Indian Summers (2015) : les derniers…

Indian Summers est une nouvelle série de dix épisodes diffusée depuis la mi février sur les ondes de Channel 4 en Angleterre. L’action nous transporte en 1932 à l’époque du Raj britannique dans sa capitale, Shimla, située au pied des montagnes de l’Himalaya alors que des fonctionnaires anglais viennent reprendre leur poste d’administrateurs durant la saison estivale. Lors d’une soirée au Royal Club appartenant à l’intrigante Cynthia Coffin (Julie Walters), un des leurs, Ralph Whelan (Henry Lloyd-Hugues) évite de justesse un attentat perpétré par un mystérieux Indien. Alors que l’enquête suit son cours, la population locale commence à manifester de plus en plus son mécontentement contre l’envahisseur et des groupes politiques itinérants se forment afin de réclamer l’indépendance. Production évaluée à environ 14 millions £, soit, la plus coûteuse de la chaîne Channel 4, Indian Summers met du temps avant de se mettre sur les rails et après trois épisodes, on se questionne encore sur la pertinence de certains protagonistes. Mais au-delà de certaines intrigues qui pourraient contenir plus de mordant, c’est cette période historique riche en bouleversements qui nous intrigue, d’autant plus que cette série n’hésite pas à revisiter une partie de l’histoire de son pays en toute objectivité.

N’eût été la mise en scène…

Alice (Jemima West) et son frère Ralph viennent tout juste d’arriver à Shimla pour l’été alors que ce dernier travaille en tant que secrétaire privé au gouvernement. Son employé Aafrin Dalal (Nikesh Patel) se trouvait à ses côtés le soir de l’attentat et c’est lui qui a reçu la balle qui lui était destinée. La police traite cette affaire comme si c’était un acte terroriste, mais rien n’est moins sûr si l’on se fie à l’attitude évasive de Ralph lorsqu’on tente de faire la lumière sur ce qui s’est passé. Par chance pour lui, l’homme qui a voulu le liquider est retrouvé mort dans sa cellule. Lorsqu’Aarfin est remis de ses blessures, Ralph le prend sous son aile et lui propose de devenir son bras droit, tout en s’assurant qu’il ne se souvienne pratiquement de rien du soir de l’événement fatidique et à la veille de l’interrogatoire de la police. Quant à Alice, elle est veuve depuis peu, mais les circonstances entourant la mort de son mari sont obscures et ce sujet fait l’objet de gorges chaudes parmi la clique d’habitués qui fréquentent le Royal Club, lieu d’oisiveté par excellence des hauts gradés britanniques. Là-bas, les Whelan côtoient régulièrement Dougie Raworth (Craig Parkinson), directeur d’une école pour enfants abandonnés de la ville et son épouse Sarah (Fiona Glascott), puis Madeleine Mathers (Olivia Grant) qui aimerait bien mettre le grappin sur Ralph.

Le premier sentiment que l’on éprouve en regardant Indian Summers est l’émerveillement en raison d’une formidable reconstruction d’époque, mais surtout de l’exotisme de la région de Shimla et ses prises de vue à couper le souffle. En effet, tous les plans sont lumineux, à l’image des saris multicolores portés par les Indiennes. C’est justement cette mise en scène majestueuse qui nous donne envie de poursuivre la série après le pilote et heureusement, car a priori, les intrigues sont loin d’être engageantes. Outre Aarfin et Cynthia, les autres protagonistes demeurent encore trop fades, en espérant qu’ils aient davantage à nous offrir que de simples potinages. De plus, les liens entre ces êtres restent encore à être définis et on aurait préféré avoir affaire à une saga familiale qui aurait été un excellent prétexte pour mettre en lumière des conflits générationnels et renforcer la cohésion entre les différents personnages. Peut-être que pour éviter les comparaisons constantes de la presse avec la série à succès Downton Abbey a-t-on cherché à nous offrir une autre expérience narrative et justement, les plus patients verront la sauce prendre au tournant de l’épisode no 3 alors qu’on y introduit un volet davantage politique qui promet pour la suite.

Les premiers soubresauts

En entrevue, le créateur de la série Paul Rutman affirmait ceci : « Empire is still something that many on the right are quietly proud of, but a source of deep shame and self-castigation from the left, » (…) « With Indian Summers, I wanted to ride those contradictions. » Non seulement on parvient ici à nous offrir de façon presque égale deux points de vue (Indiens et Anglais), mais c’est aussi avec une étonnante franchise que l’on réussit l’exercice. Le premier épisode donne le ton lorsqu’on voit qu’à l’accueil du Royal Club, il est écrit sur un panneau : « No dogs or Indians »; une sorte de racisme assumé de la part des envahisseurs. Plus loin, un fonctionnaire d’origine indienne doit remettre une lettre d’éviction à un propriétaire terrien blanc, mais ne peut l’approcher lorsque ce dernier déambule dans une des rues les plus chics de la capitale, laquelle est réservée aux Anglais uniquement, du moins lorsqu’il fait jour. À l’opposé de séries américaines qui évitent systématiquement les zones d’ombre de leur histoire, il faut justement donner crédit à cette production anglaise qui décrit sans filtre la réalité de la colonisation qui n’est par ailleurs pas très loin de l’esclavagisme.

Mais un vent de changement se fait sentir et c’est au sein de la famille Dalal que l’on retrouve les contradictions les plus intéressantes. D’un côté, nous avons Aafrin qui se voit offrir une importante promotion de la part de Ralph après qu’il lui eut sauvé la vie. Cette élévation est tout de même bien calculée afin de faire du jeune homme un outil de propagande, mais reste qu’il est l’objet de fierté de sa famille, car comme il le dit lui-même : « I’ll be joining the rank of the heaven born! » Cette déclaration démontre à quel point les Britanniques ont su imposer leur emprise sur des millions d’êtres humains, au point que leur statut soit envié par une frange de la population à défaut d’être honni. De l’autre côté, nous avons sa sœur Sooni (Aysha Kala) qui vient tout juste d’être jetée en prison alors qu’elle participait à une manifestation politique. Entre une sœur qui pourrait aisément rejoindre un parti plus extrémiste tenté de faire couler le sang et un frère qui se range du côté de l’envahisseur (et qui sait, peut-être pourrait-il faire évoluer les choses de l’intérieur), le dilemme est intéressant et surtout bien exploité.

Indian Summers a rassemblé 2,6 millions de téléspectateurs en direct et ce chiffre a gonflé avec les enregistrements à 5,3 millions : soit, la série la plus regardée de la chaîne en 20 ans. Même ci l’auditoire a diminué au cours des semaines suivantes (1,88 pour le second et 1,46 pour le troisième, sans les enregistrements), reste qu’avant même sa diffusion, les droits ont été vendus dans 7 sept pays, dont les États-Unis (sur PBS plus tard cet été). De plus, Channel 4 a déjà commandé une deuxième saison dans laquelle on effectuera un saut dans le temps alors que de nombreux bouleversements politiques affecteront l’Inde, notamment avec la signature du British India Act qui marquera un pas de plus vers l’indépendance.

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