Stitchers (2015): concept essoufflé

Stitchers est une nouvelle série de dix épisodes diffusée depuis le début juin sur les ondes d’ABC Family aux États-Unis. Le personnage principal se nomme Kristen (Emma Ishta), une jeune étudiante en informatique qui a récemment été suspendue de son université. Sur ces entrefaites, elle apprend que son père adoptif, Ed, vient tout juste d’être assassiné. Si la protagoniste ne s’en émeut pas, ce n’est pas parce qu’elle le haïssait, mais bien parce qu’elle souffre de dysplasie temporale, une maladie fictive qui la prive de ressentir des émotions et qui surtout fait qu’elle n’a aucune notion du temps qui passe. Apparemment, ces tares sont aussi des qualités puisqu’elle est recrutée par une agence affiliée au gouvernement qui grâce à une technologie pointue permet à ses employés de se connecter au cerveau des morts et de voir ainsi leurs derniers instants vie. Malgré quelques nuances ici et là, Stitchers est un procédural formaté à l’extrême qui chaque semaine nous emmène au cœur d’une nouvelle enquête. En plus de devoir endurer une actrice principale qui ne sait pas jouer, on est confronté tout au long des trois premiers épisodes à des résolutions de crimes peu enlevantes reprenant à son compte des idées déjà (mieux) développées ailleurs. À éviter.

Froide comme un glaçon

C’est Maggie Baptiste (Sally Richardson-Whotfield) qui est responsable du programme fédéral nommé « Stitchers », une sorte de cellule que même la police ignore. Son choix d’inclure Kristen dans l’équipe n’est pas anodin puisque l’absence de temporalité et de sentiments dont elle souffre font d’elle la candidate idéale lorsqu’il est question d’avoir à revivre les derniers instants d’un être humain sans pour autant en être traumatisé. Au départ, la principale intéressée refuse de leur venir en aide, mais Maggie lui promet qu’elle pourra ainsi voir les dernières heures de la vie d’Ed. Ainsi, dans le premier épisode, elle et son équipe déjouent un terroriste qui pose des bombes un peu partout dans la ville, dans le second, il s’agit d’arrêter le revendeur de la « plus puissante drogue du monde » (les gens en meurent…) et dans le troisième, on enquête sur le meurtre d’une jeune fiancée impliquée dans une affaire de vols de bijoux.

Série s’adressant à un public adolescent, les différentes intrigues de Stitchers sont orientées en ce sens, au mépris de toute vraisemblance, à commencer par l’équipe qui ne doit pas avoir plus de vingt ans, mais disposant tout de même d’engins hyper sophistiqués. Mis à part Kristen, trois autres employés de cette cellule retiennent notre attention : Cameron (Kyle Harris) un neuroscientifique faussement geek qui coordonne le processus de retour dans le passé, Linus (Ritesh Rajan), un ingénieur spécialisé en bioélectricité; en plus simple, le faire-valoir de l’équipe et Camille (Allison Scagliotti), la colocataire de Kristen et hacker (il en fallait bien une) à ses heures. Outre les enquêtes, on voit poindre à l’horizon des histoires de cœur et on pressent même un ménage à trois entre Krisen, Cameron (qui se détestent évidemment) et le détective Quincy (Damon Dayoub), qui ne tarde pas à découvrir les secrets de l’équipe pour éventuellement les assister.

 

À la limite, Stitchers pourrait passer la barre du divertissement léger, mais ses dernières chances de nous accrocher un tant soit peu sont sapées par son héroïne. C’est que Kristen, bien que dotée d’une beauté effarante est aussi intéressante qu’une plante verte. Certes, dans le scénario elle n’est pas sensée ressentir quoi que ce soit, mais même avec cette donne, il est évident que les talents de l’actrice sont limités, ce qui pourrait expliquer la combine moulante ridicule qu’elle porte à chaque épisode, comme pour nous distraire de sa performance. Elle est en effet peu crédible et en additionnant la froideur du personnage émouvant tel un robot n’arrange en rien à la fiction.

À la limite du plagiat

Au début du mois d’avril, The CW lançait iZombie dans laquelle nous avions le personnage d’Olivia (Rose McIver) qui après s’être transformée en zombie, s’est trouvée un emploi à la morgue, ce qui lui permettait de se nourrir de cerveaux humains. Mais voilà qu’alors qu’elle digérait ceux-ci, elle se trouvait prise momentanément des souvenirs et habitudes des défunts, ce qu’il l’aidait en compagnie d’un collègue policier à boucler les enquêtes hebdomadaires. Sans nécessairement évoquer le mot plagiat, les similitudes avec Stitchers ne peuvent être passées sous silence et ce n’est certainement pas à l’avantage de cette dernière. Si la série de The CW est dans les faits un procédural, au moins en profite-t-on pour apporter une variante au zombie doté d’un maximum de trois neurones que l’on voit trop souvent au petit écran. Qui plus est, il y avait un ton humoristique dans la fiction qui venait alléger son propos. À l’opposé, Stitchers se prend très au sérieux, pour son plus grand malheur et on nous a même concocté une trame narrative en parallèle pour le long terme de la série : c’est que Ed avait un associé secret; le père biologique de Kristen. En plus, ce dernier et Maggie se connaissent déjà et la patronne de l’organisation pourrait bien avoir un agenda caché.

Cette histoire supplémentaire n’est cependant pas assez motivante pour qu’on ait envie de continuer l’aventure. Le premier épisode de Stitchers a attiré en moyenne 1,28 million de téléspectateurs et peu à peu depuis l’auditoire diminue à 980 000 au second épisode puis 920 000 la semaine suivante avec un maigre taux de 0,4 % sur la cible des 18-49 ans. À titre de comparaison, Twisted aussi diffusée sur ABC Family il y a quelques mois a été annulée après une saison qui avait recueillie une moyenne de 1,3 million de téléspectateurs pour ses 19 épisodes. Stitchers n’en compte que dix pour sa première saison. Gageons que la chaîne aura ensuite vite fait de passer à une autre programmation.

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