Deutschland 83 (2015) : enfin une guerre froide crédible

Deutschland 83 est une nouvelle série de huit épisodes et le résultat d’une coproduction entre RTL en Allemagne et Sundance Channel aux États-Unis où elle y est diffusée depuis la mi-juin. Comme son titre l’indique, nous sommes en Allemagne de l’Est en 1983 alors que la guerre froide bat son plein. Du côté des communistes, on s’inquiète avec raison des avancées américaines en ce qui à trait au nucléaire et c’est dans ce contexte que Lenora Rauch (Maria Schrader), haute fonctionnaire à la Stasi (ministère de la Sécurité d’État) convainc son neveu Martin (Jonas Nay) de passer de l’autre côté de la frontière et de leur servir d’espion sous le nom de code Kolibri. Et grâce à d’habiles manœuvres de ses supérieurs, il parvient à se faire engager en tant qu’assistant personnel du général Edel (Ulrich Noethen), lequel est au cœur de la stratégie de dissuasion nucléaire de l’OTAN. Son parcours est bien entendu jonché d’embûches, mais peu importe ses agissements, la volonté de changement chez les jeunes en particulier est plus que palpable. Encore une fois, Sundance nous fait voyager dans un autre pays, dans une autre langue et dans une autre époque avec cette fiction allemande qui vaut assurément le détour. Ce n’est bien entendu pas la première fiction télévisée à s’intéresser à la guerre froide, mais Deutschland 83 est sans contredit plus crédible et impartiale que la plupart de ses contemporaines.

Vers une troisième Guerre mondiale?

Lorsque Lenora demande à Martin d’aller en mission à l’Ouest, il ne veut rien entendre. D’une part, il a une petite amie Annett (Sonja Gerhardt) et d’autre part, sa mère Ingrid (Carina N. Weise) est diabétique et est sur la liste d’attente pour recevoir un nouveau rein. Et c’est uniquement pour accélérer ce processus que le protagoniste accepte de franchir la frontière. Sa première mission est de s’emparer d’un rapport secret de l’analyste en chef de l’OTAN Henrik Mayer (Jens Albinus) concernant les plans de l’Ouest dans l’éventualité d’une guerre nucléaire. Puis, à l’épisode suivant, il parvient à charmer Linda Seiler (Nikola Kastner), la secrétaire de l’analyste principal de la sécurité de la RFA pour ensuite mettre sous écoute le bureau.

On dit souvent que l’Histoire est écrite par les gagnants et invariablement en cette période de guerre froide, l’ennemi à abattre est l’U.R.S.S. : ce vilain régime qui menace la démocratie. En un sens, l’avenir leur donne raison, donc de voir des Russes et ses habitants des pays satellites corrompus et sans scrupules entièrement dédiés aux services d’une idéologie est devenu la norme en fiction (pensons seulement à The Assets ou The Game diffusées il y a peu de temps).

Dans Deutschland 83, l’enjeu n’est pas de savoir qui de l’Ouest ou de l’Est a raison, mais bien comment il serait possible d’éviter un conflit. Comme l’écrit Neil Genzlinger dans sa critique : « Young people in any age, of course, feel they don’t have full control over their lives, but those in the Cold War felt they also didn’t have control over their deaths. » Ce sentiment de constante insécurité est palpable tout au long des épisodes et l’ajout de bulletins de nouvelles véridiques de l’époque montre à quel point les enflures verbales de part et d’autre ont failli créer l’irréparable. Dans ce contexte, le choix d’avoir situé l’action en Allemagne ne pouvait être meilleur puisque c’est d’abord ce pays « tampon » qui aurait écopé des premières attaques.

Enfin, ce qui joue le plus en la faveur de Deutschlans 83 est que l’on y parle allemand (avec sous-titres an anglais) du début à la fin. Ça semble tomber sous le sens, mais à une époque de plus en plus définie par la mondialisation culturelle, l’anglais est la langue de prédilection. Si on passe assez facilement outre cette incongruité lorsqu’il s’agit d’une série enclenchée par un pays anglophone (The Borgias (Canada), Da Vinci’s Demons (Royaume-Uni) ou Sense8 (Netflix, États-Unis), c’est un peu plus difficile à digérer lorsqu’un studio local a recours à la langue de Shakespeare, uniquement dans le but de décrocher de juteux contrats à l’étranger (par exemple, Louis XIV qui parlera anglais dans Versailles). En tant que coproducteur américain, Sundance aurait pu exiger un casting anglophone, mais a privilégié l’authenticité, avec le remarquable résultat que voici.

Jeunesse nuancée

L’autre aspect particulièrement novateur avec Deutschland 83 est de nous offrir en second plan un portrait de cette jeunesse allemande divisé par une frontière. À l’Ouest, le professeur Tischbier (Alexander Beyer), allié secret de Lenora, préside un groupe d’étudiants pacifistes qui veulent former une immense chaîne humaine afin de sensibiliser la planète à ce qu’est leur réalité au milieu de toutes ces tensions. À l’opposé nous avons Alex (Ludwig Trepte), le fils du général Edel, qui se moque de la bonne volonté des étudiants et qui prône des mesures plus guerrières à l’encontre du bloc soviétique.

Le seul jeune qui pourrait représenter l’Est est Martin. S’il trahit plusieurs personnes de l’autre côté du Rideau de fer, il n’a rien du bolchevik ayant subi un lavage de cerveau. Toute sa vie il a été éduqué avec une certaine philosophie à laquelle il s’est accommodé, mais qui ne change en rien des valeurs qui traversent les courants idéologiques, soit l’amour filial, sens de la loyauté, etc. Une fois de l’autre côté, c’est avec admiration qu’il entre dans une épicerie remplie de fruits exotiques ou encore qu’il pose pour la première fois sur sa tête les écouteurs d’un baladeur. Plus tard, son expression d’incrédulité est marquante lorsqu’il se rend compte que le document ultra-secret sur lequel il a mis la main est sous forme de disque dur; ce qu’il n’a jamais vu de sa vie! Néanmoins, on sent bien que ce ne sont pas ces futiles gadgets qui viendront compromettre son intégrité.

Il est inutile de s’attarder sur les données d’écoute de Deutschland 83 qui seront sûrement très basses. Vraisemblablement, ce n’est pas la première préoccupation de Sundance puis qu’elle a renouvelé Rectify pour une quatrième saison avant même que la troisième ait commencé, et ce, bien que la seconde ait attiré moins de 200 000 téléspectateurs (américains) en moyenne. Ces séries de niche à caractère international, sont essentielles au paysage télévisuel américain autrement très nombriliste et en plus de nous faire voyager, Deutschland 83 nous offre un drame d’espionnage convaincant qui, on l’espère, nous tiendra captifs jusqu’à la fin.

 

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