One Big Happy /Nurse (2105) : marginaux plus ou moins réussis

One Big Happy est une nouvelle sitcom diffusée sur les ondes de NBC depuis la mi-mars et qui met en scène Luke (Nick Zano) et sa meilleure amie lesbienne Lizzy (Elisha Cuthbert) qui essaient d’avoir un enfant. Sur ces entrefaites, le jeune homme a le coup de foudre pour Prudence (Kelly Brooks), une Anglaise sur le point d’être déportée. La chimie opère tellement entre eux qu’ils décident de se marier à Las Vegas alors qu’en même temps, Lizzy apprend qu’elle est enceinte. Ce trio vivra dès lors sous le même toit, pour le meilleur et pour le pire. De son côté, Nurse est une nouvelle série de quatre épisodes de BBC Two diffusée à peu près aux mêmes dates. Le personnage principal, Liz (Esther Coles) est une infirmière communautaire spécialisée en santé mentale et tous les jours elle s’arrête chez des patients envers qui elle a beau faire preuve de la meilleure volonté du monde, ceux-ci se montrent plus souvent qu’autrement réfractaires aux traitements. Ces deux séries sont aux antipodes, c’est le moins que l’on puisse dire. Si on peut reprocher à celle de NBC de n’être pas assez crédible et de manquer d’originalité, celle de BBC Two à l’inverse est d’un réalisme qui éveille en nous davantage la pitié que le divertissement. Et entre les deux, on oublie souvent de rire.

One Big Happy: les « hétérogays »

Dans cette série produite par Ellen DeGeneres, Luke et Lizzy s’étaient jurés que si à l’âge de trente ans ils étaient toujours célibataires, ils auraient maintenant un enfant ensemble, ce qui est chose faite (ou sur le point de se faire). Mais voilà que l’arrivée de Prudence dans leurs vies vient changer la donne, surtout pour Lizzy qui se sent laissée à l’écart. Pourtant, la jeune Anglaise, bien qu’expansive,  est d’un positivisme désarmant et voilà que Luke se retrouve entre les deux. Aussi bien le mentionner d’entrée de jeux : la série n’est pas tant sur l’homoparentalité que sur la vie à trois, à l’image de Three’s Company à la fin des années 70. Dans les trois premiers épisodes, on se concentre sur cet arrangement peu commun qui justement ne nous convainc pas, à commencer par cette amitié supposément indissoluble entre Lizzy et Luke. Les blagues de bas niveau nous font douter de leur maturité considérant qu’un enfant est à venir tandis que Prudence reste la troisième roue du carrosse et n’arrive jamais à vraiment s’imposer comme un véritable pilier de la série et mis à part quelques blagues bien placées (Lizzy : « I should have known I was gay because I named my cat Ellen »), le sourire s’esquisse à peine sur nos lèvres en regardant la fiction, ce qui détonne avec les rires en boîtes exagérés qu’on insère au montage.

Mais ce qui énerve le plus dans One Big Happy est ce schéma « d’hétérosexualisation » de l’homosexualité dans les comédies américaines. Dans Will & Grace par exemple, c’étaient les problèmes de cœur (hétéros) de cette dernière qui prenaient toute la place, laissant pour négligeables ceux de son meilleur ami, l’éternel célibataire. La même chose s’applique ici avec Lizzy qui multiplie sans succès les tentatives amoureuses alors que pendant ce temps, on explore les travers du couple de Luke et Prudence. Pareil pour The McCarthys où l’homosexualité du personnage principal n’apportait absolument rien à cette sitcom en fin de compte axée sur la famille. Certes, on peut se réjouir d’une certaine diversité (récente) de personnages à l’écran, sauf qu’en les développant toujours dans un contexte d’hétérosexualité (famille, enfantement, différences entre Mars et Vénus, etc.), rien de bien original n’en ressort et c’est le cas avec cette toute dernière.

Nurse : parler à des murs

Pour Liz, tous les jours se ressemblent. Elle va visiter des patients, mange dans son auto tout en essayant de régler des problèmes familiaux au téléphone, puis retourne voir d’autres patients. Ceux-ci (presque tous interprétés par Paul Whitehouse qui a aussi coécrit la série) sont aux prises avec divers maux psychiatriques ou psychologiques : dépression, agoraphobie, Alzheimer, obésité morbide et stress post-traumatique chez un ancien militaire. Dans tous ces cas, l’infirmière fait de son mieux en leur donnant des médicaments et des conseils médicaux afin qu’ils s’en sortent, mais c’est peine perdue pour chacun d’entre eux. Elle a beau passer des heures à convaincre son patient obèse de manger des légumes, sa mère lui apporte quelques minutes plus tard des beignes en collation. Elle a beau passer des heures à convaincre son patient agoraphobe de la nécessité de sortir, voilà que rebondit son meilleur copain avec des séries DVD qui les tiendront éveillés toute la nuit devant la télé.

 

En ce sens, on a droit à une espèce de comédie fataliste qui emprunte le même ton que Getting On qui se déroulait dans un foyer pour personnes âgées avec pour point de vue l’aide médicale. Mais à l’inverse de cette série, qui a fait l’objet d’un remake à HBO, toute l’attention est dirigée vers les patients et toute la mise en scène, incluant les décors, les dialogues et le jeu des acteurs, est tellement réaliste qu’on a des fois l’impression d’être en face d’une émission d’affaires publiques. C’est le problème principal avec Nurse parce que toutes les discussions lors des rencontres avec les patients sont à sens unique et à saveur médicale bien évidemment. On pourrait aussi scinder la série en multiple scénettes et en faire une websérie tellement les épisodes manquent de cohésion. On n’a pas le temps de s’attacher aux personnages et ironiquement, il manque à cette série réaliste une dose d’humanité.

One Big Happy a connu un départ correct avec 5,47 millions de téléspectateurs au rendez-vous. Cependant, à l’épisode 2, ils étaient 3,79 et cette moyenne se confirme la semaine suivante à 3,82. Difficile d’affirmer si la série a un avenir devant elle: avec une moyenne de 3,8 millions à l’automne, Selfie n’a pas été renouvelée par ABC alors qu’à environ 4,4 millions par semaine, The Last Man on Earth de Fox aura une seconde saison. De son côté, Nurse était davantage une série « événement » qu’il serait étonnant de revoir à l’écran pour une seconde mouture.

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