Code of a Killer (2015): la science au service de l’enquête

Code of a Killer est une nouvelle minisérie de deux épisodes présentée les 6 et 13 avril sur les ondes d’ITV en Angleterre. Ce docudrame débute en 1983 alors qu’une jeune fille du nom de Lynda Mann est retrouvée assassinée dans un parc d’une petite communauté non loin de Leicester. Elle a été vraisemblablement violée puis étranglée, mais ni le détective David Baker (David Threlfall), ni son assistant Alan Madden (Lorcan Cranitch) n’arrivent à épingler le tueur. Quelques années plus tard, un meurtre similaire survient, celui de Dawn Ashworth. À bout de ressources, Baker fait appel au généticien Alec Jeffreys (John Simm), l’inventeur en 1985 de la technique d’analyse de l’ADN; espérant finalement épingler le tueur. Code of a Killer, de par sa nature biographique, était condamnée d’avance à contenir peu de rebondissements pour le téléspectateur aguerri, mais l’exercice reste tout de même intéressant, ne serait-ce que pour son hommage à un homme et surtout à la science.

Suspens de laboratoire

Dans le premier épisode de Code of a Killer, on navigue constamment entre deux histoires parallèles : celle du scientifique Jeffreys, de l’évolution de ses recherches, du peu de temps qu’il consacre à sa famille, etc., et celle des détectives à la recherche d’un meurtrier qui pourrait bien s’avérer être un tueur en série, jusqu’à ce que les deux finissent par conjuguer leurs efforts afin d’identifier le coupable. Du côté policier, alors que Baker et Madden enquêtent sur le deuxième meurtre, des témoins identifient un certain Gavin (Tobias Burton Rudge); un jeune homme qu’on aurait vu près du lieu le soir du drame et qui lui-même avait apostrophé les policiers quelques jours plus tôt en leur disant qu’ils ne cherchaient pas au bon endroit. Lors de l’interrogatoire, il craque, avoue avoir violé et tué Dawn, mais refuse d’admettre qu’il est l’auteur du premier meurtre. Si Madden a très hâte de régler cette affaire, il n’en est pas de même pour Baker qui identifie plusieurs trous dans la confession du suspect. C’est à ce moment que lui vient l’idée de contacter le Dr Jeffreys qui après une batterie de tests, en conclue que Gavin n’a rien à voir dans toute cette affaire, mais que les meurtres des deux femmes a été commis par la même personne. Tout le groupe convainc dont les instances politiques de débloquer des fonds afin de recueillir l’ADN de tous les hommes âgés entre 18 et 34 ans et vivants dans un rayon d’environ 8 km par rapport au lieu du drame. L’expérience fonctionnera-t-elle?

Les protagonistes que l’on voit à l’écran ont tous réellement existé et le détective Baker, chargé de l’enquête à l’époque a même participé à la rédaction du scénario de la série. Et si Code of a Killer n’est pas le thriller du siècle, ne serait-ce qu’à cause de son scénario biographique, c’est davantage le côté documentaire qui retient notre attention. On a du mal à s’imaginer comment les enquêtes, il y a seulement 30 ans, pouvaient être menées convenablement avant même l’invention de l’ADN. Il fallait surtout du cran de la part des politiciens, policiers et scientifiques pour décider finalement de tester toute une partie de la population, du jamais vu en Angleterre depuis une opération similaire de plusieurs décennies auparavant qui avait permis d’attraper un tueur… grâce à ses empreintes digitales. C’est en regardant Code of a Killer sous cet angle qu’on peut le plus apprécier la série, d’autant plus qu’on aborde (un peu trop brièvement il est vrai) la question éthique de procéder à une telle opération. De plus, nous avions là un véritable test de crédibilité envers la science, qui, s’il s’était avéré négatif, aurait pu avoir des conséquences importantes pour l’avenir.

À l’inverse, c’est le côté policier qui laisse à désirer : jamais on n’a su pourquoi Gavin avait menti à propos de Dawn et l’on voit davantage Baker et Madden discuter et offrir leurs condoléances aux familles des victimes que de récolter des indices. Du côté des rebondissements, ils ne sont pas très nombreux, d’autant plus que le climax se déroule dans un laboratoire alors qu’on attend le résultat du test d’ADN d’un suspect… on a déjà vu plus palpitant et de nos jours dans les séries policières, c’est tout juste si on mentionne dans le scénario ces tests; ceux-ci n’étant désormais que des formalités dans les enquêtes classiques.

Titiller le téléspectateur

Si Code of a Killer n’est pas la production la plus marquante d’ITV cette année, il faut tout de même saluer le travail du réalisateur James Strong dans un premier temps pour sa crédible reconstitution des années 80. Mais la mise en scène voulue par celui-ci ne s’arrête pas là : par trois fois alors que l’enquête progresse et même avant le meurtre des jeunes filles, il nous montre le tueur de dos, dans sa voiture si bien qu’il nous est impossible de distinguer de qui il s’agit. Et sans qu’on s’en aperçoive, on fait d’abord un lien direct entre cette « ombre » et Gavin, puis avec Ian Whenby (Adam Nagaitis), un homme qui s’est présenté pour donner un échantillon de sang, mais qui au final est innocent. C’est la caméra l’investigatrice et elle ne cesse de jouer sur des codes cinématographiques et réussit ainsi à brouiller les pistes. La technique est donc un très bon substitut à ces policiers qui ne trouvent rien et qui, fait assez rare dans les téléséries policières, sont battus sur tous les tableaux grâce à la science.

Code of a Killer a rassemblé 5,25 millions de téléspectateurs pour son premier épisode et 4,82 étaient toujours au rendez-vous pour la conclusion la semaine suivante. L’an dernier à plus ou moins pareille date, ITV nous livrait The Widower, une nouvelle et percutante série de trois épisodes relatant les crimes de Malcolm Webster, condamné pour le meurtre de sa première épouse et de tentative de meurtre sur la seconde. Ce rendez-vous printanier « biographique/judiciaire » pourrait bien faire mouche et on attend déjà avec impatience le prochain dans un an.

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