Ballot Monkeys / Newzoids (2015) : spécial élections en Grande-Bretagne

Le 7 mai, les électeurs de Grande-Bretagne étaient appelés aux urnes afin de déterminer quel parti et surtout quel Premier ministre ils voulaient donner à leur pays pour les 5 prochaines années. Pour 2015, les principaux candidats étant : David Cameron et le Parti Conservateur, Ed Milliband et le Parti Travailliste, Nick Clegg pour le Parti libéral démocrate et Nigel Farage pour le Parti de l’indépendance de Grande-Bretagne (UKIP). Depuis le déclenchement de la campagne, reportages, débats, conférences et bourdes relayées sur les réseaux sociaux ont fait le tour du pays. Dès la mi-avril, deux chaînes britanniques ont décidé de mettre de côté l’espace d’un moment l’information « traditionnelle » à laquelle on s’attend avec ce genre d’événement pour nous offrir un divertissement pour le moins satirique. Ballot Monkeys diffusée sur Channel 4 est une série de cinq épisodes dans laquelle on suit les différents organisateurs (fictifs) des partis à l’intérieur de leurs autobus de campagne. Sur ITV, on a créé Newzoids composé de six épisodes regorgeant de sketchs à la fois sur la politique intérieure et extérieure, mais contenant aussi une foule de références culturelles (en majorité télévisuelle). Ces deux séries ont pour mérite de coller de très près à l’actualité et réussissent grâce à un ton hautement irrévérencieux à très bien à cerner les défauts de chacun. Si ces deux fictions n’ont rien pour nous réconcilier avec la politique, au moins elles ont le mérite de nous faire rire.

 

Abécédaire politique

Pour un étranger ou quiconque n’étant pas familier avec la politique britannique, Ballot Monkeys et Newzoids sont les fictions par excellence aptes à nous initier et nous divertir puisqu’elles ont recours à la parodie qui tout en exagérant les défauts et qualités des protagonistes, n’en dénonce pas moins quelques vérités. Ce qu’il y a d’intéressant, et c’est sans doute dû au hasard, c’est que les deux séries se complètent admirablement bien puisqu’avec celle d’ITV, ce sont les chefs dont on se moque tandis qu’avec Channel 4, c’est leurs partis politiques qui écopent… et personne n’est épargné.

Ainsi, Newzoids nous présente un David Cameron fourbe et un brin corrompu qui n’a pas hésité à se servir de tous les autres partis à son propre avantage (rappelons qu’élu Premier ministre d’un gouvernement minoritaire en 2010, il a dû former une coalition avec les libéraux démocrates.), tandis que dans Ballot Monkeys, les organisateurs sont contraints d’embaucher une stagiaire sans aucun talent… seulement parce qu’elle est la fille d’un des plus importants donateurs du parti.

Chez les LibDem dans la série d’ITV, Nick Clegg nous est montré en tant que mari (ou femme) trompé dans une émission pour couples en détresse, alors que son mari (Cameron) ne cesse de coucher avec les autres pour arriver à ses fins. Et dans l’image que le parti projette à Channel 4, c’est carrément la dépression. Le chef de campagne, Kevin (Ben Miller) est devenu paranoïaque et est certain que son bus est truffé d’espions qui veulent voler les idées du parti (ce qui se serait passé lors du gouvernement précédent, les conservateurs s’attribuant tout le mérite). À bout de nerfs, il avoue aussi candidement : « Improvisation, that’s the joy of being Liberal! »

Pour ce qui est d’Ed Milliband, il nous parait dans Newzoids comme gauche, voire stupide, mais surtout très naïf. Dans Ballot Monkeys, son personnel fait tout ce qu’il peut pour cacher les (proéminentes) dents du candidat et sa principale organisatrice, Christine (Daisy Haggard) de dire :« We trust him to be P.M., but not to become P.M.»; comme quoi le talent et les relations publiques, ça fait deux. Enfin, chez l’UKIP, Farage, le candidat probablement le plus à droite (principalement opposé à l’immigration) est exagérément populiste dans Ballot Monkeys et quel n’est pas le choc des organisateurs lorsqu’ils apprennent que leur chauffeur d’autobus est un immigrant clandestin, somalien et musulman par-dessus le marché!

Politique… pour tous

Certes, ces partis font campagne pour les Britanniques, mais reste que les sujets de l’heure touchent n’importe quel pays développé, soit, l’immigration, l’austérité, la corruption, la santé et pour le vieux continent, l’état de l’Union européenne. Les Canadiens ayant accès à ces séries (les premiers épisodes se retrouvent d’ailleurs gratuitement sur Youtube) s’y reconnaitrons aisément d’une part parce que le monde de fonctionnement politique est pratiquement le même (monarchie parlementaire) avec des partis similaires et même sur certains enjeux plus pointus (à un moment dans Monkey Ballots, la BBC refuse d’accorder une entrevue à la représentante de l’UKIP, laquelle répond sèchement qu’elle a hâte d’être au pouvoir pour démanteler le diffuseur public; une obsession de la droite semble-t-il, même ici).

L’autre aspect positif de ces deux séries est qu’elles sont écrites et tournées très peu de temps avant leur diffusion, s’ajustant avec une nouvelle réalité parfois épuisante : la vitesse de l’information accentuée par les réseaux sociaux. Point intéressant dans Ballot Monkeys, on les voit constamment enfermés dans leur autobus « bunker » à élaborer des stratégies sur comment séduire les électeurs, comment s’assurer qu’ils votent pour eux, mais comble de l’ironie, sans jamais aller à leur rencontre. Quant à Newzoids, on ne se limite pas aux politiciens et on a droit à des parodies franchement drôles de Broadchurch, Top Gear et Sherlock et bien entendu, l’humour irrévérencieux n’épargne pas la famille royale : lorsque Kate accouche de la princesse Charlotte, la reine entre dans la chambre d’hôpital et clame haut et fort : « I now declare this baby open to season tabloïds ! » On se laisse aussi une place pour l’international avec notamment Kim Jong-Un qui apparaît en permanence sur la télévision nationale ou encore Barack Obama qui annonce, non sans fierté : « I am the only black American to have run twice without getting shot in the back by a police officer ». Vraiment, ces Anglais n’ont pas froid aux yeux.

La parodie paye, c’est le moins qu’on puisse dire. Ballot Monkeys de Channel 4 a attiré presque un million de téléspectateurs le soir de sa première et les chiffres n’ont fait que monter depuis. Newzoids a fait encore mieux avec 3,7 millions pour le premier épisode. Mais la preuve que cet humour n’a pas influencé le public outre mesure, au lendemain des élections, c’est David Cameron qui était élu Premier ministre et remportait une majorité absolue, défiant pas là tous les sondeurs.  Espérons qu’à la veille du 19 octobre 2015, jour d’élections fédérales au Canada, la télévision nous apportera une bonne dose d’humour similaire… on en a bien besoin.

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