Bosch (2015) : et la patience qui devrait venir avec

Bosch est une nouvelle série de dix épisodes qui a été mise en ligne le 13 février sur le site d’Amazon et que les Canadien peuvent regarder en entier s’ils sont abonnés à CraveTV. Il s’agit de l’adaptation au petit écran de quelques romans du prolifique auteur Michael Connelly (qui est d’ailleurs le producteur exécutif de la série) et de son célèbre détective, Harry Bosch (Titus Welliver), un vrai loup solitaire entièrement dédié à sa profession. Dans les trois premiers épisodes, le protagoniste est traduit en justice, tente d’élucider le meurtre d’un enfant et tout en recherchant un tueur en séries. Premier drame d’Amazon et aussi choix du public lors de la deuxième saison des pilotes, Bosch, dans sa narration, reste une fidèle adaptation de l’œuvre de Connelly; la qualité première pour ses plus grands admirateurs, mais aussi un défaut puisque le rythme excessivement lent est beaucoup moins engageant lorsque transposé à l’écran, d’autant plus qu’il manque un lien fondamental entre son héros introverti et le téléspectateur.

Trois fois plus d’action pour ça…

La première saison de Bosch regroupe les intrigues de trois livres de Connelly, soit, City of Bones, Echo Park et The Concrete Blond. Ainsi, le premier épisode s’amorce alors que le détective, seul, est en pleine poursuite contre un supposé criminel. Bosch a beau lui dire de garder les mains en l’air, l’autre ne l’écoute pas et cherche quelque chose dans sa poche.  Craignant qu’il ne s’agisse d’une arme, le protagoniste le tue et on nous amène deux ans plus tard alors qu’il est traduit en justice par la famille de la victime. Mais toujours employé à la police de Los Angeles, Bosch enquête à la fois sur le suicide d’une jeune femme et sur des ossements humains déterrés par un chien dans une forêt et qui appartiendraient à un jeune garçon âgé entre 10 et 12 ans. Entre-temps, ses collègues arrêtent un certain Raynard Waits (Jason Gedrick) alors qu’un cadavre est retrouvé dans son véhicule. Cet individu, arrêté aussitôt pourrait bien être un tueur en série et en échange d’informations sur l’emplacement de plusieurs cadavres, il tente de négocier la prison à vie au lieu de la peine de mort. Cependant, la plupart de ses « révélations » restent très sommaires et ne convainquent pas Bosch de sa culpabilité. Mais dans quel intérêt mentirait-il?

On en est là après trois épisodes et malgré des intrigues multiples tirées de trois romans, l’action avance à pas de tortue. Dans son rythme, sa narration et sa mise en scène, Bosch est très similaire à True Detective, saluée par les critiques, mais qui demandait beaucoup de patience de la part du téléspectateur. Mais ce qui nous aidait à tenir le coup avec la série signée HBO,  était que l’action était entrecoupée de multiples flashforward nous montrant le personnage de Matthew McConaughey à la transformation physique saisissante. Dès lors, savoir ce qui lui était arrivé entre le point A et ce point B était aussi intéressant que l’enquête. Il manque ce détail avec la nouvelle production d’Amazon ou du moins quelque chose de tout aussi accrocheur.

Toutes les intrigues énumérées ci-haut sont dispersées ici et là entre plusieurs longueurs qui pour le moment nous semblent inutiles et il faut attendre la fin du troisième épisode pour que Bosch rencontre enfin pour la première fois Waits alors que celui-ci a été arrête et à « confessé » les meurtres depuis belle lurette. Le procès dans lequel est impliqué le détective s’étire aussi. Puisque personne n’y était, les avocats en plaidoirie devant les jurés n’ont pas de preuves tangibles et se contentent de déblatérer sur ses supposées intentions. Et pour attirer un auditoire important (si toutefois c’est dans les priorités d’Amazon qui adopte plus ou moins la philosophie d’HBO), il manque à Bosch des éléments de surprise ou de tension (ces fameux cliffhanger en anglais) et comme l’écrit Noel Murray dans sa critique : « Not until the end of the fourth episode does anything shocking happen that would compel casual viewers to click to see more. » Combien de téléspectateurs se rendront jusque-là?

Un héros sombre avant l’heure

Les premières nouvelles de Connelly mettant en scène Harry Bosch ont été publiées au début des années 90 et son héros pour le moins morose avait de quoi détonner avec les « justiciers » les plus en vogue de l’époque tels MacGyver ou Magnum. Maintenant, c’est pratiquement devenu la norme de mettre en scène des policiers/détectives/agents/espions/etc. désillusionnés et franchement antipathiques. Bosch entre dans ce moule, lui qui a grandi dans une institution après que sa mère, un e prostituée, ait été assassinée et lorsque l’actuelle supérieure du détective lui dit « let some light in your life », on se fait une assez bonne idée du personnage. Les livres de Connelly regorgent de monologues intérieurs et de détails concernant le personnage principal, ce qui est à peine évoqué ou ne transparait pas dans les épisodes de la série. Pour compenser restent les victimes ou les criminels. Dans le premier cas, l’enfant n’est plus qu’un squelette tellement le crime a été commis il y a longtemps et sa disparition ne semble pas avoir ébranlé la communauté. Quant à son agresseur, le supposé tueur en série Waits, il n’a pas pour l’instant l’étoffe d’un Hannibal.

Les mordus de Connelly devraient trouver Bosch intéressante, ne serait-ce que pour voir comment la production a réussi à entremêler trois histoires de l’auteur en une seule série. La mise en scène qui sans qu’on le mentionne, nous fait penser aux années 90 est soignée, tout comme l’univers de Los Angeles, très sombre comparé à son soleil et ses palmiers qui font habituellement sa marque de commerce. Bien que l’on doute que la série connaisse un énorme succès, reste qu’Amazon croit en son produit et a annoncé le 18 mars qu’une deuxième saison avait été commandée.

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2 réflexions sur “Bosch (2015) : et la patience qui devrait venir avec

  1. Merci pour votre critique. Je suis un fan de Hieronymus Bosch (celui de Connelly pas le peintre)….Et la je pense que je ne pourrais être que déçu de l’adaptation qui en sera faite. Ces histoires sont faites pour être lues et l’atmosphère lourde, pesante, parfois noire de ce détective très solitaire ne saurait être traduit en image (autant expliquer la notion de nuance de couleur à un aveugle de naissance).Comment décrire ces moments de sympathie d’empathie ou de compassion envers les victimes qui le poussent à enquêter au détriment de sa carrière, du bon sens même…
    En plus rien que la photo de l’acteur qui l’incarne me dépite…Je suis même déçu que l’auteur prête son nom à cette adaptation (ah dollar quand tu nous tiens)
    Qui plus est, votre critique est peu enthousiasmante

    • Merci pour vos commentaires,
      avec tout le succès qu’à connu Connelly toutes ces années, il est surprenant que jamais un producteur d’Hollywood n’ait manifesté le désir de faire une film d’un de ses livres… exactement pour les raisons que vous énoncez!

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