The Man in the High Castle (2015): et si…

The Man in the High Castle est une nouvelle série de dix épisodes mise en ligne le 20 novembre pour tous les abonnés d’Amazon. On se retrouve dans les années 60 aux États-Unis plus d’une décennie après que le pays ait perdu la Deuxième Guerre mondiale contre le Japon et l’Allemagne, lesquels contrôlent respectivement les Côtes Ouest et Est du pays. Ne reste qu’une zone neutre entre les deux, les États du Rocky Mountain, mais même ce tampon à long terme ne pourra pas effacer les frictions de plus en plus présentes entre les deux superpuissances. Et pendant que le pays est gouverné d’une main de fer, restent quelques résistants qui font tout ce qu’ils peuvent pour mettre fin à ces dominations. Adaptation du roman éponyme de Philip K. Dick publié en 1962, The Man in the High Castle est une réécriture de l’histoire hautement fascinante qui lentement mais sûrement, parvient à nous transporter dans cette spirale infernale qui n’offre que peu d’espoir quant à l’avenir. Mais jamais le tableau ne serait aussi crédible sans une mise en scène aussi efficace et dans ce cas-ci, le défi est relevé.

 

Science-fiction réaliste

Voilà près de vingt ans que les États-Unis n’existent plus et qu’ils sont partagés entre le Japon et l’Allemagne et bien que la majorité des Américains se soient résignés à vivre sous ce genre de régime, reste quelques dissidents qui souhaitent bien secouer ce joug, à commencer par Juliana Crain (Alexa Davalos) vivant sur la Côte Ouest et dont la sœur a été assassinée il y a peu de temps. Juste avant, elle lui a donné une bobine sur laquelle on y voit l’effondrement du Reich… mise en scène ou réalité? Toujours est-il qu’elle a été conçue par « l’inconnu du haut château » (faisant référence au titre) et qu’elle doit la donner en main propre à un collaborateur qu’elle rencontrera dans la zone neutre dans la ville de Canon. À son départ précipité, elle laisse derrière elle son petit ami Frank (Rupert Evans), un descendant de juifs qui voit sa liberté mise en péril lorsqu’il est questionné au sujet de sa disparition par l’irascible inspecteur Kido (Joel de la Fuente) qui détient aussi sa sœur et ses neveux. À l’Est, nous avons Joe Blake (Luke Kleintank), qui dit faire partie de la résistance, mais qui travaille en tant qu’espion pour l’Obergruppenführer John Smith (Rufus Sewell). Sa cible est justement Juliana, mais qui sait si ses sentiments pour elle ne l’emporteront pas sur sa mission.

Ce qu’il y a d’à la fois tragique et fascinant avec The Man in the High Castle, c’est qu’il n’y a absolument aucun rapport de force possible pour le moment entre les instances du pouvoir (les méchants) et ceux qui s’y opposent (les bons). C’est un genre de combat entre David et Goliath perdu d’avance et c’est définitivement le géant qui l’a emporté. Juliana et ses alliés ne comptent pour pas grand-chose dans cet échiquier géopolitique, mais comme dans les meilleures séries d’espionnages, leur mission reste très divertissante y compris son but! En effet, qu’est-ce que la bobine que Juliana a en sa possession signifie? De fausses images pour convaincre les Américains qu’il est possible de défaire un régime? À moins que les pays d’Europe, pour retrouver la paix, aient sacrifié les États-Unis? À part le Japon et l’Allemagne, on n’a aucune idée après trois épisodes de ce qui est advenu de l’URSS par exemple ou de la France envahie. Une chose est certaine, le continent occupé n’a aucun rapport avec les autres pays du globe et s’il veut s’en sortir, il ne devra compter que sur lui-même, ce qui semble impossible.

Dans la même veine, c’est tout le contexte politique ici qui fait qu’on a envie de dévorer les épisodes le plus rapidement possible. En fait, The Man in the High Castle est une des sciences-fictions les plus crédibles jamais présentées à l’écran parce qu’on embarque à fond dans le contexte imaginaire que l’on nous dépeint. Qui sait si les Allemands avaient découvert en premier le secret de la bombe atomique ce que le monde serait devenu? Ici, le tout est conséquent avec le contexte des années 40 et l’idéologie nazie, c’est-à-dire qu’on laisse les Américains dans une relative liberté, dans la mesure où ils ne sont ni juifs ni de couleur. La propagande, qu’elle soit extrêmement visible (des insignes du parti sur les ponts, autour de la statue de la Liberté), ou plus insidieuse (musiques, les bulletins de nouvelles, etc.) est omniprésente et comme c’est le cas chez certains pays conquis, les habitants subissent ou acceptent en silence leur nouvelle condition et certains avouent même ne pas savoir ce qu’il advient des autres « races » sans s’en préoccuper outre mesure. Du déjà-vu pour nous dans l’Allemagne après la défaite.

Un autre monde

Il faut l’avouer, le rythme de The Man in the High Castle sera peut-être trop lent pour certains à la longue, mais si on a toujours envie de poursuivre la série, c’est en grande partie par la mise en scène qui parvient en tous points à nous faire croire que les États-Unis ont été envahis. Qu’on soit à l’Est ou à l’Ouest, les couleurs sont très sombres et la série semble avoir été filmée à l’aide d’un filtre qui nous rappelle les premières images filmées en technicolor, quoiqu’aux couleurs pour la plupart très fades. Viennent ensuite les images d’actualité en noir et blanc nous montrant un Hitler vieilli, mais toujours en vie, qui nous sont présentées d’assez loin pour qu’on ait l’impression qu’il s’agit bel et bien du dictateur. Même chose pour le prince héritier du Japon qui bientôt viendra faire une visite officielle sur le nouveau continent. Les rues très étroites de la Cote Ouest où pendent de multiples cordes à linge nous font penser à un ghetto japonais alors qu’à l’Est, la plupart des protagonistes travaillent toujours dans des usines comme au début de l’industrialisation. Reste Canon au centre qui ressemble à une ville fantôme comme au temps des westerns. En somme, c’est comme si la conquête avait freiné toute forme de progrès.

Mais l’exemple le plus probant démontrant la symbiose entre la mise en scène et l’intrigue principale est sans conteste le générique d’ouverture que l’on peut analyser à divers niveaux. On y chante « Edelweiss » tout en nous montrant le continent américain divisé en deux. D’une part, cette chanson nous rappellera tous The Sound of Music qui est bel et bien issue de la culture populaire américaine, sauf que cette fois-ci, elle est interprétée de façon mélancolique en allemand, comme quoi la domination mondiale s’est effectuée à sens inverse. D’autre part, elle équivalait dans le film de 1965 à une certaine résistance empreinte de fatalisme alors que l’Autriche était sur le point d’être engloutie par son voisin du nord. Ces doubles sens, on les retrouve dans la bobine que transporte Juliana alors que la clé de l’énigme se situe quelque part entre le réel, l’imaginaire, la propagande et l’espoir.

Il est trop tôt pour déterminer du sort de The Man in The High Castle, mais son pilote mis en ligne en janvier dernier a été le plus regardé depuis qu’Amazon s’est lancé dans la création de contenu audiovisuel. Et preuve que le sujet est encore sensible même aujourd’hui : quelques jours avant le lancement officiel de la série, on a décoré les bancs d’une ligne de métro de New York du drapeau américain avec l’aigle nazi ou le graphisme du drapeau japonais de 1945. Les plaintes, notamment de l’Anti-Defamation League et même du maire de la ville ont été telles qu’après seulement dix jours, on a dû faire volte-face et tout enlever…

Publicités

Une réflexion sur “The Man in the High Castle (2015): et si…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s