The Bastard Executioner (2015): on n’en perd pas vraiment la tête

The Bastard Executioner est une nouvelle série de dix épisodes diffusée depuis la mi-septembre sur les ondes de FX aux États-Unis et au Canada. L’action se déroule au pays de Galles au XIVe siècle et tourne autour du personnage de Wilkin Brattle (Lee Jones), autrefois chevalier du roi Édouard I et désormais un simple cultivateur, marié et attendant son premier enfant. Mais voilà qu’une escalade de violence entre les villageois et l’armée du Baron Ventiris (Brian F. O’Byrne) atteint un point de non-retour si bien que le protagoniste perd tous ceux qui lui étaient le plus cher. Il réussit par contre à prendre l’identité d’un bourreau et à se rapprocher des arènes du pouvoir le temps de mettre sa vengeance à exécution. Création de Kurt Sutter (Sons of Anarchy), on aimerait adhérer à The Bastard Executioner, mais on n’y arrive qu’à moitié. Malgré une mise en scène intéressante et un certain souci d’acuité historique, la majorité des personnages, leurs objectifs et motivations demeurent mal définis et après trois épisodes, on peine à se motiver d’être au rendez-vous pour le quatrième.

Un pays de rebelles

Nous sommes au Moyen-Âge sous le règne d’Édouard II qui manifestement fait face à certains défis économiques puisqu’il charge ses nobles d’amasser de nouveaux impôts, ce qui est loin de faire l’affaire des paysans qui doivent une fois de plus vider leurs poches. Justement, Wilkin et six autres hommes se décident à procéder à une embuscade et tuent tous les collecteurs travaillant pour le baron Ventiris. Celui-ci, furieux décide d’incendier tout le village des fauteurs et massacrent par le fait même toute la population. Œil pour œil, dent pour dent, les survivants, à l’aide de mercenaires tendent une embuscade au baron et à ses soldats et c’est à leur tour d’être massacrés. Dès lors, le seul avenir pour Wilkin lui est dicté par la « sorcière » Annora (Katey Sagal) et elle le convainc de prendre l’identité d’un bourreau tué lors de l’attentat. Il entre donc au service de la baronne Aberffraw (Flora Spencer-Longhurst) désormais veuve n’y voit que du feu. Seulement, Wilkin doit exercer son métier et la plupart des prisonniers sont des gens du peuple qui comme lui ont osé défier l’autorité. Et voilà qu’entre en scène le chambellan Milus (Stephen Moyer) qui ne lui faisant pas confiance, veille à ce qu’il exécute les moindres ordres.

Les deux premiers épisodes de The Bastard Executioner se sont achevés au moment où Wilkin aurait atteint son objectif : se retrouver à proximité de ses ennemis, prêts à en découdre. Mais justement, lorsqu’on commence l’épisode #3, on se demande justement si cela en vaut vraiment la peine. En effet, les survivants du village ont pu se faire justice en assassinant le baron sanguinaire et la plupart des soldats qui ont pris part au carnage. Mais il en resterait six impunis… l’objectif est extrêmement futile quand on pense à tout ce qui attend le bourreau. En attendant, il doit couper des têtes, torturer n’importe qui sur un claquement de doigts et la dernière victime est une adolescente qui avec d’autres de son âge a profané la statue du défunt Ventrilis. Comme elle ne veut rien avouer, Wilkin n’a d’autre choix que de lui trancher le nez, devant une foule dégoûtée.

La tâche du bourreau est d’autant plus déchirante qu’il n’a plus personne à détester, sinon lui-même. C’est que la baronnie galloise est désormais dirigée par Aberffaw qui est empreinte d’un humanisme et d’une bonté digne de mention. Elle fait des efforts considérables pour entamer un dialogue entre le pouvoir et son peuple, ce qui n’est pas très fructueux pour l’instant et même Wilkin est charmé par cette bonté. Dès lors, l’objectif des survivants n’a plus de sens, les intrigues entourant les personnages secondaires sont inexistantes et il n’y a aucune ligne directrice forte ayant le potentiel de nous tenir captifs à long terme. En bref, ce qui manque le plus à The Bastard Executioner, malgré un concept hautement accrocheur c’est l’intensité.

Le Moyen-Âge au pays de Galles

Du côté de la mise en scène, la nouveauté de FX est tout de même digne de mention à plusieurs égards, à commencer par un certain souci de présenter le quotidien d’un siècle encore peu porté sur l’hygiène, qu’il s’agisse des dents noircies des jeunes paysans, aux plaies mal pansées et jusqu’à la chaise percée du baron Ventrilis et le « nettoyage » qui s’en suit : une première dans une série historique! Et comme le Moyen-Âge est caractérisé par son extrême violence, là aussi, sa représentation est nettement justifiée et la production s’en donne justement à cœur joie au cours des multiples carnages qui caractérisent les premiers épisodes et sûrement les prochains à venir. Il y a aussi le pays de Galles qui nous est montré dans toute sa splendeur et étonnement lumineux par rapport à la bande-annonce ou le gris était la lumière dominante (par contre, on ne s’explique toujours pas pourquoi il y a des fondus au noir et blanc avant chacune des nombreuses pauses publicitaires)

À l’inverse, est à mettre aux oubliettes la bande sonore, tantôt trop moderne avec sa guitare électrique, tantôt trop douce au point où elle ne vient pas suffisamment appuyer les moments les plus chargés d’émotion. De plus, certains choix scénaristiques restent discutables, le plus notable étant de voir autant de paysans se révolter de leur propre chef, sans en craindre les conséquences. En effet, l’instabilité politique du Moyen-Âge était davantage caractérisée par les Lords rebelles et leurs armées que par les roturiers, lesquels subissaient plus que quiconque les ravages de guerres qu’ils n’avaient la plupart du temps jamais souhaitées. De ce point de vue, on force un écho entre la société d’alors et celle d’aujourd’hui où s’affrontent un peuple (qui se veut) souverain et quelques grands (impitoyables) oligarques qui dictent leur loi.

The Bastard Executioner n’a pas trop mal fait en rassemblant 2,11 millions de téléspectateurs pour son double épisode pilote d’autant plus que cette journée-là ce fut l’émission la plus regardée sur le câble chez les « jeunes » entre 18 et 49 ans avec un taux de 0,8 point. Si on est loin des performances de American Horror History sur la même chaîne qui a réuni un auditoire de près de 4 millions pour ses saisons 3 et 4, rappelons-nous qu’au printemps 2014 Fargo avait cumulé une moyenne de 1,9 million et a été renouvelée, les excellentes critiques, Gloden Globes et Emmys gagnés aidant, il est vrai. Cependant, une chose qu’on ne pourra jamais reprocher à FX c’est de ne jamais hésiter à sortir des sentiers battus contrairement aux grands networks qui outre quelques exceptions, nous promettent une saison 2015-16 bien soporifique.

 

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