Partners in Crime (2015): valeur sûre et bilan de la BBC

Partners in Crime est une nouvelle série de six épisodes diffusée depuis la fin juillet sur les ondes de BBC One en Angleterre. On nous transporte en 1952 avec pour personnages principaux Tuppence (Jessica Raine) et Tommy Beresford (David Walliams), un couple modèle de banlieue qui est impliqué par pur hasard dans une affaire d’enlèvement alors qu’il avait croisé la victime quelques jours plus tôt dans le train de 15 h 10 Paris-Londres. Il se trouve que le Major Anthony Carter (James Fleet), aussi l’oncle de Tommy, travaille pour le MI5 et parvient à convaincre sans trop d’efforts son neveu et Tuppence de l’aider dans l’enquête en cours impliquant agents secrets soviétiques et espionnage. Afin de commémorer le 125e anniversaire de naissance d’Agatha Christie, la BBC a décidé de remettre au goût du jour deux classiques de l’auteure émérite, soit : « The Secret Adversary » et « N or M? » de trois épisodes chacun. Si l’on constate qu’encore aujourd’hui ces adaptations à la télévision suscitent toujours autant la curiosité, la formule commence peut-être à s’essouffler, peut-être à l’image de la BBC qui n’a pas connu un été des plus glorieux.


Des standards de qualité

Depuis peu de temps, Tommy s’est lancé dans l’apiculture et avec sa femme, il s’apprête à rentrer en Angleterre après avoir trouvé la reine qu’il fallait pour « coloniser » ses nouvelles installations. Dans le train, ils font la connaissance de Jane Finn (Camilla Beeput), qui, on l’apprend plus tard, est enlevée par des espions contrôlés par Moscou puisqu’elle avait en sa possession une bande audio compromettante alors qu’on se retrouve en pleine guerre froide. L’enregistrement a été caché dans les bagages des Beresford à leur insu, ce qui les place au cœur de toute cette intrigue. Puis, de fil en aiguille, on accumule les indices, que ce soit en enquêtant sur Rita Vandermayer (Alice Krige), une cantatrice autrefois célèbre ou dans un bordel de Soho. Tommy et Tuppance, bien qu’amateurs, se glissent de façon efficace dans la peau d’autres personnages et font preuve d’un indéniable courage à plusieurs occasions. Une fois l’enquête résolue, le couple n’est pas prêt à retrouver sa vie pantouflarde et ils offrent leurs services pour une nouvelle enquête.

Nous avons encore une fois la preuve ici que les enquêtes d’Agatha Christie peuvent être adaptées à toutes les sauces. Récemment, on a eu droit avec Les Petits Meurtres d’Agatha Christie à une transposition d’enquêtes dans la France des années 40 avec le commissaire Larosière et l’inspecteur Lampion, puis dans les années 50, toujours en France, cette fois avec le (moins bon) duo formé de la journaliste Avril et du commissaire Laurence. Avec Partners in Crime, on transpose aussi une nouvelle publiée en 1922 dans les années 50 et on décide ici de faire de Tuppence et de Tommy un couple alors que ce n’était pas le cas à l’origine. La dynamique du duo où l’on alterne éclairs de génie à des situations embarrassantes dues à un certain amateurisme fonctionne très bien, nous rappelant les deux versions d’Hitchcock de The Man Who Knew Too Much (1934 & 1956) qui mettait aussi en scène un couple ordinaire. Quant à la recréation d’époque, à la trame sonore, aux locations et différents crescendos que l’on crée tout au long des trois épisodes, il n’y a rien à redire sinon que le tout est diablement efficace et se laisse regarder sans trop d’efforts.

Bilan estival de la BBC

Depuis le mois de mai, la BBC nous a offert plusieurs fictions plus ou moins longues qui franchement n’ont pas connu un succès populaire et même critique. Tout commence en mai avec l’adaptation du roman de Susanna Clarke Jonathan Strange & Mr Norrell, un drame fantastique de sept épisodes qui connaît un bon succès de départ (4,70 millions de téléspectateurs), mais dont l’audience s’essouffle jusqu’à ce qu’il ne reste que des miettes au final (1,70 million pour la finale). Sujets mal exploités, intrigues décousues et personnages peu attachants sont assurément à l’origine de cet insuccès. Viennent ensuite deux autres adaptations littéraires : Stonemouth en juin et The Outcast en juillet qui dans leur course contre la montre (deux épisodes chacun) n’ont pas réussi à nous transmettre la profondeur des best-sellers respectifs de Iain Banks et de Sadie Jones. Dans un registre hautement plus populaire, le diffuseur public nous offrait The Interceptor; un procédural policier, mal ficelé de surcroit, dans un marché où la compétition ne manque pas. Fin juillet on présentait les trois épisodes de Life in Squares dépeignant la vie commune des divers artistes ayant formé le groupe Bloomsbury. Sensée ramener à la mémoire collective l’apport de ces personnages pourtant influents, la série s’était plutôt intéressée aux tourments amoureux de ceux-ci et des 2,28 millions de curieux au départ n’en subsistaient plus que 760 000 en fin de course.

 

Puis, il y a Partners in Crime. Faire revivre au petit écran les histoires de la reine du crime est quasiment un gage de succès instantané et cette nouvelle mouture de la BBC est de qualité, c’est indéniable. Mais avec les Miss Marple, Poirot, etc., les adaptations télévisées des Agatha Christie tombent-elles dans le trop populaire? C’est que les conservateurs, majoritaires à la Chambre des communes depuis les élections de mai 2015 ne portent pas la BBC dans leur cœur et entendent réorienter le mandat de l’institution en éliminant notamment de la grille horaire des émissions comme The Voice qui concurrencent à leur avis inutilement les chaînes généralistes privées. Reste à savoir si la même rigueur s’appliquera aux fictions…

On a beau raviver ces histoires à toutes les sauces, les criminels, eux, restent les mêmes et on se demande si on n’aurait pas abusé des adaptations de Christie ces dernières années. Le premier épisode a rassemblé près de 8 millions de téléspectateurs et à la conclusion de l’enquête au troisième, il en restait 5,45. L’autre débutant la semaine suivante intitulée « N or M ? » n’a commencé qu’avec 4,23 millions de fidèles. Pourtant, les mêmes protagonistes reviennent, mais avec une intrigue complètement différente. En tous les cas, vive l’automne qui approche en espérant des nouveautés plus audacieuses et mieux abouties de la part de la BBC.

 

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