Casual / Benders (2015): la belle et la bête

Casual et Benders sont deux nouvelles comédies qui ont débuté à la mi-octobre aux États-Unis. On peut retrouver la première, composée de dix épisodes sur Hulu qui met en scène une famille peu orthodoxe : l’éternel célibataire Alex (Tommy Dewey), fondateur du site de rencontres Snogger.com qui héberge chez lui sa sœur Valerie (Michaela Watkins), une psychologue en plein divorce et sa fille Laura (Tara Lynne Barr). Tous trois éprouvent des ennuis en amour et essaient, sans trop de succès d’y remédier. La seconde série composée de huit épisodes est diffusée sur IFC et on y suit les aventures d’un groupe de copains qui appartiennent à la même équipe de hockey amateur : The Chubbys. Étonnamment, c’est Casual avec son thème maintes et maintes fois exploité à l’écran qui s’en sort le mieux grâce au point de vue qu’elle adopte et ses personnages pour le moins caustiques. De son côté, Benders se veut davantage une comédie de niche formée d’un casting à 99 % masculin, mais inévitablement, on a affaire à des hommes des cavernes modernes avec des blagues qui ne volent pas haut.

 

Casual : désillusions amoureuses

Le site web Snogger co-créé par Alex a beau être populaire, il n’en reste pas moins que le principal intéressé demeure toujours célibataire. Quant à sa sœur, elle est victime du pire cliché de l’humanité : son mari l’a laissé pour une plus jeune. Élevés par des parents psychologues, c’est comme s’ils avaient acquis théoriquement tous les outils pour bénéficier d’une vie épanouie, mais en conséquence ils sont aussi dotés d’un cynisme à toute épreuve qui prend malheureusement le dessus. Dans les deux premiers épisodes, ils sortent dans le même restaurant, mais leurs rancards respectifs les inspirent peu, quoique Valerie décide d’amener le sien passer la nuit avec elle. Bien qu’il ne se passe rien sous la couette, Alex insiste pour le garder à déjeuner et finit par passer la journée avec lui… ils la termineront au poste de police pour avoir tenté d’acheter de la cocaïne. De son côté, Laura, adolescente, en est encore à tenter de comprendre les codes reliés à l’amour et aux rendez-vous, ce qui n’est pas aisé alors qu’elle suspecte son petit ami de coucher avec une autre.

 

Si Casual parvient à retenir notre attention, c’est notamment parce qu’elle est de son temps en raison des métiers qu’exercent Valerie et Alex. Lui, avec son site web, est au cœur de l’action puisqu’il connaît tous les algorithmes qui (en théorie) devraient faire que deux personnes soient compatibles. Pourtant, il se retrouve rapidement au-dessus de la mêlée et désillusionné parce qu’il sait très bien qu’au fond, ce ne sont pas quelques phrases descriptives sur une page de profil qui garantissent l’amour éternel. Pour preuve, il fait croire aux filles sexy qui consultent son site qu’il est leur match parfait bien que ce soit faux pour, au final, espérer terminer la soirée au lit. En complémentarité, nous avons Valerie, une psychologue de grand talent qu’il vaut la peine de consulter, mais sa vie personnelle est aux antipodes des conseils qu’elle professe.

C’est justement là où Casual retient notre attention : nous avons d’un côté la voie de la raison additionnée d’un logiciel informatique efficient, mais de l’autre, c’est l’inconséquente nature humaine qui finit toujours par emboiter le pas. Quant aux dialogues, ils ne manquent jamais de souligner les contradictions de notre société, prise entre l’individualisme et la volonté de faire comme tout le monde, comme en témoigne cet échange entre la sœur et le frère, lequel lui reproche de ne pas se raser complètement sous la jupe : Alex : Val, if you’re gonna put in the effort, why half-ass it? Valerie : Because I don’t need my v*g1n* to look like a five-year-old’s. We live in a sick, youth-obsessed culture. Alex: Five-year-old v*g1n* is the gold standard. Valerie: Ugh, that is really… just gross. Alex: All I’m saying is that most women wax the day they expect to have s*x. That’s just rule number one. Valerie: What’s rule number two… bleach your asshole? Alex: You don’t?

Benders: ils lancent, mais comptent peu

Avec Benders, nous avons Paul (Andrew Schulz), le personnage principal que l’on pourrait qualifier de « modéré » grâce à sa femme Karen (Lindsay Broad), son meilleur ami Anthony (Chris Distefano), un coureur de femmes, Dicky (Mark Gessner), un administrateur de fonds prolifique et Sebalos (Ruy Iskandar), toujours à la traîne des trois. Dans le premier épisode, le grand-père de Paul qui suit des traitements de chimiothérapie demande à son petit-fils de mettre fin à ses souffrances en le tuant pour en fin de compte se rendre compte qu’il tient encore à la vie. Dans le second, c’est le cousin de Karen, Brian, qui atteint d’un cancer vient récemment de rendre l’âme, mais le problème est que son enterrement est prévu à la même date qu’un match important des Chubbys. Enfin, dans le troisième, Anthony est recruté dans une équipe supérieure à celle du groupe si bien que ses autres membres, jaloux, se joignent à une autre, composée de chrétiens pratiquants, mais pour y être acceptés, ils doivent donc adopter le même mode de vie que leurs congénères.

Benders a été co-créée par Jim Serpico et Tom Sellitti, ceux-là même à l’origine de Sirens présentée au printemps 2014 sur USA Network et qui mettait en scène quatre ambulanciers dans l’exercice de leurs fonctions. Il est évident qu’on a recréé le même schéma ici, mais l’avantage avec la précédente série était que le métier de ces hommes faisait partie prenante des intrigues des épisodes et qu’on avait droit à des moments assez cocasses avec tous les patients qu’ils devaient conduire à l’hôpital. À IFC, c’est à peine si on les voit patiner et le hockey n’est qu’une excuse pour réunir tous ces hommes. Afin de donner une réelle originalité à la série, il aurait été préférable de construire les intrigues autour de ce sport, par ailleurs rarement dépeint dans les séries américaines.

De plus, la chaîne étant définitivement de niche, on n’hésite pas à faire de l’humour typiquement masculin, faisant peu dans la dentelle, ou normalement il n’y aurait rien de drôle (suicide assisté, la mort, alcoolisme, etc.) quelques blagues nous font sourire, comme lorsque le grand-père dit à Paul pourquoi il veut mourir d’ici une semaine : « Because I can’t bear to watch another Jets game » alors que d’autres fois, on tombe à pieds joints dans la grossièreté, comme dans cet échange entre Anthony et Paul à propos de son beau-frère cancéreux : « I thought he had throat cancer. / Yeah, but he got it from the HPV virus. / You mean the pussy-eating cancer Michael Douglas was complaining about? »

Sans qu’on ne connaisse les chiffres, on peut affirmer que Casual aura été un succès critique et public puisque peu de temps après sa mise en ondes, Hulu a annoncé qu’elle renouvelait sa nouvelle comédie pour une seconde saison, cette fois composée de 13 épisodes. De son côté, Benders a attiré 68 000 téléspectateurs pour son pilote et les chiffres ont légèrement monté dans les semaines suivantes si bien qu’elle rassemble en moyenne 70 000 en auditoire. Sur USA Networks, l’audience de Sirens se rapprochait du million chaque semaine, ce qui ne l’a pas empêché d’être annulée après deux saisons. IFC étant une plut petite chaîne, le destin de la série sera-t-il différent?

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