American Odyssey (2015): tour de Babel à l’époque du terrorisme

American Odyssey est une nouvelle série de 12 épisodes diffusée depuis le début avril sur les ondes de NBC aux États-Unis. Le tout commence alors qu’un groupe de soldats américains en mission au Mali est attaqué par un drone : tous périssent sauf la sergente Odelle Ballard (Anna Friel) qui est peu de temps après capturée par des milices locales. Aux États-Unis,  on maintient la version selon laquelle tous ont péri dans une attaque fomentée par des terroristes, ce qui soulève des interrogations chez certains, comme Peter Decker (Peter Facinelli), un inspecteur des finances pour la Societele (SOC) qui pourrait bien être responsable de l’incident. À cela vient s’ajouter un groupe d’altermondialistes protestant contre le sommet du G8 en cours et son leader Harrison Walters (Jake Robinson) qui ne croit pas non plus à la version officielle reléguée par les médias. Seconde nouveauté printanière du dimanche soir après A.D. The Bible Continues, NBC tente de nous proposer pour une quatrième fois cette année un drame d’espionnage qui pourrait bien s’achever plus tôt que prévu. Bien que les intrigues se tiennent et qu’après trois épisodes, la curiosité reste, il faut beaucoup de concentration pour suivre ce scénario qui s’éparpille à n’en plus finir et le public n’est tout simplement pas au rendez-vous. C’est à se demander de quoi ont envie les Américains le dimanche soir.

Trop de David… et où est Goliath?

Tout juste avant l’explosion, l’unité d’Odelle a réussi à éliminer Abdul Abbas et la protagoniste, en transférant sur une clef USB des données provenant de l’ordinateur de ce leader d’Al-Qaïda, a découvert que les fonds dont il disposait provenaient d’une importante corporation américaine : la SOC. Et c’est justement un drone appartenant à cette société qui a tué les soldats. À plusieurs occasions, Odelle tente de donner signe de vie, notamment à son mari Ron (Jim True-Frost) et leur fille Suzanne (Sadie Sink), mais le message ne se rend pas jusqu’à eux et l’armée est probablement complice de la SOC.

Quant à Peter, c’est un ancien secrétaire d’État qui ne rêve qu’à rentrer dans les bonnes grâces du gouvernement, ce qui explique en partie son acharnement à découvrir la vérité sur cette attaque. La situation se corse rapidement : il retrouve le pilote du drone qui s’apprête à tout avouer, mais le malheureux est assassiné. Quant au manifestant idéaliste qu’il est, Harrison croit aussi à une conspiration, d’autant plus qu’un de ses amis hacker a pu trouver sur la toile le courriel prouvant qu’Odelle est en vie. À cela, ajoutons que le père de Harrison, un éminent journaliste, décide aussi d’enquêter, mais il est assassiné par Ruby Simms (Daniella Pineda) une connaissance du fils qui se faisait passer pour une journaliste du Times.

Comme c’était le cas avec Crisis l’an dernier et Allegiance récemment, le principal problème avec les fictions d’espionnage de NBC est qu’on essaie d’en faire trop, à tous les niveaux et les multiples intrigues, reliées à de multiples personnages en est symptomatique. Dans American Odyssey, les scénaristes ayant dû succomber à des excès de caféine et à vouloir trop en faire, on oublie deux choses essentielles : la profondeur et une cible tangible. Homeland, LA référence des séries d’espionnage a toujours pris soin de nous présenter une Carrie Mathison à la foi forte et fragile et dont les exploits suscitaient encore plus l’admiration étant donné tout ce qu’elle a traversé. Dans les premières saisons, il fallait neutraliser Abu Nazir, puis le soldat Nicholas Brody… et bien d’autres par la suite. Ici, l’héroïne Odelle n’est bonne qu’à manger des raclées et par moments capable d’amadouer certains de ses adversaires et l’ennemi est plutôt flou. De l’autre côté de l’Atlantique, on comprend mal pourquoi cette cause tient tant à cœur de Harrison, lui qui quelques minutes plus tôt manifestait contre un sommet du G8. Ce petit étudiant de rien du tout veut que l’état-major et les grands lobbies (et le gouvernement tant qu’à y être) avouent publiquement leur responsabilité dans l’explosion… Cynisme de la part de NBC ou la chaîne croit-elle vraiment à ce genre de scénario?

 

Usure des théories du complot

Dès les premières images d’American Odyssey, on est impressionné par le souci de réalisme de la mise en scène, du moins lorsqu’il s’agit des scènes de manifestation à New York : les reportages semblent issus de véritables chaînes comme Fox, ABC et CBS et on nous montre même des effigies des présidents Obama, Poutine et du premier ministre Harper. La série cherche donc à être aussi véridique que possible, prenant aussi en compte que l’influence des médias de masse n’est plus ce qu’elle était. Par exemple, en 2013, seulement 40 % des Américains ont affirmé avoir confiance en ces sources d’information : une baisse de 10 % en dix ans. Ce phénomène est évidemment accentué chez les plus jeunes, qui se renseignent notamment via les réseaux sociaux. En ce sens, American Odyssey aborde un enjeu réel, mais comme l’écrit Tim Goodman dans sa critique : « American Odyssey wants to be scary and big and so deep and horrible in the realm of conspiracies that it undercuts even the minimal amount of trust we have in governments, institutions and individuals circa 2015 ».

C’est donc à cet excès qu’il faut attribuer en grande partie la piètre performance d’American Odyssey : 5,37 millions de téléspectateurs présents pour le premier épisode, 4,05  et 3,11 pour les deux suivants, sans compter un taux de moins de 1 % sur la cible payante des 18-49 ans, on peine à croire que la série puisse tenir le coup jusqu’à la fin. À titre de comparaison, Crisis qui n’a pas été renouvelée avait attiré en moyenne 4 millions en auditoire alors qu’on a arrêté la diffusion d’Allegiance après seulement 5 épisodes. Dans ce cliché instantané du dimanche 12 avril, on remarque qu’aucune série des grands networks à 22 heures n’arrive à trouver son public. CBS avec Battle Creek n’attire que 0,8 % des 18-49 ans tandis qu’à NBC, c’est le même pourcentage, mais qui baissera sûrement au cours des prochaines semaines. Ironiquement, c’est Revenge qui avec un taux de 1,0 % dépasse ses concurrents, mais qui risque tout de même d’être annulée… Où est le public????

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