Jessica Jones (2015): pause forcée

Jessica Jones est une nouvelle série de 13 épisodes mise en ligne le 20 novembre pour tous les abonnés de Netflix. Personnage issu des bandes dessinées Marvel, l’action se déroule à New York alors que le personnage principal du même nom (Krysten Ritter) vient tout juste d’ouvrir son agence où elle offre ses services en tant que détective privé, notamment pour boucler ses fins de mois et surtout pour s’acheter de l’alcool. C’est qu’il y a quelques mois, elle était sous l’emprise de Kilgrave (David Tennant), un être démoniaque qui en un rien de temps peut effectuer un lavage de cerveau chez ses victimes et les faire faire ce qu’il désire. C’est justement l’obsession de l’héroïne; le neutraliser alors qu’elle apprend qu’il vient de kidnapper une jeune fille et qu’il lui réserve probablement le même sort. Deuxième série de Netflix à s’aventurer du côté des superhéros, les fans de Daredevil risquent d’être déçus avec cette nouveauté. On s’éparpille sur plusieurs thèmes, le rythme est beaucoup trop lent et on divulgue les informations au compte-goutte; de quoi décourager les non-initiés à se commettre pour presque 13 heures de contenu.


Le creux de la vague

Au départ de la série, la vie de Jessica ne va nulle part, enfilant littéralement verre après verre (il y a environ deux bouteilles d’alcool fort vides dans chacune de ces pièces…), mais elle semble revenir parmi les vivants lorsque Jeri (Carrie-Anne Moss), une avocate réputée, lui demande de retrouver une jeune fille du nom de Hope (Erin Moriarty), qui s’est fait enlever il y a peu. À mesure que l’enquête progresse, il ne fait aucun doute pour Jessica qu’elle a été kidnappée par Kilgrave. Lorsqu’elle réussit à la retrouver, Hope n’est que l’ombre d’elle-même et dans un accès de folie, assassine ses parents : l’œuvre de son ravisseur. Au cours de l’enquête, elle croise sur son chemin le bartender Luke (Mike Colter) et c’est lors d’une bataille contre plusieurs hommes qu’elle découvre qu’il est doté de pouvoirs spéciaux, tout comme elle avant qu’elle ne croise Kilgrave. Ce point commun a tôt fait de les rapprocher… jusqu’à la chambre à coucher, mais Jessica ne perd pas de vue son objectif qui est de retrouver son ennemi numéro 1. Elle le provoque durant une émission de radio animée par sa meilleure amie Trish (Rachael Taylor) et le stratagème semble sur le point de fonctionner, mais il s’évade à nouveau : ce n’est que partie remise.

Dans les bandes dessinées, Jessica Jones multiplie les combats contre les vilains et ce n’est que plus tard qu’elle devient la victime de Kilgrave qui cherche à la forcer d’éliminer Daredevil. Elle croise ensuite Luke, a deux enfants de lui et éventuellement se joindra en sa compagnie à l’équipe des Vengeurs, composée entre autres de Hulk et d’Iron Man. Pour des raisons que l’on ignore, Netflix a décidé d’exploiter cette parenthèse dépressive de la superhéroïne, soit, la période de sa vie se rapprochant la moins des séries typiques de Marvel. L’idée en soi n’est pas mauvaise, sauf qu’il y a de quoi égarer définitivement les non-initiés qui s’attendaient à y voir des missions, des combats et un déploiement de dons surnaturels par exemple. Du coup, on ne sait pas trop où l’histoire s’en va et il faut patienter jusqu’à la fin de la deuxième heure pour apprendre qu’elle a déjà été une superhéroïne. Après trois épisodes, on n’a eu droit qu’à deux scènes de combat et durant tout le troisième, la principale action de la protagoniste est de chercher à s’approprier du sufentanil, une drogue susceptible de mettre Kilgrave KO… Autrement dit, il manque une part de Supergirl à Jessica Jones; quelque chose à se mettre sous la dent. La mise en scène nous rappelant le New York de l’après-guerre avec ses ruelles sombres, ses enseignes lumineuses clignotantes et sa trame sonore avec plusieurs chansons de crooners fait déjà une partie du travail, reste l’action qu’on attend toujours.


Au-delà des superhéros…

…Ou devrait-on dire, superhéroïnes parce que mis à part Luke, le casting de la série est presque exclusivement féminin et au-delà de la mission de la protagoniste, on assiste aussi au combat de femmes aux prises avec un trouble du choc post-traumatique. Il y a d’abord la principale intéressée, Jessica, puis Hope bien entendu, mais aussi Trish qui bien qu’elle n’ait jamais été attaquée, vit dans une paranoïa constante de l’agresseur et elle va jusqu’à suivre des cours d’auto-défense à son domicile. On apprécie cette profondeur accordée aux personnages, mais tout l’enfer vécu à cause de Kilgrave reste beaucoup trop longtemps abstrait. La phrase très vague : « he did horrible things to me » prononcée abondamment par elle et Hope n’a pas beaucoup d’impact pour le téléspectateur qui entame la série. On nous explique les horreurs subies, mais on ne les ressent tout simplement pas si bien que lorsque le visage du bourreau nous est dévoilé, l’effet de surprise (ou d’effroi) est complètement raté. On a désormais droit à une image « physique » de l’agresseur et désormais, on sait qu’une lutte entre lui et ses victimes constituera le leitmotiv des épisodes. Si dans les trois premiers, rien n’a vraiment été fait, il est certain qu’éventuellement il y aura des confrontations beaucoup plus musclées et peut-être même l’usage de pouvoirs surnaturels, mais la question qui tue est : à quel rythme? Jusqu’ici, la série de Netflix nous fait languir et visionner les 13 épisodes pourrait en rebuter plus d’un.

Lancée il y a plus de deux semaines, il ne se passe pas une journée sans qu’une nouvelle critique vienne encenser Jessica Jones, mais est-ce que le large public est au rendez-vous? On ne le saura probablement jamais, sauf en cas d’annulation, ce qui semble tout de même improbable. Et pour ceux qui ne se rendront pas jusqu’à la fin, la série aura au moins servi de tremplin au personnage de Luke Cage qui aura lui aussi sa propre série sur Netflix en 2016 (Marvel’s Luke Cage).

 

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