Ordinary Lies (2015) : du faux qui semble vrai

Ordinary Lies est une nouvelle série de six épisodes diffusée sur les ondes de BBC One en Angleterre depuis la mi-mars. L’action se déroule dans un lieu de travail tout à fait banal : un concessionnaire, le JS Motors, qui emploie une vingtaine d’employés. Chaque épisode est centré sur un de ceux-ci alors qu’il doit continuer à essayer de vivre une vie normale, et ce, malgré un mensonge dont il est directement ou indirectement responsable et les conséquences qui vont avec. Scénario de Daniel Brockehurst qui a aussi signé de solides fictions télé telles Shameless et The Driver, Ordinary Lies est autant fascinante pour sa structure que pour ses protagonistes auxquels on ne peut qu’éprouver de la sympathie. Les épisodes filent à la vitesse de l’éclair et on nous offre une intéressante perspective du milieu de travail ainsi que les collègues qui vont avec… eux que l’on juge un peu trop vite alors que nous ne les connaissons souvent qu’en surface.

« La confiance de l’innocent est le meilleur atout du menteur » -Stephen King

Dans le premier épisode, on s’intéresse au personnage de Marty (Jason Manford), un vendeur qui n’a pas vraiment le sens des responsabilités. Endetté, père de deux enfants, arriver en retard est pour lui une habitude, jusqu’à ce qu’un jour, son patron, Mike (Max Beesley) lui donne un dernier avertissement. Le message ne passe vraisemblablement pas et le lendemain, c’est la même rengaine. Terrifié à l’idée de perdre son emploi, il téléphone au JS Motors pour faire savoir à la secrétaire Kathy (Sally Lindsay) qu’il ne peut venir travailler… parce que sa femme Katriana (Erin Shanagher) est morte la veille. Dès lors, il s’attire la sympathie de toute l’équipe, en particulier de Grace (Rebecca Callard) qui le console et même plus. Mais qu’il s’agisse des funérailles ou d’employées qui débarquent à l’improviste chez lui, l’étau se resserre immanquablement.

Dans le deuxième épisode, les deux jeunes réceptionnistes Tracy (Michelle Keegan) et Viv (Cherrelle Skeete) se voient offrir un luxueux voyage en République dominicaine, mais en échange, elles doivent ramener de la drogue au pays. Tracy passe sans problème les douanes, mais pas Viv qui se fait arrêter. Arrivée en Angleterre, la première ne peut rien avouer à son entourage, de peur de se faire inculper elle aussi. Dans l’épisode suivant, c’est Kathy qui retient l’attention alors qu’elle s’embarque dans une aventure extraconjugale avec un agent d’immeuble. Personne n’en aurait rien su n’eût été qu’en plein ébat dans une maison mise sur le marché, ils soient témoin d’un règlement de compte entre des motards et un père de famille. Dire ce qu’elle sait à la police serait avouer dans un même temps où et avec qui elle était le jour du drame….

Dans sa structure, Ordinary Lies ressemble à Inside no9 de BBC Two et c’est tout à son avantage. Dans cette dernière, nous avons deux acteurs qui jouent une myriade de rôles, du moment qu’il se déroule dans un lieu ayant pour adresse le numéro 9 et que le ton, peu importe lequel, nous amène vers un déroulement macabre, à l’image des Alfred Hitchcock Presents. Dans la série de BBC One, ce sont les mensonges le leitmotiv des épisodes, mais tous sont d’intensité différente et mènent à des déroulements autant inattendus qu’originaux. L’épisode mettant en scène Marty est plutôt comique, voire pathétique, alors que dans le second, la tension est à son comble pratiquement du début à la fin. Le suivant ayant pour thème l’adultère nous expose à un réel dilemme entre l’honnêteté et l’égoïsme. Et en plus de nous faire passer par toute la gamme des émotions, on retrouve en filigrane l’histoire de Mike et de Beth (Jo Joyner), directrice des ressources humaines qui sont amants. Cette dernière nous est d’autant plus mystérieuse que son mari est porté disparu depuis plus d’un an et que certains collègues du bureau pourraient en savoir davantage sur ce qui s’est passé; de quoi nous donner une raison supplémentaire de revenir la semaine suivante.

Ce collègue d’à côté…

Certes, dans Ordinary Lies, les mensonges n’ont rien d’ordinaires, mais les protagonistes qui s’efforcent de les garder secrets le sont. Il est facile de s’identifier à chacun d’eux pour quiconque a déjà eu une expérience de travail de bureau; aussi bien dire la grande majorité. Au cours des trois premiers épisodes et à l’exception de ceux qui mentent, les collègues nous ont tous été présentés sous leur meilleur jour. Le lieu de travail en soi est neutre, où tous laissent ou sont sensés laisser leurs problèmes derrière la porte et se montrer sous leur meilleur jour. En même temps, cette bonne humeur a quelque chose de fictif; ce n’est qu’une façade et pour Marty par exemple dont la vie personnelle et professionnelle n’est pas au beau fixe, on peut comprendre qu’il n’ait pas la motivation nécessaire pour arriver à l’heure. À l’annonce de la (fausse) mort de sa femme, l’attitude des collègues à son égard change du tout au tout et devant tant de compassion, il n’a jamais été aussi heureux de venir travailler. À l’inverse, Kathy, bien qu’appréciée, sait tout sur tout le monde et n’épargne personne de ses jugements. Les gens voient en elle une espèce de sainte, ce qui ajoute à son remord sans cesse grandissant de tromper son mari. Grâce à un scénario juste et une mise en scène à la fois sobre et réaliste, ces moments d’émotion sont palpables, au point où l’on a hâte… au prochain mensonge.

Ordinary Lies a rassemblé 4,06 millions de téléspectateurs pour son premier épisode et le deuxième en a attiré encore davantage : 5,08 millions. Les chiffres suivants ont beau être en baisse, bien que se stabilisant (4,51 ép.3 et 4,48, ép. 4), reste qu’ils sont tous plus élevés que la première; fait assez inusité en télévision. Mais il faut prendre en compte que cet épisode a été regardé par plus d’un million de téléspectateurs supplémentaires sur le site de rattrapage de la chaîne, iPlayer. Ce bouche à oreille a manifestement contribué à augmenter l’auditoire en direct la semaine suivante : une nouvelle réalité soutenue par de nouvelles technologies qui ont comme toujours, font la renommée du diffuseur public anglais.

Publicités

2 réflexions sur “Ordinary Lies (2015) : du faux qui semble vrai

  1. Je suis sur que la grande majorité des gens est globalement honnête, la BBC dans cette série doit donc bien s’amuser à nous infliger des cas de conscience…Et nous, dans une telle situation que ferions nous…Avec leurs talents tant sur le plan des images que des scénarios, leur capacité à créer des héros (ou anti-héros) avec lesquels nous avons de l’empathie, je salive à l’avance à l’idée de visionner un à un ces 6 épisodes…

    • Pourquoi regarder toujours dans les cour des États-Unis? Les Britanniques ont droit à d’excellentes séries avec un diffuseur public fort. Même les concurrentes comme ITV et Channel Four s’élèvent à son niveau. Un exemple à suivre assurément… en autant que les gouvernements y croient, ce qui n’est pas évident ces dernières années.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s