombies de The Walking Dead. Bref, de quoi plaire à la tranche payante des 18-49 ans. Malheureusement, au final ça se résume à un ramassis de cas 101 de psychologie présentés ici au crayon-feutre. Les « démons » qui s’emparent des victimes ne représentent rien de plus que la rage contenue en eux ou le désir de s’émanciper par rapport à une société qui impose ses lois de façon trop rigide. Ainsi, Maria tient à être une bonne fille et c’est très timidement qu’elle s’allie avec le révérend, qui lui symbolise évidemment la pureté. Son double, Abigail, est sexy, séduit tous les hommes et s’avère être littéralement une bête au lit alors que c’est elle qui prend le contrôle. Au départ, Jeremy refuse de se faire exorciser et a une raison fort simple : son démon est le seul qui parvienne à se défendre contre son beau-père qui le bat : preuve de toute la rage qu’un si jeune garçon accumule en lui. À l’autre spectre, nous avons Grace. La secte, bien que d’influence négative, lui donnait l’impression d’exister, d’appartenir à un groupe. Maintenant débarrassée de son démon, elle nous donne l’impression d’être en sevrage. Certes, par voie détournée, on cherche à mettre un peu de viande autour de l’os du côté des personnages, mais ces traits de caractère sont tellement de base qu’il est difficile d’y trouver une originalité quelconque. Et ce n’est pas tout…

Psychologie 102

À la limite, South of Hell pourrait se comparer à un message d’intérêt public. C’est qu’après nous avoir exposé les comportements erratiques de ses principaux personnages, on veille ensuite à ce le téléspectateur ait tout tout tout compris si bien qu’une minute de silence est carrément tabou dans la série. C’est David qui assure la narration au cours des épisodes et pour sa part, il a des problèmes de dépendances. Bien qu’un démon ne l’assaille pas, il a des visions et entends des voix; ce qui est du pareil au même. Qu’il s’agisse de lui ou des autres qu’il observe, il nous décrit les enjeux et leurs tourments, comme si cela était nécessaire. Ainsi, on a droit à des phrases comme : « There’s a moment in everyone’s life that cuts you right in two. The person you were before and the person you become. », « It’s easy to let emotions blind us, to let fear lead us into darkness. Sometimes we need someone to open our eyes again and help us see the light. » ou encore « It’s not the lies we tell others. It’s the lies we tell ourselves that consume us. » Ce n’est pas tant le bienfondé de ces perles de sagesse que l’on remet en cause, mais bien leur omniprésence. C’est en somme suivre un cours de morale pendant près de huit heures, en supposant qu’on se rende jusqu’à la fin, ce qui est peu probable…

En effet, stratégie de programmation de South of Hell aura été aussi stupide que son contenu. Le 27 novembre, We tv a décidé d’offrir un marathon du « Black Friday » succédant à la Thanksgiving américaine (bien que les thèmes de la série n’aient aucun rapport avec ce jour de congé non officiel) en diffusant les sept épisodes un à la suite de l’autre. La soirée commençant à 18 heures, les deux premiers épisodes ont attiré en moyenne 122 000 téléspectateurs, mais on se demande bien qui s’est rendu jusqu’à une heure du matin pour voir le septième. Ce binge forcé (être là à telle heure pour ne rien manquer et pire, se taper une vingtaine de minutes de publicités par épisodes) va à l’encontre des nouvelles habitudes de visionnement. Pire encore, on a poussé la note encore plus loin puisque l’épisode final, le huitième n’était disponible que sur iTunes. Plus tôt cette année, John Landgraf, patron de FX a affirmé qu’il se faisait présentement trop de séries aux États-Unis (plus de 400 en 2015) et qu’on atteignait la saturation. Ce ne pourrait être plus approprié dans le cas de South of Hell.

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