The Enfield Haunting (2015): épouvante au quotidien

The Enfield Haunting est une nouvelle minisérie de trois épisodes diffusés depuis le début mai sur les ondes de Sky Living en Angleterre. Basée sur une histoire réelle, nous sommes à la fin des années 70 alors qu’une présence fantomatique hante le quotidien de la famille Hodgson, en particulier de la petite Janet (Eleanor Worthington Cox). La vie de toute la famille semble en danger et c’est pourquoi la mère Peggy (Rosie Cavaliero) fait appel aux services de Maurice Grosse (Timothy Spall), un enquêteur de la Society for Psychical Research (SPR) qui tente de comprendre ce démoniaque esprit, mais qui se questionne surtout sur la façon de le neutraliser. La tâche est d’autant plus difficile que tout cela éveille en Grosse de douloureux souvenirs puisque quelques années plus tôt, sa propre fille aussi prénommée Janet a été assassinée et il est persuadé qu’il est possible de communiquer avec elle via l’esprit qui « loge » chez les Hodgson. Adaptation du livre This House is Haunted de Guy Lyon Playfair, un autre enquêteur du SPR interprété dans la série par Matthew Macfayden, The Enfield Haunting nous donne à plusieurs moments des frissons et sa plus grande réussite est de naviguer admirablement bien entre la fiction et la transposition à l’écran de faits réels… en supposant qu’ils se soient bel et bien produits.

Changez d’adresse s’il vous plaît?

Tout commence un soir de l’année 1977 alors que Janet et sa sœur Margaret (Fern Deacon) sont dans leur chambre et que des bruits étranges se font entendre. Peggy qui ne croit pas un mot de cette histoire monte vérifier par elle-même pour constater à sa grande stupeur que des objets de la chambre se déplacent seuls. Lorsque Grosse arrive sur les lieux, il lui faut peu de temps pour en conclure à un poltergeist (phénomène paranormal spontané et répétitif, se manifestant par des déplacements ou lévitations d’objets, par des coups sonores, etc.). Non seulement des meubles ou des assiettes se déplacent ou se cassent, mais pire encore, l’esprit a manifestement une dent contre Janet puisqu’à un moment donné, un rideau essaie de l’étrangler et qu’il est aussi capable d’entrer dans le corps de la jeune fille et de parler à travers elle. Guy est aussitôt recueilli sur les lieux et avec tout un attirail technologique (enregistreurs sonores et vidéos) recueille des preuves de ce que la jeune fille avance, ce qui attire rapidement l’attention des médias. Ainsi, on apprend que l’homme en question s’appelle Joe, qu’il était l’ancien propriétaire de la maison et qu’il y est mort. On ne sait trop quel est son but exactement, mais c’est Janet qui en paie le prix et la famille doit se résoudre à l’amener à l’hôpital. Lorsqu’on propose de guérir son esprit tourmenté à l’aide d’électrochocs, sa mère admet qu’il s’agissait d’une blague qui est allée trop loin et rentre à la maison avec sa fille. Peu à peu, les phénomènes disparaissent et c’est le retour à la vie normale.

Le drame d’horreur n’est habituellement pas pris au sérieux, en particulier parce qu’on privilégie l’effet spectacle au détriment d’une certaine cohérence de l’histoire. Ce n’est pas le cas avec The Enfield Haunting puisqu’on s’efforce de maintenir un certain équilibre entre la réalité et le paranormal. D’ailleurs, la production a tiré le bon numéro en engageant le réalisateur Kristoffer Nyholm qui s’est dernièrement démarqué pour son travail dans la série danoise The Killing (qui a été en nomination pour un Golden Globe). La maison de Hodgson, accueillante en apparence, nous réserve plus d’une scène où l’on fait le saut malgré nous et les montages rapides des visions de Janet nous donnent assurément froid dans le dos. La jeune actrice Eleanor Worthington Cox est particulièrement convaincante dans son rôle de Janet et on apprécie que la production ait décidé d’approfondir le personnage de Maurice qui tout en essayant de « guérir » la jeune femme, tente tout de même à travers elle d’entrer en contact avec sa propre fille défunte. Mais la force avec The Enfield Hunting, c’est de ne pas trop se mouiller quant à ce qui s’est réellement passé dans cette petite ville de 1977 à 1979.

 

Le vrai du faux

Que penser de ce qui s’est passé à l’époque? Bien que certains faits aient été précieusement documentés, il est aussi possible avec du recul de conclure au canular. Par exemple, on a des photos nous montrant Janet supposément en pleine lévitation, mais les plus sceptiques pourraient aussi affirmer que le cliché a été pris alors qu’elle effectuait un saut dans les airs. De plus, comment expliquer que la famille, vivant dans crainte perpétuelle des effets des esprits n’ait jamais songé à déménager si ce n’est qu’elle était l’instigatrice des événements? Ceux-ci ont commencer à se produire peu après que le père eut quitté sa famille pour refaire sa vie ailleurs et l’un des arguments en faveur de l’imposture est que les jeunes filles à l’aube de l’adolescence voulaient attirer l’attention.  À l’opposé, on parle de plus de 1 500 manifestations surnaturelles qui se sont produites notamment sous les yeux de la BBC ou du Daily Miror. Est-ce à dire que ces médias pour le moins crédibles étaient dans le coup? À en croire Margaret et Maurice dans ce documentaire de 1995, un esprit a bel et bien hanté la maison des Hodgson; ils n’en démordent tout simplement pas.

The Enfield Haunting souffle le chaud et le froid dans toute cette affaire puisque d’une part elle rend véridique grâce au montage des phénomènes décrits par de nombreux observateurs et d’autre part, elle ne manque pas de souligner le caractère trouble de Margaret et de Janet qui adorent se raconter des histoires d’épouvante extrêmement élaborées. Dans la série, Maurice n’a pas peur de les remettre à leur place comme lorsqu’il dit à la plus jeune des sœurs « You’re runing away from your grief » (concernant le père qui les a quittés) et que plus tard, il l’aide a exprimer toute la frustration qu’elle a accumulée au fil des ans. Au premier épisode, il la prend même en flagrant délit alors qu’elle est en train de tacher les murs avec un crayon rouge, alors qu’elle affirmait que c’était l’œuvre de l’esprit maléfique. Jeux de gamines, certes, mais à si grande échelle et de façon si élaborée, il y a un pas. Il y a bel et bien l’ombre d’un doute : au téléspectateur de trancher…

The Enfield Haunting a rassemblé 750 000 téléspectateurs à la diffusion de son premier épisode : il s’agit d’un record pour la petite chaîne câblée. On constate un certain regain d’intérêt pour le paranormal en fiction ces derniers temps alors que la Fox a annoncé qu’en janvier 2016, la populaire série The X-Files reviendrait sur les écrans effectuer un court tour de piste de six épisodes. À très court terme, la 20th Century Fox amorce l’été avec un remake du film culte de 1982 :Poltergeist : gageons que le pari est gagné d’avance.

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