400e critique!!! Love Child (2014): étonnamment légère

Love Child est une nouvelle série qui compte huit épisodes pour sa première saison diffusée sur les ondes de la CBC depuis le début août. Cette acquisition provenant de la chaîne australienne Nine Network nous amène à Sidney à l’hôpital fictif de King Cross ainsi qu’à la Stanton House en 1969 alors que plusieurs filles-mères y sont carrément cachées afin qu’elles puissent accoucher tout en ayant accès à une certaine aide médicale financée par l’état. La dernière arrivée, Vivian (Sophie Hensser) a été abandonné par ses parents, mais trouve vite soutien et réconfort auprès des autres filles qui partagent son sort. Histoire inspirée de faits vécus, Love Child en général privilégie un peu trop l’ambiance générale de la fin des années 60 au détriment de ces histoires personnelles qui ne sont pas traitées avec la sévérité de circonstance. Malgré tout, le divertissement est au rendez-vous d’autant plus que les intrigues se peaufinent au fil des épisodes.

Un peu trop moderne

Vivian, une gentille fille, mais aux mœurs un peu trop légères au goût de ses parents en paie le prix fort, dès l’introduction de Love Child. Son père lui donne quelque chose à boire qui la fait tomber dans les vapes; le temps de l’envoyer à Stanton House sous la gouverne de l’acariâtre matrone Frances (Mandy McElhinney). Aussitôt remise, elle doit payer pour son hébergement en tant que lingère et sort en douce dès que ça lui est possible afin de découvrir Sidney. L’avenir des autres résidentes n’est pas plus reluisant. Mis à part Martha (Miranda Tapsell) qui déborde d’optimisme, mentionnons Shirley (Ella Scott Lynch) qui est venue s’installer de son plein gré à Stanton avant que ses parents ne découvrent qu’elle est enceinte. Contrairement aux autres, son petit ami Johnny (Ryan Corr) désire assumer ses responsabilités de père, mais c’est elle qui veut donner l’enfant en adoption. Enfin, il y a Annie (Gracie Gilbert) qui est en pleine dépression puisqu’après avoir accouché, on lui a immédiatement retiré sa fille. C’est l’infirmière Joan (Jessica Marais) qui lui redonne confiance en lui mentionnant qu’elle a 30 jours pour « changer d’avis », mais entre-temps, elle doit prouver qu’elle a les moyens de subvenir à ses besoins et le temps presse…

On peut comprendre l’engouement autour de Love Child puisque dans un premier temps, les intrigues sont assez intéressantes et s’intensifient, comme à la fin du troisième épisode qui nous laisse littéralement sur notre faim. Deuxièmement, il est évident que la production a dû jouir d’un budget considérable puisqu’on nous en met plein la vue avec la recréation d’époque qui nous plonge dans l’univers des baby-boomers se « libérant » de plus en plus. En complément, on a aussi décidé d’inclure dans le scénario des événements marquants de ces années comme la visite de Mick Jagger sur l’île alors qu’il est au faîte de sa gloire ou encore des premiers pas de Neil Armstrong sur la lune. En effet, qu’il s’agisse d’un chanteur éveillant le côté rebelle de toute une génération ou encore d’une première scientifique sans égale; tout est là pour nous rappeler que la modernité est aux portes du monde occidental; un peu trop même…

 

Joan avait étudié en médecine, mais se retrouve plutôt infirmière, au grand dam de ses parents qui auraient voulu… qu’elle épouse un médecin! Autant son personnage est attachant, autant on a l’impression que les scénaristes l’ont créé beaucoup trop moderne et pas assez en phase avec le cadre des années 60. En effet, elle n’a aucun problème à contester les décisions de la matrone, pas plus que les diagnostics des médecins avec qui elle travaille. Étouffant de plus en plus dans le nid familial, elle décide de partir seule en appartement comme n’importe qui dans la jeune vingtaine de nos jours. Un jour, elle va même jusqu’à donner un cours d’éducation sexuelle aux résidentes, leur expliquant non seulement l’anatomie féminine, mais aussi comment mettre un préservatif en se servant d’une banane. On comprend que ces années sont charnières, notamment dans l’évolution des mœurs, mais on va un peu trop loin dans l’exercice, quitte à s’éloigner du contexte historique de l’époque; celui-là même qu’on veut dénoncer.

Déjà exploité et un peu mieux…

Deux séries similaires ont vu le jour depuis quelques années et lorsqu’on les compare à Love Child, l’australienne ne peut que se retrouver en queue de peloton. La première étant Call The Midwife de BBC (2012- ) où des sages-femmes travaillent dans l’East-End de Londres à la fin des années 50. Bien qua série s’intéresse davantage à celles-ci, de nouvelles femmes avec une riche histoire personnelle accouchent à chaque épisode et la série nous en apprend autant sur le fonctionnement du métier à l’époque que sur la pauvreté la plus abjecte, ce qui crée un fort contraste avec l’idée que l’on se faisait de l’Angleterre de ces années. L’autre série, Le Berceau des Anges, est canadienne et a été diffusée sur les ondes de Séries+. S’inspirant aussi de faits réels, on suit deux détectives alors qu’ils enquêtent sur un probable marché noir de vente de bébés illégitimes au Québec à la fin des années 50. Non seulement on en apprend sur la mentalité de l’époque tout en nous rappelant une affaire criminelle hautement médiatisée, mais on est aussi à même de réaliser la forte emprise que la religion exerçait dans toutes les sphères de l’État.

Avec Love Child, certes, on se penche sur le destin de ces malheureuses jeunes femmes, mais le ton léger des épisodes nous laisse parfois croire qu’elles se retrouvent dans une colonie de vacances. La plupart d’entre elles prennent la situation un peu trop à la légère et ont davantage en tête de sortir ou aller s’éclater alors que ce qu’elles vivent est pourtant franchement dramatique. Le point positif est qu’après la diffusion des premiers épisodes, certaines femmes qui ont vécu une expérience similaire, ainsi que des enfants adoptés ont accepté de témoigner de leur propre expérience. L’une d’entre elle, Lily Arthur a affirmé : « It was nothing like the fun time you see the girls having on the show. We were locked up, forced to work and we had no contact with the outside world. These places were just full of young, depressed girls waiting to deliver children they knew they would lose. It was like waiting to get the guillotine. » Avec un souci historique plus pointu, la série aurait assurément gagné quelques étoiles supplémentaires.

À sa sortie en février 2014, Love Child a rassemblé en moyenne 1,46 million de téléspectateurs et 1,07 pour sa seconde saison, laquelle était diffusée au printemps 2015. Le succès est manifestement au rendez-vous et une troisième saison a été annoncée. Bien qu’on eût souhaité davantage d’éléments dramatiques étant donné que ceux-ci étaient fournis par l’Histoire elle-même, on a tout de même brisé pour une deuxième fois le silence sur cette période honteuse de l’Australie. En effet, en 2013, le gouvernement fédéral a offert des excuses officielles aux victimes de ce système et rien de mieux qu’une fiction pour rendre plus concret auprès du public cette période sombre.

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