Mr. Robot (2015) : un hacker à pendre au sérieux

Mr. Robot est une nouvelle série de onze épisodes diffusée depuis la fin juin sur les ondes d’USA Network aux États-Unis et met en scène Elliot Anderson (Rami Malek), un technicien en sécurité informatique chez l’une des plus importantes compagnies de la planète alors que dans ses temps libres il se transforme en hacker redoutable. Son but ultime n’est rien de moins que de faire tomber ces géants qui contrôlent le monde et sa rencontre inusitée avec un homme que l’on surnomme Mr Robot (Christian Slater) qui lui aussi rêve d’une révolution mondiale. Renouvelée pour une seconde saison avant même son lancement officiel à la télévision, Mr Robot est une œuvre d’auteur conçue par Sam Esmail qui vaut absolument le coup d’œil, notamment pour son personnage principal à la fois complexe et attachant, qui pour un scénario qui nous égare à quelques moments, mais qui nous garde terriblement captifs. En terme de nouveautés estivales de qualité, on n’aura jamais été aussi bien servi cette année.

 

Messie 2.0

Elliot souffre de troubles d’anxiété sociale depuis le mort de son père alors qu’il était encore très jeune. Sa seule véritable amie Angela (Portia Doubleday) travaille avec lui chez Allsafe dont le principal client, E Corp (qu’ils surnomment Evil Corp), connaît quelques troubles depuis que son PDG s‘est fait arrêter pour avoir dissimulé des informations criminelles et fraudes graves. La compagnie nomme à la hâte Tyrell Wellick (Martin Wallström), lequel a tôt fait de proposer à Elliot un contrat de plusieurs millions $ en échange de ses services, mais ce dernier refuse. C’est que la compagnie pourrait être à l’origine de la mort de son père (histoire à suivre) et que de toute façon, il en a contre toutes les corporations de la terre. Sa rencontre fortuite avec Mr Robot qui lui propose de se joindre à son équipe, la FSociety, le laisse perplexe : c’est que ses membres prônent des actions terroristes très médiatisées à l’encontre des grands, alors qu’Elliot voudrait les attaquer dans l’ombre.

Le hacker est en vogue depuis plusieurs années, mais a jamais toujours été exploité de façon très caricaturale, qu’il soit geek au possible ou cool. Dans cette catégorie, pensons aux personnages de Lindy dans Eye Candy ou de Nolan dans Revenge : leurs prouesses informatiques ne sont là que pour faire accélérer certaines intrigues du scénario et chez les producteurs, on comptait vraiment sur le fait que la majorité des téléspectateurs ne comprissent rien à l’informatique pour nous faire gober n’importe quoi. À l’opposé, nous avons le « geek solitaire » (homme, asiatique de préférence), toujours à côté de la plaque. Le plus souvent, sont désespoir ou côté « looser » est soit pris à la légère, soit tourné en dérision (Scorpion, Silicon Valley).

Avec Mr Robot, on a droit à un personnage principal carrément déprimant, mais on s’attache très vite à sa fragilité qui nous happe dès qu’il entame sa narration hors champ. C’est aussi sa complexité qui séduit, parce qu’il est constamment opposé à des dilemmes : prendre part à des activités terroristes pour atteindre son but ou pas, continuer à travailler pour une compagnie qui protège les riches ou encore dénoncer son revendeur de drogues (il est accro à la morphine) au risque de ne plus pouvoir s’approvisionner, etc.

Mais l’antagoniste du protagoniste ne s’arrête pas là. À un moment, Elliott affirme en voix-off : « the top 1% of 1% » of the world’s elite are « playing God without permission », mais ce qu’il y a d’intéressant, c’est qu’il fait plus ou moins la même chose que ses ennemis qu’il déteste tant : il joue à Dieu en piratant leurs comptes informatiques et en scrutant aux moindres détails leur vie privée. À petite échelle aussi, il ne peut s’empêcher de faire de même. Par exemple, il découvre que les deux petits copains de femmes qui lui sont chères, soit Angela et sa psychologue Krista (Gloria Reuben) les trompent allègrement avec d’autres femmes et escortes. Pour son amie, il ne fait rien pour le moment, mais pour celle qu’il voit en session chaque semaine, il confronte l’homme en question et l’oblige à dire toute la vérité, ce qui a l’effet d’un coup de massue chez la principale intéressée. C’est justement parce que ce « dieu de l’ombre » en sait trop qu’il est malheureux et qu’inévitablement déclenche le même sentiment chez ceux qu’il veut aider.

Globalement réussie

Pour quelqu’un qui a toutes les réticences du monde à avoir des contacts physiques avec les autres, même une poignée de main, il est surprenant qu’il ait des rapports sexuels avec Shayla (Frankie Shaw), celle qui lui fournit de la morphine. Et pour des gens qui travaillent en informatique, on sourcille lorsqu’Angela va chez Elliott afin de passer la journée avec lui et qu’elle apporte… des DVD! Mais pour le moment, c’est la fsociety qui ne nous convainc qu’à moitié. Le personnage incarné par Christian Slater reste très nébuleux et pourrait miner le bel équilibre entre la sphère privée et globale de Mr Robot.

Reste qu’il faut lever les pouces devant une mise en scène sombre, mais poignante, composée d’une trame sonore éclectique. On navigue entre musique électronique évoquant les années 80, la 7e symphonie de Beethoven et la très belle « If you go away » (traduction de « Ne me quitte pas » de Brel), le tout agrémenté de montages puissant, alternant entre véritables images d’archives (Steve Jobs, Hunger Games, etc.) et le quotidien d’Elliott, littéralement écrasé par une société dominée par les pires tyrans de la planète.

Mr Robot a joui d’un excellent battage médiatique ainsi que de critiques favorables, à la suite de la mise en ligne de son pilote sur plusieurs plateformes vu par près de 2,7 millions de curieux, et ce, un mois avant son début officiel le 24 juin. À cette date, la même diffusion à la télévision a attiré 1,75 million de téléspectateurs supplémentaires. Bien que ce soit peu pour USA Network, l’audience est restée stable les deux semaines suivantes (1,73 et 1,60) comme quoi, la fiction a déjà trouvée son public. De toute façon, la meilleure nouvelle est qu’on aura droit à une suite!

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