The Grinder / Grandfathered (2015): égocentriques attachants

The Grinder et Grandfathered sont deux nouvelles comédies diffusées depuis la fin septembre sur les ondes de Fox aux États-Unis et CityTV au Canada. La première met en scène l’ancien acteur Dean Sanderson (Rob Lowe), dont la populaire série télévisée justement intitulée «The Grinder» vient de quitter les ondes. Absolument pas prêt à quitter l’avocat surdoué qu’il personnifiait dans cette fiction, il se met à assister sont timide frère Stewart (Fred Savage) et son père Dean Senior (William Devane), tous deux avocats, dans leurs plaidoiries… avec un résultat étonnant. Dans Grandfathered, c’est John Stamos qui tient le rôle de Jimmy Martino, propriétaire d’un restaurant où se rassemblent plusieurs célébrités. Un jour, il fait la rencontre de Gerald (Josh Peck), lequel lui annonce qu’il est son fils issu d’une aventure d’un soir avec une ancienne flamme, Vanessa (Christina Milan), et qu’il est de surcroit grand-père d’une petite fille, Eddie (Layla & Emelia Golfieri). Reste à savoir s’il acceptera de participer à sa nouvelle vie familiale. Ces deux nouveautés de Fox misent sur des égocentriques au grand cœur et pour le moment, on est agréablement surpris. Les cellules familiales sont sympathiques, certaines répliques valent le détour : reste à savoir si à long terme, ces deux propositions sont viables.

The Grinder : du moment qu’on est diverti

The Grinder étant terminée, il semble que Dean ait été l’homme d’une seule série si bien qu’il n’a plus aucun projet dans sa ligne de mire. Déprimé, il s’installe chez son frère, son épouse Debbie (Mary Elizabeth Ellis) et leurs jeunes enfants Lizzie (Hana Hayes) et Ethan (Connor Kalopsis). Lorsque Stewart doit défendre en cour un couple évincé illégalement de leur domicile par le propriétaire, Dean se rappelle un épisode qu’il a tourné et y trouve la solution pour gagner la cause et bien qu’il n’ait aucune crédibilité, n’étant pas avocat, il est tout de même écouté de la cour, ne serait-ce qu’en raison de sa notoriété. Finalement, son frère lui propose de venir s’établir chez lui en permanence et il en profite même pour régler les contentieux au sein de la famille, y compris ceux entre les enfants.

Ce qui séduit en premier temps dans la série est son aspect méta qu’incarne bien le personnage de Rob Lowe. Il est comme plongé dans une douce folie si bien qu’on ne peut différencier Dean du personnage qu’il incarnait. Ainsi, lorsqu’il se trompe sur l’issue d’un procès, il est fortement ébranlé parce que justement à la télévision, ça n’arrive jamais à l’avocat vedette. Même chose lorsqu’au troisième épisode, il se livre à un exercice auprès de sa famille : les faire avouer une faute en les coinçant, quel que soit le subterfuge parce que c’est bien connu, le coupable finit toujours par dire la vérité (Columbo…).

Non seulement The Grinder se moque (gentiment) des séries judiciaires, mais on y retrouve en sous-texte toute une critique du même système, particulièrement américain. Dans l’épisode pilote, lorsque la petite communauté sait que Dean assistera au procès local, la salle d’audience est pleine à craquer. Évidemment, il se fait attendre et son entrée est triomphante. Lorsqu’il s’avance à la barre pour prendre la parole, l’avocat de la défense s’exclame : « Dean Sanderson is not an actual lawyer » et la juge de répliquer : « Oh, please. This is why we’re here »! Le ton de l’ancien acteur est très théâtral et même s’il plaide avec des affirmations qui n’ont ni queue ni tête, le public l’aime davantage que son frère, qui pourtant connaît ses dossiers, mais qui reste très technique et monocorde. C’est en quelque sorte une véritable critique d’un des piliers de la démocratie : la justice qui n’a vraiment la cote que lorsqu’elle se transforme en divertissement (Judge Judy par exemple). Dès lors, c’est le populisme qui prime pour faire plaisir aux masses, avec les résultats que l’on connaît.

Grandfathered : jouer sur notre corde sensible

Comme c’est souvent le cas avec des situations compliquées, un pilote d’environ 20 minutes se doit de tourner quelques coins ronds pour entrer dans le vif du sujet. De toute façon, on conçoit rapidement le personnage de Jimmy : narcissique, égocentrique, coureur de jupons; bref, quelqu’un qu’on vu mille fois à la télévision. Son fils qu’il ne connaissait même pas la veille se pointe à son travail, lui déballe tout et cinq minutes après le début du pilote, on peut commencer à exploiter ce qui sera le fil conducteur de la série : l’ambivalence du protagoniste entre sa (vide) vie de plaisirs et des obligations familiales (un peu chiantes, mais ô combien satisfaisantes au long terme sur le plan humain). Dès lors, il doit garder Edie (qu’il finit pas amener au restaurant), dans le deuxième épisode, il sacrifie son weekend pour aller à la plage avec sa nouvelle famille et dans le troisième, il passe une soirée beuverie et confidence avec Gerald.

Ce n’est pas parce qu’on nous amène en terrain connu qu’on va s’ennuyer automatiquement. En effet, Grandfathered s’en tire très bien, notamment au niveau de ses personnages. Étonnamment, ce sont ceux qui gravitent autour de Jimmy qu’on affectionne le plus, qu’il s’agisse de l’égocentrique Vanessa, de la naïveté comique et touchante de Gerald ou encore du côté mère poule et sarcastique de Sara (Paget Brewster).

Côté humour, on reconnait bien l’empreinte de Dan Fogelman, le producteur qui est aussi à l’origine de Galavant. C’est que sans être salaces ou déplacées, on a droit à des répliques tout aussi piquantes (Sara à Jimmy : «If you hurt my son, or his daughter, I will choke you to death with your own two overly moisturized hands » ) que naïves, mais tout de même amusantes (Échange entre une inconnue et Gerald qui viennent tout juste de se rencontrer à une fête organisée par Jimmy (inconnue) : «Can I ask you a random question? What sign are you? » (Gerald): « I’m an Aries. Yeah, but astrology’s complete junk science. » (inconnue): « Oh, my god, I’m an Aries, too! What are the odds? » (Gerald): « Uh, one in 12.»)

Grandfathered a réunit 5,34 millions de téléspectateurs en direct avec un taux de 1,5 chez les 18-49 ans lors de son pilote et The Grinder a suivi avec des performances similaires, soit 4,58 et le même taux auprès des jeunes. Un mois plus tard, 3,33 millions étaient toujours au rendez-vous pour la première (taux 1,0) et 2,86 pour la seconde (taux 0,9). Il faut tout de même mentionner qu’en octobre, les séries dans la MLB ainsi qu’un débat démocrate diffusé sur CNN à la même heure ont porté ombrage à Fox. Quoi qu’il en soit, après trois semaines The Grinder tendait déjà vers la redondance alors que du côté de Grandfathered, on a beau être charmé à chaque épisode, reste que sa structure rappelle beaucoup celle d’About a Boy que NBC a annulé cavalièrement en plein milieu de seconde saison.

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