Proof (2015): mort lente

Proof est une nouvelle série de dix épisodes diffusée depuis la mi-juin sur les ondes de TNT aux États-Unis et Bravo au Canada. Le personnage principal est Carolyn Tyler (Jennifer Beals), une brillante chirurgienne dont le fils Will (Jared Ager-Foster) est mort il y a peu dans un accident de la route. Depuis, elle et son mari Leonard (David Sutcliffe) ont divorcé et leur fille unique Sophie (Annie Thurman) est, on le comprend, en pleine crise existentielle. Un jour, le milliardaire Ivan Turning (Matthew Mondine), atteint d’un cancer inguérissable, lui lance un appel à l’aide : en échange d’une généreuse contribution à l’hôpital où elle travaille, il tient à ce que Carolyn « enquête » sur la vie après la mort, qu’il s’agisse de réincarnation, de patients qui ont été ramenés à la vie, etc. Ces expériences l’aideront-elles à assumer son deuil personnel? Lancée en même temps que tant d’autres séries au début de la période estivale, on doute que Proof se rende très loin. On ne peut pas l’accuser dans faire dans le sensationnalisme ni pour autant de chercher à attiser notre corde sensible. C’est justement là le problème puisqu’on a droit à une série destinée à stagner et à laquelle peu de gens risquent de rester fidèles.

Conclusion impossible

Le choix de Carolyn pour cette « mission » n’est pas anodin. Non seulement elle vient elle-même de passer à travers un douloureux deuil, mais elle a failli passer de vie à trépas dans un naufrage alors qu’elle s’embarquait en mission vers l’étranger. De plus, elle est de nature septique, ce qui ne peut pas nuire lorsqu’on veut conduire des enquêtes de manières objectives. Dans le premier épisode, Carolyn et son stagiaire Zed Badawi (Edi Gathegi) s’intéressent à une fillette qui durant un coma affirme être allée au paradis et y avoir rencontré certains ancêtres alors que dans le second,  l’équipe suit un homme dont la femme est morte il y a peu, mais qui continue de vivre comme si elle était à ses côtés. La semaine suivante, ce sont deux hommes qui ont été militaires en Iraq, mais souffrent de choc post-traumatique par rapport à une guerre antérieure à laquelle ils n’ont jamais pris part.

Déjà il faut admettre que la prémisse de Proof est bancale puisque malgré toutes les recherches et conclusions de Carolyn, jamais Ivan, pas plus que les téléspectateurs n’obtiendront de « preuves » ou de réponses concrètes à leur questionnement. Il faut donner crédit aux concepteurs qui afin d’éviter une certaine redondance, ne se sont pas cantonnés aux seules expériences de coma ou de patients à avoir été déclarés cliniquement morts. En même temps, chaque mise en situation semble crédible, bien interprétée par les acteurs et qui surtout évite de tomber dans les clichés. Durant le second épisode, il s’avère que les visons de l’homme désormais veuf étaient dues à une lésion cérébrale. Plus tard, le patient songe à se suicider. C’est que s’il consent à se faire opérer, il n’aura plus les visions de sa femme bien-aimée. Que faire? Rester en vie et trouver la force de s’en remettre ou mettre fin à ses jours en espérant qu’il la retrouvera dans l’au-delà? Rien n’est moins sûr avec cette dernière hypothèse et s’ensuit une intéressante réflexion entre lui et Carolyn à ce sujet. En même temps, il est intéressant que quelquefois, les étranges phénomènes puissent être expliqués d’un point de vue médical et d’autres fois pas.

Malheureusement, notre corde sensible n’est pas activée assez souvent et on a rapidement l’impression que la série est condamnée à faire du sur-place. Certes, chaque semaine un nouveau et différent cas se présente à eux, mais Proof ne verse pas dans la science-fiction et donc on sait déjà qu’il ne faut pas s’attendre à un crescendo niveau intensité au cours de la saison. Pour le moment, la seule intrigue à long terme concerne Carolyn. C’est qu’à quelques reprises durant les premiers épisodes, une seule et même vision vient la hanter : celle d’une vieille femme au foulard vert. Qui est-elle? Mystère pour le moment… disons qu’on a déjà vu plus enlevant.

S.O.S. compassion

Reste qu’il ne faut pas un bac pour comprendre que ces recherches servent aussi indirectement Carolyn qui peine à oublier son fils. En effet, Will est omniprésent au cours des épisodes, ne serait-ce qu’en souvenirs. Si la douleur de Sophie et Leonard semble s’apaiser avec le temps, il n’en est pas de même pour le personnage principal. Profondément meurtrie par cette perte, elle a tendance à se renfermer et au cours des premiers épisodes, c’est à peine si elle laisse entrevoir sa souffrance. On sait qu’elle en éprouve, mais ne le montre pas assez. Normalement, au contact d’autres personnes ayant perdu des êtres chers, on se serait attendu à ce que sa carapace ramollisse tranquillement, mais il n’en est rien. Trop froide, on voit poindre quelques lueurs d’espoir par moment, mais dès qu’un nouvel épisode est diffusé, elle adopte la même attitude voguant entre le sarcasme et la mauvaise foi. Alors qu’on perd peu à peu espoir de la voir plus humaine, il aurait peut-être été préférable de commencer la série avec la mort de Will, question d’offrir au téléspectateur une dose d’empathie suffisante pour poursuivre de façon assidue toute la saison.

Pour sa première, la série a attiré 2,66 millions de téléspectateurs avec un taux de 0,37 point chez les 18-49 ans. Pas si mal diront certains, mais TNT est habituée à des scores beaucoup plus hauts. Et c’est la norme dans la majorité des séries, les chiffres descendent au cours des semaines suivantes pour finalement se stabiliser et dans le cas de Proof passé la mi-saison, la moyenne est de 2,16 millions. La série n’est donc pas nécessairement sur le respirateur artificiel, mais ses chances de survies ne sont pas très hautes non plus.

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