The Romeo Section (2015): Quand? Qui ? Quoi ? Pourquoi?

The Romeo Section est une nouvelle série de dix épisodes diffusée depuis la mi-octobre sur les ondes de CBC au Canada. L’action se passe à Vancouver et tourne majoritairement autour de Wolfgang McGee (Andrew Airlie), un professeur d’université qui est aussi responsable d’un réseautage entre plusieurs agents secrets : Romeo désignant le nom d’emprunt des hommes et Juliet celui des femmes. Les renseignements qu’il collecte pour des instances supérieures qu’on imagine être le gouvernement concernent surtout le trafic d’opium et de cocaïne avec la Chine. The Romeo Section marque le retour au Canada du réalisateur Chris Haddock, spécialiste du thriller d’espionnage, qui a fait les beaux jours du diffuseur public avec Da Vinci’s Inquest et de moins bons avec Intelligence annulée après deux saisons. Bien que sa toute dernière série à la mise en scène léchée et à l’ambiance intrigante réunisse tous les éléments d’un bon contenu, encore faut-il qu’il y en ait et après trois épisodes, beaucoup trop de réponses restent en suspend. Seuls ceux armés d’une patience exemplaire pourront passer au travers de la série en entier et justement, ils ne sont pas nombreux.

Un mystère total

Les différents personnages principaux dans The Romeo Section vivent tous dispersés les uns des autres et lors du premier épisode, aucune pièce du casse-tête n’est assemblée, mais le lien qui les unit tous est assurément le commerce de la drogue. Ainsi, on apprend que Wolfgang vient tout juste d’un voyage à Hong Kong et qu’il informe son superviseur Al (Eugene Lipinski) que le général Wu (Vincent Cheng) qui était à la tête de la triade appelée « Red Mountain » est désormais derrière les barreaux à Vancouver et que son remplaçant est pour le moment inconnu. De ce qu’on peut en déduire, il s’agit probablement de Wing Lei (Manny Macinto), propriétaire d’un restaurant et qui va lui-même rendre fréquemment visite au général. Sinon, mentionnons Rufus (Juan Riedinger) qui est informateur pour Wolfgang. Il a une aventure avec Dee (Stephanie Bennett), laquelle est mariée à Vince (Matt Bellefleur) qui gère un commerce de drogue. Rufus ne sait plus à qui prêter allégeance alors que d’un côté, Dee lui demande d’assassiner son mari et que de l’autre, Vince le nomme son #2 et que c’est le meilleur moyen pour lui de collecter des renseignements. Enfin, mentionnons Eva (Sophia Lauchlin Hirt), une immigrante clandestine qui accepte d’espionner un nouveau venu dans l’église où elle fait du bénévolat.

Ce n’est jamais un très bon signe lorsque vient le temps de résumer une série que l’on vient tout juste de regarder et qu’il faille nous référer aux synopsis en ligne par imdb.com. C’est justement ce qui se produit avec The Romeo Section. Le premier épisode nous présente les personnages, mais on ne sait pas pour qui travaille Wolfgang, ni ce qu’il cherche comme renseignements. En attendant, on se laisse porter par une efficace mise en scène qui met en valeur un Vancouver aux teintes glacées avec sa population asiatique ainsi que sa culture; portrait démographique que l’on effleure à peine par exemple dans Motive de CTV, elle aussi tournée sur la côte ouest canadienne, mais dans laquelle on ne nomme que très rarement la ville et où les intrigues sont associées en majorité à des acteurs blancs.

Mais ce mystère empreint d’une musique inquiétante commence par faire son temps et on est ébahi qu’après trois épisodes, on n’en ait pas vraiment plus appris sur la trame principale. Le plus frustrant, c’est que même les espions de Wolfgang ne savent pas quels renseignements ils doivent collecter! À un moment, Rufus lui dit : « It might help if I know what you’re after: the big picture. I don’t even know who you work for ». Dès lors, plusieurs moments que l’on suppose dramatiques n’engagent pas le téléspectateur parce qu’il n’en connait ni l’ampleur, ni la signification. Et comme on ne connaît pas non plus les espions, certains pourraient être à la solde de criminels et tant qu’à y être, ils pourraient aussi être espionnés par d’autre dont on ne connaitrait pas non plus les motivations. Bref, on est et on reste dans le noir.

Parier sur le long terme?

En entrevue, Haddock a précisé que lorsqu’il désirait travailler à Hollywood, les producteurs lui demandaient sans cesse de leur arriver avec des scénarios dynamiques qui en quelques secondes seraient à même d’attirer l’attention de l’auditoire. Et lui d’y aller avec cette réflexion : «I just felt very counter-intuitively that there are some people who are screaming at their TV sets and movie screens: ‘Shut up! Take a breath! Let’s have a conversation! » Très bien. On accepte l’argument de la contre-programmation d’autant plus qu’on croirait que les networks se sont donné le mot pour produire des clones cet automne. Le problème ici est qu’en tant que téléspectateur, il faut donner carte blanche au réalisateur en espérant que de regarder la saison dans son entièreté aura valu le coup. Venant d’un réseau comme la BBC dont la réputation n’est plus à faire et qui offre une excellente alternative aux produits hollywoodiens, il serait plus aisé de donner la chance au coureur. Mais la crédibilité de CBC n’est pas la même et il n’y a que peu de temps qu’elle a amorcé ce virage pour faire compétition aux séries américaines en produisant des fictions plus audacieuses que l’on retrouverait par exemple sur le câble comme HBO. Jusqu’ici, c’est plus ou moins un succès et justement, ses audiences sont aussi élevées que celles du câble.

Diffusée les mercredis à 21 h, The Romeo Section a attiré 277 000 téléspectateurs pour ses deux premiers épisodes et 242 000 pour le troisième; un auditoire faible, mais étonnamment fidèle. Il faut dire que la décision de la placer tout juste après la variété Dragon’s Den n’était pas l’idée du siècle. Pendant ce temps, les deux autres chaînes généralistes CTV et Global, toujours aussi dépendantes des Américains pour faire le plein d’auditoire en heure de grande écoute peuvent dormir sur leurs deux oreilles. À la même heure, la première fait près de 1 500 000 pour sa diffusion hebdomadaire de Criminal Minds alors que la seconde réunit environ 787 000 pour sa franchise des Chicago (PD & Fire). Compétition inégale, certes, mais on a bien hâte que CBC prenne sa revanche… un jour.

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Une réflexion sur “The Romeo Section (2015): Quand? Qui ? Quoi ? Pourquoi?

  1. J’aime les histoires d’espionnage et je vais donner la chance à la série The Romeo Section. Pour le moment je n’ai vu que le premier épisode. Cependant je vais vous dire ce qui me fatigue dans les séries actuelles, dont The Romeo Section: (1) les scènes de sexe; pas que je suis prude, bien au contraire, mais en général elles ne servent à rien dans le développement de l’intrigue, n’étant là que pour émoustiller l’auditoire; (2) les scènes au ralenti (the goddam slo-mo), un vrai cancer; si le ralenti voulait appuyer l’ambiance dramatique d’une scène, son utilisation abusive en a complètement éviscéré l’effet; le ralenti est devenu esthétiquement creux.
    Cela dit, voyons voir où l’histoire de la série présente me conduira.

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