Poldark (2015): romance passéiste

Poldark est une nouvelle série de huit épisodes diffusée depuis le début mars sur les ondes de BBC One en Angleterre et PBS aux États-Unis depuis le début juin. À la fin du XVIIIe siècle, le capitaine Ross Poldark (Aidan Turner) sert dans l’armée britannique alors que la Révolution américaine fait rage. Grièvement blessé, il parvient à rentrer chez lui en Cornouaille et crée l’émoi dans son entourage puisque tous le croyaient mort. En même temps, il apprend que son père est récemment décédé et que c’est à lui de prendre en main la propriété tombée en désuétude et criblée de dettes. Sa vie sentimentale n’est pas non plus au beau fixe puisque sa fiancée d’alors, Elizabeth (Heida Reed), s’est mariée avec un autre. À la fois adaptation éponyme d’une nouvelle de Winston Graham et remake d’une série datant de 1975, Poldark se regarde aisément, mais force est d’admettre que le caractère Harlequin de l’œuvre initiale n’a pas très bien traversé les âges. Quand même : ressusciter ce succès de la langue anglaise s’avère payant en terme d’auditoire.

 

Excès de couchers de soleil

On ne peut pas vraiment parler du retour de l’enfant prodigue lorsque Ross regagne sa contrée natale. Son domaine a été laissé à l’abandon par des serviteurs paresseux et les mines de cuivre qui s’y trouvent n’ont jamais été exploitées. Plus tard, il réussit tout de même à amasser des prêts de la part de créanciers et se joint lui-même à ses employés pour procéder à l’extraction

Du côté sentimental, quel n’est pas le désarroi de Ross lorsqu’il apprend que sa cousine Elizabeth s’est mariée avec Francis (Kyle Koller), un autre cousin et qu’elle attend un enfant. En revanche, il rencontre un jour au marché Demelza Carne (Eleanor Tomlinson), une jeune femme à l’allure sauvage que son père battait allègrement et qui a quitté le nid familial depuis. Il l’engage en tant que bonne et puis irrémédiablement les deux jeunes gens finissent par se rapprocher et après avoir couché ensemble, Ross décide d’en faire sa femme.

Il est dans le mandat de la BBC de tourner ses séries dans différents endroits du pays, afin de donner de la visibilité à chacune d’elle. La Cornouaille est sans aucun doute un lieu exceptionnel, particulièrement avec ses falaises et vues sur l’océan. Cet exactement le panorama auquel on a droit dans Poldark et quand on combine la musique ainsi que certains dialogues pour le moins doucereux des protagonistes, on a l’impression que chaque plan ou scène correspondent à une couverture de roman Harlequin. En effet, on ne compte plus les plans au ralenti de Ross ou de Demelza qui chevauchent les plaines avec les cheveux au vent et vraisemblablement, ils s’adonnent toujours à ces activités en fin d’après-midi alors que le soleil se couche. Oui, ces plans sont très beaux, mais en les multipliant autant de la sorte, l’effet de contemplation est vite passé.

La barre est désormais plus haute

Certains romans de même que certains films, passent allègrement les époques sans pour autant prendre ne serait-ce qu’une seule ride. Dans le cas de Poldark, on ressort un vieux classique à la fois littéraire et télévisuel quelque peu suranné. On a carrément l’impression de lire les pages d’un livre en regardant la série et on n’ose pas s’en éloigner assez. Sans effectuer un virage à la Sherlock,  il aurait été préférable de couper certaines parties du scénario un peu trop à l’eau de rose comme cette scène du duel entre Francis et Andrew Blamey (Richard Harrington), l’amoureux de Verity (Ruby Bentall), sœur d’Elizabeth; les deux hommes estimant leur égo lésé. Et que dire de ce sentiment de désir latent entre cette dernière et Ross, bien qu’elle vienne d’accoucher…

Le meilleur contre-exemple dans ce cas-ci serait Outlander. Certes, la voix hors-champ de Claire exprimant les tourments de sont cœur nous pèse un peu trop sur l’estomac, mais la force des romans de Diana Gabaldon dont la série est issue, est qu’il y a tout ce côté historique, ces minutieuses reconstitutions d’époque particulièrement en lien avec la médecine (la protagoniste ayant été elle-même infirmière à une autre époque). Du coup, la fiction acquiert de la crédibilité tout en nous fidélisant semaine après semaine. Dans le cas de Poldark, il manque soit un volet historique que la BBC aurait pu mettre de l’avant ou même politique étant donné cette fin de siècle riche en développement. Au pire, on rend les personnages plus actuels, les éloignant ainsi des clichés du preux chevalier, de la jeune Cendrillon et des plus qu’impitoyables créanciers. On se serait sans doute éloigné de l’œuvre originale, mais en même temps on aurait insufflé une petite brise à ce roman qui s’empoussière.

Pourtant, les chiffres d’écoute donnent tort à ces suggestions. Poldark a rassemblé 8,75 millions de téléspectateurs le soir de sa première et en moyenne 7,60 millions pour toute la première saison. Avec un tel score, la série est demeurée dans le top 3 des émissions les plus regardées de la BBC et il va sans dire qu’elle a été renouvelée pour un deuxième opus. Ce fort engouement n’est pas nécessairement une surprise, mais gageons que la moyenne d’âge doit être assez élevée et quant à l’auditoire, presque exclusivement féminin; en somme le public phare de l’écoute en direct reconnu pour sa fidélité. Espérons que la chaîne publique nous prépare des fictions plus osées, à l’automne probablement.

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