The Player (2015): Game Over

The Player est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée depuis la mi-septembre sur les ondes de NBC aux États-Unis et Global au Canada. L’action se déroule à Las Vegas alors qu’Alex Kane (Philip Wincester), un ex-agent du FBI fait tout ce qui est en son pouvoir pour retrouver le meurtrier de son épouse Ginny (Daisy Betts). La police le suspectant du meurtre, il est recruté par Mr. Johnson (Wesley Snipes), un homme richissime qui avec son assistante Cassandra King (Charity Wakefield) aime placer des paris sur des crimes à venir. Alex doit donc dans un premier temps venger ceux qui sont à l’origine du meurtre de sa bien-aimée et dans les semaines suivantes, s’attaquer à d’autres criminels. Co-créée par John Fox (The Blacklist), The Player est aussi ridicule dans son traitement que dans sa prémisse. Faisant abstraction de tout discours moral ou éthique, tout est au service de scènes d’action exagérées à l’extrême. NBC exploite jusqu’à la lie un filon autrefois porteur et on doute qu’elle en récolte quelques fruits.

Faire le bien… au hasard

Pour justifier l’allure des épisodes, il faut retourner au scénario initial et tenter tant bien que mal de lui donner un sens. Ainsi, aux débuts du numérique, des hommes tels que Mr. Johnson se sont assurés d’y ajouter un dispositif aux appareils (cellulaires, ordinateurs, etc.) leur permettant de savoir exactement ce qu’en ferait les utilisateurs, si bien qu’ils disposent d’une manne incommensurable de données sur n’importe qui. Comme ces messieurs s’ennuient, ils ont développé un outil de surveillance leur permettant de prédire les crimes et ensuite, ils misent sur des « joueurs » qu’ils ont engagés pour stopper lesdits crimes. Dans ce contexte, Alex s’est vite fait remarquer et sans qu’on lui torde un bras, il accepte de se prêter à cet exercice. C’est que les deux partis ont à gagner : lui, stopper des criminels et Johnson, remporter ses mises. Dans le second épisode, il doit neutraliser les « Carnage Crew », un groupe de voleurs de grand chemin qui n’hésitent pas à utiliser des carabines pour se défendre, tandis que dans le troisième, il doit à tout prix arrêter un tireur d’élite qui menace de tuer le fils d’un de ses ennemis.

Qui dit grand network, dit souvent passer par des raccourcis pour arriver à ses fins et c’est exactement ce que NBC fait avec The Player. En effet, on se préoccupe peu du fait qu’une élite ait accès à la vie privée d’une grande partie de la population. Comme le dit Cassandra lorsqu’elle recrute Alex pour la première fois, Mr Johnson et les autres sont plus puissants que le FBI ou le MI6 et alors qu’ils sont poursuivis par la police, elle n’a qu’à claquer des doigts (littéralement) pour qu’ils la reconnaissent et la laissent tranquille. Dès lors, en monitorant les courriels ou appels téléphoniques d’individus, ils savent tout ce qui se trame et leur jeu est de les arrêter. Certes, Alex neutralise des brigands, mais combien passent sous le radar selon le bon plaisir de l’organisation? C’est d’affirmer que la menace d’un viol collectif, d’un génocide, d’une tuerie dans une école ou une garderie par exemple puisse leur passer sous leur nez sans qu’ils ne lèvent le petit doigt pour la simple raison qu’ils n’ont pas parié sur un de ces drames en particulier. Au lieu de questionner l’évidence, la série se jette tête première dans des courses contre la montre seulement destinées à nous donner un peu d’adrénaline.

On y va d’une intrigue supplémentaire pour soi-disant nous accrocher sur le long terme. Ginny dans sa jeunesse s’est fait faire un tatou représentant une bague autour de l’annulaire. Or, lorsqu’Alex vérifie sa main à la morgue, le dessin a disparu… Sa femme ne serait donc pas morte et il fait tout en œuvre pour découvrir ce qui s’est passé. Franchement, quelles sont les options ici? Elle aurait une sœur jumelle? On lui a enlevé son tatou? Le cadavre n’en serait pas un? Ou encore ce serait un robot, un mannequin ou un clone à la morgue? Toutes ses options sont plus stupides les unes que les autres et pourtant il faudra bien que la production tranche. Le pire dans tout ça est que les acteurs jouent leurs rôles le plus sérieusement du monde dans un univers à peine crédible.

Ce n’est qu’un jeu…

Une fois la décision prise d’éviter toute question éthique, restent les scènes d’action ou l’on met toute notre énergie, mais à l’inverse de Blindspot ou The Blacklist, The Player n’a pas de prémisse assez solide pour justifier les mises en scène rocambolesques auxquelles ont assiste. Comme l’indique le titre, ce n’est qu’un jeu et la série est traitée comme telle. Alex n’est qu’un pion manipulé par la très agaçante Cassandra qui donne machinalement des ordres sans jamais ou presque bouger de son bureau. Ainsi, on sait déjà que le protagoniste sensé rejoindre le téléspectateur n’est pas crevable et peu importe les chutes ou les blessures, il sera sur pied en moins de deux pour courir à sa prochaine mission.

Et justement, on a droit à tout un lot de cascades ; course en Jeep dans un désert, poursuite sur une autoroute bondée, sur une moto roulant à 150 km/h dans un lieu désaffecté, fracasser la fenêtre d’un édifice en passant d’un étage à l’autre, etc. La séquence la plus ridicule se déroule dans un avion alors que le méchant s’éjecte hors de l’appareil. Ne reculant évidemment devant rien, Alex saute aussi dans le vide, atterrit bien évidemment sur son acolyte et parvient même à lui voler son parachute.

Quant aux méchants, ce sont des fous furieux pour qui les villes ne sont que des jungles. Si le stratagème peut fonctionner avec une série comme Gotham par exemple, c’est parce qu’on regarde une fiction issue d’une bande dessinée et que la ville en soit est surréaliste, ce qui est propice à créer des psychopathes de la pire espèce. Avec The Player, on est dans la très réelle Las Vegas et toutes ces balles tirées, qu’elles proviennent de revolvers, carabines ou de bazookas nous font lever les yeux plus d’une fois.

Si en nous offrant cet univers de jeux vidéos NBC croyait attirer un public plus jeune, elle s’est trompée royalement. Seulement 4,68 millions de téléspectateurs ont regardé le pilote en direct et à la quatrième semaine, le chiffre avait baissé à 3,99. Quant à la cible des 18-49 ans, le taux n’était que de 1,2 à la première diffusion et se retrouve désormais à 0,74. Et des neuf fictions que la chaîne diffuse en heure de grande écoute en semaine, The Player se retrouve en queue de peloton par rapport à ce groupe d’âge. Manifestement, les jeux sont faits.

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