Black Work (2015) : série à demi achevée

Black Work est une nouvelle minisérie de trois épisodes diffusée depuis la mi-juin sur les ondes d’ITV en Angleterre. Dans une petite ville du Yorkshire, l’action commence avec un drame : la mort dans d’étranges circonstances de Ryan Gillespie (Kenny Doughty), un policier à ce moment en fonction. Sa femme Jo (Sheridan Smith), aussi policière est dans tous ses états, mais bien déterminée à découvrir la vérité. Mais à mesure que l’enquête avance, c’est davantage des drames personnels qui sont mis en lumière et rapidement, un monde s’écroule pour la veuve. C’est justement ce qui fait le charme initial de Black Work lorsqu’on entame la série: ce mélange habile de mélodrames et la gestion du deuil, opposé à une enquête policière plus classique. Par contre, c’est ce deuxième aspect qui se révèle de moins en moins convaincant à mesure que les épisodes s’enchaînent et lorsque la boucle est bouclée, on n’a pas nécessairement l’impression d’en avoir eu pour notre argent. Sheridan Smith a beau être une des meilleures actrices de sa génération, elle ne peut sauver pour autant un scénario contenant plusieurs lacunes.

Tombent les masques

Certes, en soi, le choc est terrible puisque Ryan laisse dans le deuil non seulement sa femme, mais aussi deux enfants en bas âge; Hal (Oliver Woollford), dont Jo est la belle-mère et Melly (Honor Kneafsey), leur fille. Pourtant, malgré le drame familial auquel tous doivent faire face, beaucoup de nuages planaient sur cette famille. En fait, leur couple était à la dérive et Jo n’était pas insensible au charme de son collègue Jack Clark (Matthew McNulty).

De son côté, Ryan n’en était pas à un mensonge près puisqu’il est mort alors qu’il travaillait sous couverture, ce que sa femme ignorait. Pire, elle découvre plus tard qu’on avait implanté un micro dans leur automobile et que la majorité de leurs conversations privées ont toutes été enregistrées. Il s’avère ensuite que Ryan s’était acheté une maison de campagne sans que personne n’en ait eu connaissance et c’est là que la police épingle le suspect principal Michael Parry (Ben-Ryan Davies), lequel nie toute implication dans le crime. Finalement, Jo apprend que son mari ne menait pas seulement une double vie professionnelle, mais aussi personnelle puisque ladite maison servait à héberger sa (troisième) flamme et un enfant est né de cette union. Du côté de l’enquête, les suspects s’accumulent tellement qu’un vrai climat de paranoïa s’installe.

La mort du principal intéressé qui devrait susciter le deuil et le recueillement au sein de ses proches est rapidement éclipsée puisque sa disparition ouvre une vraie boîte de Pandore. En ce sens, Black Work se démarque de ses contemporaines puisque l’aspect policier ne revêt plus autant d’importance à l’opposé de la vie privée des protagonistes. C’est que Jo n’a rien de la veuve éplorée sensée attendrir d’office le téléspectateur. Leur mariage battait de l’aile et elle a plus d’une fois été tentée d’aller voir ailleurs. De plus, elle aussi a été « l’autre femme » puisque Ryan a laissé sa première épouse pour ses beaux yeux, ce que la mère de celui-ci n’a jamais vraiment digéré. Et comme il fallait s’y attendre, c’est la famille qui explose, à commencer par Hal qui quitte le foyer familial pour retourner vivre chez sa mère biologique. Les tensions sont palpables et ces petites bombes jetées ici et là nous offrent de bons moments de télévision.

Reste qu’il y a quand même une enquête à mener et que pour la subtilité, on repassera. Passé l’interrogatoire de Michel, les suspects s’accumulent sans pour autant qu’on s’intéresse sérieusement à eux; bref, la série n’a pas les moyens de ses ambitions, surtout lorsqu’elle ne dure que trois épisodes. Il est aussi ridicule qu’un policier chevronné comme Ryan ait rangé des enregistrements confidentiels et les ait ensuite cachés… dans son placard, à la portée de n’importe qui, et justement, Melly, tombe dessus et les écoute. C’est tout un tas de petits détails de ce genre qui sont difficiles à avaler… tout comme la finale coup-de-poing… un peu trop d’ailleurs. Le coupable n’était assurément pas dans le radar de plusieurs téléspectateurs et autant le dire, la conclusion est un peu tirée par les cheveux.

Sheridan Smith

S’il y a une actrice anglaise qui retient l’attention ces dernières saisons, c’est bien Sheridan Smith. Depuis un an, elle a pu nous donner un aperçu de tous ses talents, qu’il s’agisse d’incarner une des chanteuses les plus populaires des années 60 dans Cilla (en plus de posséder une voix exceptionnelle) ou encore la courageuse Lisa Lynch dans The C Word qui a perdu son combat contre le cancer du sein en 2013. Entre-temps, notons des apparences marquantes dans la morbide Inside no 9 et la légère, mais brillante Dates. Ces prestations lui ont valu de nombreuses nominations et prix ces dernières années, notamment aux BAFTA de Londres et au Festival de la télévision de Monte Carlo. Certes, le talent est inné, mais aussi grand soit-il, on n’y peut pas grand-chose lorsque le scénario n’est pas à la hauteur, ce qui est le cas avec Black Work. Bien qu’on nous mentionne qu’elle est policière, on ne la voit pas endosser son uniforme avant le second épisode. À ce moment, elle parvient à localiser le logement de Michael afin de fouiller un peu et celui-ci, sur les entrefaites la surprend et l’assomme. Lorsqu’elle reprend conscience, il est en train de s’échapper. Jo le somme de se rendre ou sinon, elle va appeler la police. Et elle n’a même pas d’arme avec elle. Pour une représentante des forces de l’ordre, on a déjà vu mieux…

C’est là l’avantage avec les séries courtes; le public a moins tendance à décrocher parce qu’il n’aura pas à s’investir pour une longue période de temps. Ainsi, Black Work a rassemblé 6,53 millions de téléspectateurs en première semaine, 5,79 pour la deuxième et 5,14 pour la troisième, et ce, en se classant à chaque fois dans le top 10 des émissions les plus regardées de la chaîne. En tous les cas, espérons que le prochain rôle de Mme Smith dans le téléfilm de Channel 4 Flack, une comédie dans laquelle elle jouera une célèbre conseillère en relations publiques, la mettra davantage en valeur.

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