Capital (2015) : retours possibles sur investissements

Capital est une nouvelle minisérie de trois épisodes diffusée depuis la fin novembre sur les ondes de BBC One en Angleterre. L’action prend place à Londres, plus particulièrement le long de la Pepy’s Road dans un quartier qui n’a cessé de prendre de la valeur au fil du temps au point où les maisons sont sur le point de valoir plus de 2 millions £. Bien que le voisinage soit d’origines et de classes diverses, ils ont tous un point en commun : ils reçoivent d’étranges cartes postales où il est écrit « We want what you have ». Certains, inquiets, mettent le détective Mill (Bryan Dick) sur le dossier, mais l’enquête n’avance pour ainsi dire pas du tout. Adaptation du best-seller éponyme de John Lanchester, Capital nous offre à la fois un portrait très juste d’une tranche de la population urbaine en 2015 avec en parallèle une trame de suspens intrigante. Si l’objectif est réussi pour la première composante, jusqu’au troisième épisode, on doute toujours de l’efficacité de la seconde, confirmation que l’on a en regardant la finale.

Une grande ville dispendieuse

Le premier personnage avec qui l’on fait connaissance est Petunia (Gemma Jones), qui a vécu dans la même maison toute sa vie (le numéro de porte 84). Après une visite chez le médecin, elle apprend qu’elle est atteinte d’une tumeur mortelle, mais peut tout de même compter sur le support de son petit-fils Smitty (Robert Emms), un artiste obnubilé par les cartes postales que reçoit sa grand-mère. Non loin de là au # 92 vivent les Yount et leurs enfants. Roger (Toby Jones) travaille dans la haute finance et accumulant les dettes, il est très déçu lorsqu’il ne reçoit pas le bonus escompté de sa compagnie, mais cette réaction n’est rien par rapport à celle de son épouse Arabella (Rachel Stirling), une incorrigible dépensière. Reste la famille Kamal, propriétaire d’une épicerie au #82. C’est Ahmed (Adeel Akhtar), un citoyen modèle qui la gère, aidé de ses deux frères Shahid (Danny Ashok) et Usman (Hamza Jeetoa) qui s’adaptent plus ou moins aux mœurs « libérales » londoniennes. En périphérie, mentionnons Bogdan (Rad Kaim), un homme à tout faire d’origine polonaise qui est en contact avec toute cette petite communauté et Quentina (Wumni Masaku), une réfugiée du Zimbabwe devenue agente de circulation, mais son VISA a depuis longtemps expiré et elle est dans la mire des services de l’immigration.

Capital réfère à la fois à Londres, la capitale de Grande-Bretagne, mais aussi au terme financier, ce qui est en lien direct avec le contexte de la fiction : ces maisons qui prennent sans cesse de la valeur en raison des règles aussi arbitraires que complexes du marché. En effet, presque tous les quarts d’heure, on voit au cours de la série une image fixe avec le montant des maisons s’élever à la hausse. Ce phénomène, qui a pour inconvénient de propulser à la hausse les taxes municipales, toutes les grandes métropoles le subissent. En tant que téléspectateurs, même étrangers, il est donc facile de s’identifier à Capital et à l’une des familles représentées ici d’autant plus que le scénario est d’un réalisme auquel on ne peut rester indifférent. On a d’un côté une vieille dame qui, indifférente aux fluctuations du marché, ne souhaite que rester chez elle jusqu’à la fin de ses jours. De l’autre nous avons les Yount, famille « classe moyenne » typique qui vit au-dessus de ses moyens. Enfin, il y a cette famille d’immigrés qui a de la difficulté à s’adapter à sa terre d’adoption et à ce sujet, on met beaucoup l’emphase sur les immigrants, de religion et de statuts différents : un véritable portrait de la Londres multiculturelle qavec ses qualités et surtout ses défauts. Certaines lois en lien avec les présumés terroristes et les immigrants clandestins, le regard de l’autre, la peur qu’on exploite : on ne pourrait être plus en phase avec les événements actuels.

Une trame sonore trompeuse

Quelques minutes seulement après qu’on entame la série, vient s’ajouter à la mise en scène la bande sonore composée par Dru Masters, à la fois envoûtante, énigmatique et digne des meilleurs thrillers. D’ailleurs, on a toutes les raisons du monde de croire que Capital en est un, parce qu’au-delà du portrait réaliste des protagonistes, ceux-ci sont tout de même harcelés. Ce sont dans un premier temps, de simples photos de la façade de leurs résidences. Puis, celles-ci sont plus personnelles : des moments passés en famille, de même que des vidéos de leur temps passé ensemble. À la fin du pilote, c’est le choc chez les résidents alors que sur leur rue, il est reproduit en énormes lettres rouges le même message : « We want what you have ». La tension monte encore d’un cran à l’épisode suivant alors qu’ils reçoivent tout dans une enveloppe une carcasse d’animal. Dès lors, on spécule : est-ce l’œuvre d’un maniaque? De quelqu’un issu d’un milieu plus pauvre et manifestement jaloux? De plus, le fait qu’il réussisse à prendre des clichés de si près de ses cibles laisse à penser que ce « voyeur » est l’un de ceux que l’on suit au cours des épisodes; transformant ainsi la série en whodunnit.

À l’opposé, on pourrait y aller avec l’hypothèse du sarcasme : si on se fie au titre et au coût des maisons qui augmente, ces lettres et vidéos pourraient bien venir de la part d’un courtier immobilier, mais encore une fois, c’est sans compter cette musique omniprésente qui nous fait ressentir le contraire. Et c’est justement là où on est quelque peu déçu lorsqu’on termine la minisérie : le climax escompté n’arrive pas et on reste sur notre faim. Il aurait fallu pour accompagner les épisodes d’une trame sonore se rapportant davantage au pilote ci-haut, question de ne pas donner de faux espoirs à une certaine clientèle.

Justement, malgré la notoriété du livre dont elle est issue, la première de Capital a attiré un peu moins de 5 millions de téléspectateurs, se classant au 17e rang de la chaîne pour la semaine du 23 au 29 novembre. À la même heure, même jour, c’est ITV qui a remporté la soirée avec l’émission I’m a celebrity – get me out of there! Avec un auditoire de 6,79 millions. Généralement adulée par les critiques, cette adaptation vaut le coup, mais pour ceux qui ne connaissent rien de l’histoire, le risque de désertion jusqu’à la finale est probable.

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