Home Fires (2015): Hallmark Channel a ouvert une filiale en Angleterre?

Home Fires est une nouvelle série de six épisodes diffusée depuis le début mai sur les ondes d’ITV en Angleterre. L’action commence en août 1939 dans une communauté rurale du Cheshire alors qu’une Seconde Guerre mondiale devient de plus en plus inévitable. Si la plupart des hommes sont prêts à en découdre avec les Allemands et se préparent à quitter le pays, les femmes de leur côté ne restent pas inactives et à travers plusieurs activités caritatives amassent des fonds afin de prendre part à leur façon à l’effort de guerre. Inspiré du livre intitulé Jambusters: The Story of the Women’s Institute in the Second World War signé Julie Summers, Home Fires est une série à l’eau de rose dont on ne s’explique toujours pas le titre. Certes, le rôle des femmes, même si elles n’étaient pas sur le terrain, vaut la peine d’être raconté, mais le scénario davantage axé sur une recette de confiture ou sur la hiérarchie au sein du Women’s Institute (WI) local n’est pas des plus enlevants, surtout dans une période aussi troublée.

Guerre d’influence et générosité… parcimonieuse?

Home Fires débute avec une incohérence de taille : les rumeurs d’une nouvelle guerre contre l’Allemagne s’intensifient et la présidente du WI local, Joyce Cameron (Francesca Annis dont la ressemblance à Catherine Deneuve est troublante) propose que l’on ferme l’institut le temps du conflit (ce qui ne fait aucun sens). Sa rivale Frances (Samantha Bond) est plutôt d’avis que c’est le moment idéal pour en faire plus pour la communauté et l’on procède au vote. La moitié des femmes préfèrent quitter par solidarité envers Joyce alors que celles restantes se joignent à Frances qui dans un premier temps propose que l’on confectionne des confitures maison dont le profit des ventes ira à une quelconque œuvre de charité. De cet impressionnant casting, mentionnons le personnage d’Erica Campbell (Frances Grey) dont le mari Will (Ed Stoppard), médecin de profession, apprend qu’il a un cancer des poumons. Il y a aussi Patricia Simms (Claire Rushbrook) mariée à un auteur raté (Mark Bazeley) et de surcroit violent envers elle, puis Miriam Brindsley (Claire Price) dont le fils David (Will Attenborough), même pas majeur, brûle d’envie d’aller combattre au front.

C’est justement un des problèmes avec la série : outre quelques rebelles, il y a une certaine homogénéisation un peu trop idyllique de la communauté : tous les hommes ont à cœur de défendre leur patrie (même le révérend du lieu) et toutes les femmes sont déchirées à l’idée de voir leur proches masculins partir, tout en se soutenant les unes les autres. Tout est dans le traitement que l’on en fait et pour son plus grand malheur, la nouveauté d’ITV navigue entre le ton badin à la Cedar Cove de Hallmark Channel et la série de téléfilms des années 80 Anne of Green Gables (CBC), réconfortante certes, mais quelque peu surannée.

On pourrait aussi comparer Home Fires à une sorte de spin-off de The Casual Vacancy diffusée sur BBC en février 2015 et dans laquelle (simplifions) des élus de gauche et de droite d’un petit conseil de ville se livraient à une guerre d’influence à savoir si un refuge pour jeunes en difficulté serait converti en spa de luxe. C’est un peu le même combat avec la fiction d’ITV où les femmes les plus fortunées du WI qui ont pour représentante Joyce préfèrent s’abstenir d’utiliser leur institut pour aider à l’effort de guerre alors que celle d’origine plus modeste, c’est-à-dire le « vrai monde » (à lire en caractère gras), acceptent de se dévouer sans limites pour leurs prochains. Certes, la plupart de ces femmes sont des mères et des épouses et leur douleur de voir partir leurs hommes au combat est perceptible et compréhensible, mais ce en quoi elles s’investissent n’est pas aussi poignant et ne trouve pas autant écho auprès du téléspectateur que dans la série de BBC.

Dans cette dernière, l’objectif est d’offrir un toit à des jeunes, d’éradiquer autant que possible la délinquance et d’offrir un suivi pour ceux et celles qui ont eu des problèmes de dépendance. Surtout, ceux qui sont pour le maintien du refuge en ont pour la plupart bénéficié ou sont issus du même milieu chaotique. Dans Home Fires, on grince un peu des dents lorsque Frances, la nouvelle présidente du WI, se bat corps et âmes contre la ville afin de convertir un terrain de cricket en centre de distribution des vivres alors qu’elle-même vit dans un manoir de plusieurs acres et emploie une bonne dizaine de domestiques. Plus tard, elle s’indigne que l’armée s’empare de sa magnifique grille de fer forgé à l’entrée afin de fondre le matériel. Disons que du côté du téléspectateur, la compassion n’est pas vraiment au rendez-vous. Enfin, quand on pense que la principale tuile qui tombe sur la tête de l’institut dans l’épisode trois est que ses membres reçoivent une (petite) amende pour ne pas avoir payé de permis autorisant le thé et les biscuits lors des rencontres, on a peine à croire que le conflit le plus important qu’ait connu l’humanité est sur le point de survenir de l’autre côté de la Manche.

Home Fires n’est pas un échec, du moins du point de vue des cotes d’écoute puisque le premier épisode a rassemblé 5,50 millions de téléspectateurs et l’audience s’est pour ainsi dire stabilisée dès la semaine suivante alors que 5,17 millions étaient toujours au rendez-vous. Qu’on lève les yeux en voyant dans la série un jeune couple passer devant l’autel deux jours après avoir fait connaissance ou que l’on trouve futile les piques que s’échangent constamment France et Joyce, reste qu’il ne faut pas minimiser l’effort de ces femmes au foyer qui ont fait tout ce qui était en leur pouvoir de l’époque pour venir en aide à leur patrie et que dans les circonstances, même un pot de confiture a pu faire la différence!

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