Safe House (2015): Cape Fear (malheureusement) moderne

Safe House est une nouvelle minisérie de quatre épisodes diffusée depuis la mi-avril sur les ondes d’ITV en Angleterre. L’action commence alors que David Blackwell (Jason Merrells), Ali (Nicola Stephenson) et leurs enfants Joe (Max True) et Louisia (Harriet Cains) passent une soirée en famille à une fête foraine quand soudainement, un dénommé Michael (Peter Ferdinando) surgit de nulle part et tente de kidnapper le jeune Joe. Étant dans un lieu public et à la vue de tous, il est bientôt intercepté par la police, mais parvient à s’échapper un peu plus tard. Sans que l’on sache le motif du malfrat, la situation est assez inquiétante pour que le policier Mark (Paterson Joseph) décide de cacher toute la famille dans une maison isolée aux abords du lac District chez un ancien collègue, Robert (Christopher Eccleston) qui a pris sa retraite depuis peu dans des circonstances nébuleuses. Lui et sa femme Katy (Marsha Thomason) seront-ils à la hauteur de leur tâche? Scénarisé par Michael Crompton (qui a également écrit Code of a Killer), Safe House est une série à l’atmosphère glauque qui a plus d’un tour dans son sac. C’est que chaque personnage traîne avec lui des secrets qui espérons-le rassasieront les téléspectateurs en fin de compte.  Ce Cape Fear moderne a par contre un défaut non négligeable : il doit composer avec une technologie peut-être trop avancée qui finit par miner une bonne partie de la crédibilité du récit.

Espérons que le casse-tête fonctionne (*attention, quelques divulgâcheurs)

Bien que ce soit la famille Blackwell qui soit en danger, ce n’est pas tant celle-ci qui nous intéresse au premier plan, mais bien le point de vue de leur hôte : celui de Robert. En effet, on apprend assez tôt dans la série que quelques mois plus tôt, l’ex-policier avait pour mission de protéger un témoin du nom de Susan (Kelly Harrison), laquelle s’est fait assassiner pratiquement sous ses yeux. On ne sait trop s’il a volontairement démissionné ou s’il a été renvoyé, mais reste que lors d’une fête, Mark lui parle du cas des Blackwell et le jeune retraité lui propose de les prendre sous son aile.

La famille, bien qu’elle ne sache pas pourquoi Michael a voulu kidnapper leur fils, cache tout de même plusieurs secrets. Premièrement, ils ont aussi un fils aîné, Sam (James Burrows), qu’ils n’ont pas vu depuis un bon bout de temps après qu’il ait commencé à tremper dans des affaires louches, notamment le commerce de la drogue. La police retrouve Sam qui affirme n’avoir jamais rencontré Michael. Quant à ce dernier, il n’arrête pas sa course vengeresse pour autant et tue une toxicomane du nom de Gemma… qui n’est nulle autre que la sœur d’Ali et surtout la mère biologique de Joe.

Comme on peut le constater, Safe House est tout sauf simple et après les trois premiers épisodes, on cherche toujours le lien entre tout ce beau monde. On est d’abord surpris de la dévotion de Robert envers Joe et surtout de son empressement à avoir voulu s’occuper de la famille alors qu’à priori ils ne se connaissent pas. Quant à Mark, quelque chose ne tourne pas rond et on dirait qu’il fait exprès de semer la zizanie entre son ex-collègue et Katy, en ressassant le passé. Serait-il de mèche avec Michael? Et ce dernier, à qui en veut-il? À Joe ou à ses parents? Tant d’interrogations nous prouvent à quel point le scénario est bien fignolé et bien que l’intérêt diminue un peu durant le troisième épisode, on est assuré d’avoir bientôt réponse à nos questions : c’est là tout l’avantage de faire des séries très courtes qui ne tourneront pas autour du pot inutilement.

En plus d’acteurs solides au casting, le lac District nous offre un cadre idéal pour une telle histoire. Isolé, sans cesse nappé de brouillard c’est bien simple, le gris domine et c’est à croire qu’on a eu l’idée de reconstituer l’ambiance du film culte de 1962 : Cape Fear. Reprendre cette structure a bien entendu ces avantages avec un loup qui guette sa proie et qui l’attaquera inéluctablement, mais le récit est-il adapté au XXIe siècle?

Maudite technologie!

Encore plus que Cape Fear alors que la famille n’est contrainte de se cacher que dans les 20 dernières minutes du film, c’est tout ce jeu du chat et de la souris qui est au cœur de Safe House. Cependant, on est un peu stupéfié par la facilité du scénario quand vient le temps pour Michael de retracer la famille. Dans un premier temps, Katy interdit l’utilisation des cellulaires ou de tout produit relié à internet. Malgré le danger qui les guette, que fait Louisa dès que ses parents ont le dos tourné? Elle appelle son petit ami au moment même où ce dernier a été retrouvé par Michael qui justement lui vole son cellulaire. Autre incongruité, étant au courant de cette histoire, ce n’est que très tardivement que la police se décide à enfin le géolocaliser grâce à l’appareil, mais c’est trop tard. À un autre moment, Robert amène Joe et Louisa faire une traversée en voilier et le guide les prend en photo… les mets sur le site web de sa compagnie touristique… et inscrit même leurs noms!?! Et devinez quoi? En un clic, c’est exactement sur cette page que tombe Michael. Enfin, pourquoi n’a-t-on pas mis des policiers à proximité de ladite demeure? Même dans le film de 1962 ils y avaient pensé. Le fait est qu’avec ce genre d’histoire, il est inévitable qu’il y aura une confrontation entre Robert et Michael, sinon la série n’aurait aucun intérêt. Le moyen d’y arriver compte pour beaucoup parce qu’il nous révèle l’intelligence du traqueur versus un certain amateurisme du côté des traqués. Ici, disons qu’on manque de subtilité.

Safe House a attiré 5,6 millions de téléspectateurs lors de sa première et deux semaines plus tard, 4,2 étaient toujours au rendez-vous. Bien que la série soit affectée d’une baisse de 25%, le score demeure tout de même honorable quand on pense que les semaines précédentes, ITV enregistrait plus ou moins les même chiffres avec son autre mini-série événement : Code of a Killer. Un printemps policier à l’anglaise, comme on les aime.

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