Into the Badlands (2015) : de motos et d’épées

Into the Badlands est une nouvelle série de six épisodes diffusée depuis la mi-novembre sur les ondes d’AMC aux États-Unis. L’action se déroule dans un futur lointain alors qu’un nouvel ordre du monde s’est établi : sept barons et baronnes règnent sur de grands territoires où ils y cultivent (ou exploitent) quelques ressources très lucratives et ont chacun une armée de Clippers (des soldats de type samouraïs) à leur disposition. L’un d’entre eux, Sunny (Daniel Wu) est probablement le plus redouté. Au service du baron Quinn (Marton Csokas) et de son fils Ryder (Oliver Stark), il prend sous son aile l’apprenti M.K. (Aramis Knight) qui cache en lui un secret susceptible de les sortir de cet état de servitude. Diffusée les dimanches, tout juste après The Walking Dead, Into the Badlands  n’aspire à rien de mieux que de nous divertir à coup de scènes d’action et de chicanes de « voisins » et s’en tire assez bien. Le seul bémol se retrouve dans sa mise en scène : novatrice, elle est aussi brouillonne et en en tirant tous les avantages, on aurait pu aisément élever la série d’un cran.

Entre complots et liberté

La baronnie de Quinn où l’on cultive le pavot est sans conteste la plus puissante et il faut donner crédit à Sunny, le régent des Clippers qui grâce à ses techniques de combat sans failles a réussi à imposer le respect. Un jour, un groupe de nomades le prend en embuscade et c’est après les avoir liquidés que le guerrier délivre leur prisonnier, M.K., un jeune adulte dont la mère a disparu et dont l’image du pendentif se rapporte à un territoire inconnu nommé Azra. Or c’est ce même paysage qui se retrouve sur le compas de Sunny. Après interrogation, le jeune homme lui apprend que cet endroit existe bel et bien, hors de portée des barons esclavagistes. Dès lors, leur objectif est de s’y rendre; lui, en compagnie de sa concubine Veil (Madeleine Mantok), laquelle porte son enfant et M.K., dans le but d’y retrouver sa mère. En attendant que ce projet se concrétise, les deux hommes font comme si de rien n’était. Pour le moment, ils travaillent à servir Quinn qui souhaite s’emparer des terres de la baronne surnommée « la veuve » (Emily Beecham) qui auparavant a essayé de tuer Stark. Mais rien n’est simple puisque sa fille, Tilda (Ally Ioannides) est prise entre la loyauté envers sa mère et son affection grandissante envers M.K.

Il faut donner à AMC le mérite de sortir des sentiers battus en revampant le genre d’action lié aux combats de samouraïs. On met de côté l’époque, les codes et son pays (le Japon)  où ce genre de combats est pratiqué et on l’actualise dans une autre forme d’univers. Certes, ne subsiste que la chorégraphie liée à ce genre d’art martial se plaindront certains, mais c’est exactement la ligne directrice qu’on s’est donnée dans Into the Badlands; en mettre plein la vue aux téléspectateurs avec ces affrontements « spectacles » et en ce sens, c’est pari tenu. Même si on sait que Sunny est un guerrier émérite et qu’il peut vaincre de tous, c’est quand même impressionnant de le voir neutraliser jusqu’à 40 ennemis dans une même scène. Et contrairement à des combats à la mitrailleuse, le combat à l’épée, de même que tout l’acrobatique qui va avec est bien plus beau et dépaysant à regarder.

Si l’ensemble de l’œuvre est axé sur les chorégraphies, reste que l’histoire sans être très compliquée demeure fluide et bien rodée. Les complots de Quinn et de La veuve visant à se nuire mutuellement connaissent leur lot de rebondissements et on s’imagine qu’au fil des épisodes, nous ferons la connaissance d’autres barons qui viendront eux aussi mettre de l’huile sur le feu. Reste le but ultime de Sunny et de M.K. qui est d’échapper à leur état de vassalité et Azra, cette « terre promise » qui pourrait bien transformer le quotidien des protagonistes en road trip, mais on doute qu’en six épisodes, on se rende jusque-là.

Un futur passé

AMC règle rapidement la prémisse afin de tout de suite tomber dans l’action avec ses premiers intertitres: depuis notre ère, il y a eu un nombre infini de guerres au point où l’on a perdu le compte et seule la mise en place d’un système de société par les barons a réussi à enrayer le chaos. Par contre, ceux-ci ont vite fait d’en profiter, d’éradiquer les armes à feu et d’oppresser la population.  On est donc en science-fiction, mais ce qu’il y a d’intéressant ici est qu’on n’est pas dépaysé pour autant avec des vaisseaux spatiaux et une technologie hypersophistiquée: le chaos s’est bel et bien produit et l’on a reconstruit la société avec les restes des années passées : Les domaines des barons sont du style XIXe siècle au temps des plantations de coton au sud des États-Unis et sont exploitées comme tel (d’ailleurs, la série a été tournée en Louisiane), la principale ville est construite comme au temps du far-west, Sunny le samouraï se promène en moto alors que La veuve se fait conduire dans une auto des années 40-50. Quant aux costumes, on a un mélange de vêtements folkloriques japonais et de tenues de cuir du style motards. Bref, c’est innovant, mais on se demande à quel point ça a été pensé par la production.

Cette mise en scène disparate est aussi à l’image de la société à laquelle on veut que l’on adhère, ce qui est justement le point faible de Into the Badlands : les êtres humains sont soi-disant réduits à l’esclavage : ils exploitent le pavot chez Quinn le pétrole chez la veuve, mais on se demande à qui cela sert puisqu’on n’est pas dans une société de consommation. D’un côté, on a la ville far-west dont on ne sait de qui émane l’autorité, de l’autre, on a des nomades ici et là qui viennent embêter les barons quand ça leur chante. Le portrait global gagnerait donc à être mieux défini.

Comme la grande majorité des séries d’AMC ces temps-ci, Into the Badlands a connu un fort départ, d’autant plus que ses épisodes sont présentés tout juste après The Walking Dead : 6,39 millions de téléspectateurs en direct avec un fort taux de 3,15 chez les 18-49 ans : le meilleur départ cette saison dans cette tranche d’âge à égalité avec Supergirl. Bien qu’il y ait eu une baisse notable la semaine suivante à 4,83 (taux de 2,27), on note une remontée au troisième épisode à 5,15 (taux de 2,46). De plus, beaucoup s’étonnaient du fait que la série soit si courte : six épisodes. Il s’agissait sûrement d’un test chez la chaîne, mais pour les curieux, c’est un avantage parce qu’on sait qu’on n’aura pas à s’investir trop longtemps, tout en espérant une concentration des intrigues ; à l’image de l’éprouvé modèle anglais.

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