Red Oaks et The Kennedys (2015): banale nostalgie

Red Oaks est une nouvelle comédie de dix épisodes qui ont tous été mis en ligne le 9 octobre sur le site d’Amazon. On y effectue un voyage dans les années 80 au New Jersey alors que le jeune David (Craig Roberts) travaille au prestigieux Red Oaks Country Club en donnant des leçons de tennis à une clientèle huppée. C’est tout un été qu’il passe là-bas en compagnie de ses meilleurs amis et surtout des filles alors que quelques couples se créent. De son côté, The Kennedys est diffusée depuis le début du même mois sur les ondes de BBC One en Angleterre. Cette comédie de 5 épisodes est inspirée du bestseller d’Emma Kennedy (Emma Hutchinson) intitulé The Tent, The Bucket and Me, s’inspirant des années de jeunesse de l’auteure dans les années 70 en compagnie de ses parents pour le moins excentriques, Brenda (Katherine Parkinson) et Tony (Dan Renton Skinner). Ces deux comédies qui nous font voyager dans le temps sont plus ou moins engageantes à long terme. Dans le cas de la première, on a l’impression qu’Amazon est victime du choix de son public alors que la seconde ne s’en tire pas trop mal, mais l’humour est loin d’y être constant.

Red Oaks: l’anti Wet Hot American Summer

Bien que David travaille à Red Oaks pour payer ses frais universitaires, c’est son supérieur Nash (Ennis Esmer), un playboy bedonnant, qui se chargera de son éducation sentimentale, avec un succès plus ou moins mitigé. C’est que sa petite amie Karen (Gage Golithly) rêve de devenir mannequin et est justement courtisée par Barry (Josh Meyers), un arrogant photographe amateur qui lui promet mer et monde. En même temps, on sent que le protagoniste a aussi le béguin pour Skye (Alexandra Socha), la fille du tyrannique patron (Paul Reiser) du club. En parallèle, le meilleur ami de David, Wheeler (Oliver Cooper) cherche à séduire la séduisante sauveteuse Misty (Alexandra Turschen).

Comme le veut désormais la tradition, Amazon lance une semaine des pilotes à plusieurs mois d’intervalles et c’est celui de Red Oaks qui a été choisi par le public afin qu’on ait droit à une saison complète. Après Hand of God, on a l’impression que l’entreprise de commerce électronique est prise à son propre jeu et qu’après un premier chapitre offert aux téléspectateurs, on ne sait trop comment continuer l’aventure.

Dans le cas de cette comédie, on pourrait supposer que la sortie de Wet Hot American Summer mise en ligne en plein milieu de l’été l’a prise un peu de court. Là aussi on exploite les péripéties d’une bande d’adolescents durant leurs vacances d’été dans les années 80. Si la comédie de Netflix y allait franchement dans l’absurde (avec le résultat que l’on connaît…), on a en revanche l’impression que Red Oaks n’a toujours pas trouvé son erre d’aller après trois épisodes. On sent d’abord l’intention de ne pas laisser les années 80 dicter le cours de la série, dans le sens que jamais le contenant (la mode, la technologie, la culture de l’époque, etc.) n’empiète sur le contenu. Pourtant, force est d’admettre que cette décennie est particulièrement risible vu de 2015 et qu’ici, on se prive de sujets (certes, éculés) pour faire rire le téléspectateur. En même temps, c’est dans les années 80 qu’on a vraiment commencé à exploiter le thème de la sexualité chez les adolescents à l’écran et Red Oaks s’y met malgré elle, sans vraiment de conviction. On a donc droit aux archétypes habituels et très simplistes : les garçons sont des animaux en chaleur (Wheeler) et les filles doivent à un moment ou un autre se dénuder pour des raisons purement voyeuristes. Quant au personnage principal, David, il est beaucoup trop amorphe pour que l’on ne s’attache à lui si bien qu’il ne nous reste plus beaucoup d’arguments pour poursuivre la série, outre le fait que tous les épisodes soient disponibles.

The Kennedys : au féminin

La famille Kennedy vit dans la petite banlieue de Jessop Square et pour sortir de la monotonie, ses membres ne sont jamais à court d’idées. Dans le premier épisode, Brenda, impressionnée par une recette de lasagne (manger des pâtes est alors peu courant) persuade Tony de cuisiner et d’inviter des amis à souper. Ils persuadent non sans peine leurs voisins, Tim (Harry Peacock) et Jenny (Emma Pierson) de se joindre à eux, mais le ménage est loin d’être au beau fixe, cette dernière venant de découvrir qu’elle est enceinte. C’est qu’elle n’est pas certaine de pouvoir compter sur la collaboration de son mari, un brin irresponsable, d’autant plus que sa maîtresse vient de découvrir où ils habite et qu’elle leur fera une petite visite au cours de leur soirée entre amis. Dans le second épisode, Emmy cherche à trouver qui lui a envoyé une carte de la Saint-Valentin alors que Brenda décide de passer son permis de conduite, et ce, bien qu’elle ne se soit jamais assise derrière le volant.

The Goldbergs, Fresh Off the Boat (ABC), Growing Up Fisher (NBC) : toutes ces séries récentes ont un point en commun: être inspirées des mémoires écrites par l’un des fils de ces familles. C’est justement là où se démarque The Kennedys puisqu’on a enfin un point de vue féminin, celui d’Emma. Anodin en apparence, les préoccupations d’une jeune fille ne sont pas les mêmes et ici on met davantage l’accent sur ses histoires de cœur, alors que sa mère n’a rien de l’archétype de la femme au foyer docile. En effet, Brenda se moque de tenir maison, de cuisiner et même d’ouvrir le courrier et les intrigues tournent davantage autour de ses excentricités, ce qui amène un certain vent de fraîcheur au genre humoristique.

On peut tout de même se questionner sur la pertinence de la BBC de diffuser une telle série si peu de temps après Cradle To Grave crée par sa consœur BBC Two et qui vient à peine de s’achever. Elle aussi se situait dans les années 70 et s’inspirait de l’autobiographie de Danny Baker, que l’on retrouve gamin en train d’assurer la narration.

Si The Kennedys sort des sentiers battus, il faut tout de même souligner une certaine inconstance au sein des épisodes. En fait, ceux qui se rapprochent le plus des souvenirs de l’auteure sont les plus agréables à regarder comme c’est le cas pour le second. Le troisième s’inspire aussi de faits vécus, mais on a passablement modifié le synopsis; au lieu d’un couple français (hétérosexuel) ayant aménagé près de chez la famille dans la réalité, on a décidé d’en faire une couple lesbien scandinave et Jenny et Brenda, pour les mettre à l’aide, font semblant qu’elles sont un couple, tout comme Tony et Tim. L’intrigue n’est nullement crédible tout comme la tenue « folklorique » qu’ils arborent pour le souper auquel ils sont conviés. Ici, on force beaucoup trop le rire, ce qui provoque chez le téléspectateur l’effet inverse. Que nous réservera le quatrième épisode?

C’est de mode ces temps-ci de se laisser aller à la nostalgie en effectuant un bond de quelques décennies en arrière dans le cadre d’une série télévisée, mais ni Red Oaks, ni The Kennedys ne marqueront les esprits. Il est dommage que l’on se réfère aux années 70 et 80 qu’en termes de comédies et presque toujours dans le contexte de la cellule familiale. Des drames poignants, connectés avec l’histoire auraient beaucoup d’impact auprès du public.

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