Last Man on Earth / The Odd Couple (2015): ces hommes qui veulent la paix, mais pas vraiment

Last Man on Earth est une nouvelle comédie diffusée depuis le début mars sur les ondes de Fox aux États-Unis. Nous sommes en 2020, un an après qu’un virus dévastateur ait décimé la totalité de la population terrestre, à l’exception d’un homme, Phil Miller (Will Forte). Il a beau pouvoir faire tout ce qu’il veut, quand il le veut, reste que la solitude lui pèse… jusqu’à ce qu’il découvre qu’il n’est peut-être pas aussi seul qu’il le croit. The Odd Couple est une nouvelle sitcom de 13 épisodes diffusée depuis la mi-février sur CBS aux États-Unis et CTV au Canada. Ce couple fait référence à la cohabitation plus ou moins forcée entre Oscar (Matthew Perry) et Felix (Thomas Lennon), deux copains divorcés de tempéraments aux antipodes. Force est d’admettre qu’en 2015, les clichés dans les comédies sont plus coriaces que jamais puisque dans ces deux fictions, l’homme paresseux, irresponsable et peu fiable est mis sur un piédestal afin de, semble-t-il, nous faire rire. Si la comédie de Fox contient quelques éléments intéressants, on est surtout surpris que celle de CBS remporte un tel succès.

The Last Man on Earth: de Robinson Crusoe à Adam et Ève à…?

Après les ravages du virus, Phil a parcouru tous les états de son pays pour constater qu’il était bel et bien le seul homme restant sur terre. En chemin, après avoir dévalisé les musées de ses plus précieuses œuvres d’art, il s’installe dans une luxueuse maison de sa ville natale en Arizona où il fait la pluie et le beau temps. Mais ce n’est pas son goût pour les belles choses qui caractérisent l’homme. Il les acquiert uniquement parce qu’il peut se permettre de le faire et dès lors, transgresser les interdits devient un mode de vie. Se baigner dans une piscine de margarita, se promener en caleçons, jouer au tennis dans le hall d’entrée à proximité d’une foule d’objets précieux : ces transgressions ont tôt fait de le lasser et il sort enfin de son apathie lorsqu’il s’aperçoit qu’il n’est plus seul sur terre. En effet, une certaine Carol (Kristen Schaal) a aussi résisté au virus, mais contrairement à Phil, elle respecte à la lettre les lois et codes d’une société révolue, ce qui finit par énerver son acolyte. Néanmoins, ils n’ont pas le choix de s’entendre et lorsque Phil souhaite… passer à l’acte et la réponse de Carol est simple : pas avant le mariage. Après une cérémonie des plus absurdes qui ne change rien à ce qu’ils éprouvent l’un pour l’autre, la fin de l’épisode 3 introduit un nouveau personnage : la belle et sexy Melissa (January Jones).

Force est d’admettre que l’idée de base est audacieuse, à l’image de son titre : Last Man on Earth.  Quand on s’y fie, on s’attend à une série télé, mais avec un seul protagoniste, ce qui de mémoire n’a jamais été fait au petit écran. Il est intéressant de constater que la survivance de notre Robinson Crusoe des temps modernes n’est pas menacée physiquement, mais bien mentalement et que c’est sa solitude qui le transforme un temps en vrai Neandertal. Mais comme la nature a horreur du vide, et c’est particulièrement vrai pour les grands networks, après moins de 20 minutes livrées à cet exercice, on décide d’ajouter une femme dans le décor. Dès lors, on est confronté à une dynamique du type Adam et Ève et des clichés homme/femme qui vont avec : il est en désordre, peu soucieux de son hygiène, se saoule et se nourrit de malbouffe alors qu’elle est jalouse de nature, obsédée par la propreté, et parle sans cesse; même au lit lors de l’acte sexuel. Malgré ces dialogues écrits au crayon-feutre, la série nous fait rire à plusieurs moments et en sous texte, re-questionne sans cesse les concepts de moralité, d’effort et d’empathie qui n’ont plus leur raison d’être du moment que la société est inexistante. Mais le problème avec Last Man on Earth est qu’on n’explore pas toutes ces avenues à fond et prise d’une peur (inutile) d’ennuyer le téléspectateur, la production nous amènera trois nouveaux personnages récurrents au cours de la première saison, s’éloignant encore plus de l’originalité de son concept et nous offrant du coup une version 2.0 des Joyeux Naufragés.

The Odd Couple : risques minimaux

Oscar, un commentateur sportif, est divorcé depuis longtemps et apparemment, s’en porte très bien. Son luxueux logement est aussi propre que le manoir de Phil dans la série ci-haut et son principal passe-temps est de courtiser les filles des alentours, dont sa principale voisine Casey (Leslie Bibb). Pour ce qui est de Félix, c’est l’opposé : c’est sa femme qui l’a mis dehors et cet éternel romantique ne s’en remet pas. Adepte de yoga et de produits bio, ce photographe de carrière a horreur de la moindre traînerie. La cohabitation crée bien entendu des étincelles vu leurs différences fondamentales… presque la même qu’entre un homme et une femme, et la production, dans sa grande « originalité » n’a pu s’empêcher d’y insérer des blagues sur la présumée homosexualité de Félix, puisque bien entendu, c’est lui la « femme » du couple. Du reste, l’humour en général est très convenu et la chimie entre Matthew Perry et Thomas Lennon n’opère pas vraiment. Mais alors comment expliquer un tel engouement pour la série?

 

Avec une moyenne plutôt stable de 12,34 millions de téléspectateurs pour les trois premiers épisodes, CBS a réussi son pari, dépassant aisément son principal concurrent, Grey’s Anatomy sur ABC à la même heure. Trois principaux facteurs pourraient expliquer ce succès retentissant. Tout d’abord, The Odd Couple, c’est à l’origine une pièce de théâtre de 1965 écrite par Neil Simon qui a été adaptée six fois depuis (télévision, cinéma, dessin animé, remake à la télévision et au théâtre) dont le très populaire film de 1968 avec Jack Lemmon et Walter Matthau; autant dire que le public américain ne s’en lasse pas. Ensuite, le personnage d’Oscar de cette version télévisée nous rappelle à plusieurs égards celui de Chandler Bing dans Friends (sarcastique, macho, etc.) et quand on sait que Matthew Perry est le co-créateur de cette nouveauté, une base solide des nostalgiques de la série de 1994-2004 a sûrement été au rendez-vous jusqu’ici. Enfin, la première de la série a été diffusée le 19 février, soit, tout de suite après la dernière de Two and Half Men dans laquelle cohabitent deux frères célibataires depuis peu et le fils de l’un d’eux. Autant dire que moins le bambin, on retrouve les mêmes thématiques.  À la vue de ces différents éléments, on peut en conclure que rien n’est laissé au hasard et que ce n’est sûrement pas l’originalité qui prime (on est à CBS après tout) et en ce moment, la stratégie porte ses fruits… mais pour combien de temps?

The Last Man on Earth s’en tire assez bien avec une moyenne de 5,28 millions de téléspectateurs pour ses trois premiers épisodes et s’harmonise surtout avec le reste de sa case horaire du dimanche soir (The Simpsons, Brooklyn Nine-Nine et Family Guy). Quant à The Odd Couple, l’audience s’est assez vite stabilisée, si bien que les deux séries auraient des chances d’être reconduites prochainement. Une chose est sûre, l’homme irresponsable, gaffeur et émotionnellement puéril a un bel avenir devant lui en comédies.

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