Sons of liberty (2015) : indépendance inévitable?

Sons of Liberty est une minisérie de trois épisodes qui a été diffusée du 25 au 27 janvier sur les ondes de History Channel aux États-Unis. Nous nous retrouvons en 1765 à Boston au Massachusetts alors que les relations entre les représentants des colonies et l’administration britannique s’enveniment de jour en jour. Le personnage principal est Sam Adams (Ben Barnes), un ancien collecteur de taxes endetté jusqu’au cou qui initie les premières rébellions contre les soldats de sa majesté. C’est que la population est opprimée et la tyrannie britannique n’a aucune limite. Du Tea Party à une guerre menée sur plusieurs fronts, la série se termine sur la déclaration d’indépendance des 13 états unis d’Amérique datée du 4 juillet 1776. Sons of liberty est bien entendu une réécriture de l’histoire à des fins télévisuelles, qui nous en apprend davantage sur la condition actuelle des États-Unis que sur son passé. Lorsqu’on parvient à digérer ce « choix artistique », justifié par un souci de divertissement, c’est le manque de rythme et les longueurs qui font que finalement, un bon vieux livre d’histoire pourrait se révéler bien plus divertissant.

David contre Goliath

Les premiers intertitres au commencement de Sons of Liberty donnent le ton : « British colonies living under British repression ». À Boston, Sam devient un leader des mécontents du régime et malgré lui, une foule en furie se rend dans la demeure du gouverneur et la pille. Londres sévit et met sa tête à prix. Associé depuis peu avec avec John Hancock (Rafe Spall), un riche marchand, ce dernier aussi devient persona non grata et le nouveau gouverneur Thomas Cage (Marton Csokas) le dépossède de ses biens et s’installe dans sa demeure. Cela ne diminue en rien l’humeur des gens de la rue qui commencent à en avoir assez des taxes excessives en plus d’être traités comme des citoyens de seconde classe et voilà que leur vient l’idée de jeter toute une cargaison de thé anglais dans la mer. Adams ne récoltant aucun soutient de la part des autres membres du Congrès à Philadelphie, il écoute néanmoins les conseils de George Washington (Jason O’Mara) et commence à entraîner sa propre armée. Les affrontements sont inévitables et la série s’achève alors que toutes les colonies se laissent finalement convaincre de joindre la révolution.

La première déception que l’on éprouve en regardant Sons of Liberty est que l’on passe beaucoup trop de temps sur les champs de bataille et pas assez à parlementer. Après tout, la série nous raconte « l’avant-révolution » si bien que ces minis combats entre une poignée d’insurgés et quelques milices britanniques nous semblent être une perte de temps. En donnant trop d’importance à ces affrontements, on finit par s’ennuyer ferme et on regrette qu’il n’y ait pas davantage de politique. Ironiquement, les scènes les plus intéressantes de la série sont celles qui se déroulent à Londres, alors qu’un certain Benjamin Franklin (Dean Norris) tente de faire entendre raison au parlementaires de Westminster, mais en vain. Pendant ce temps à Boston, on regarde défiler les scènes sans trop s’émouvoir.

Ceci s’explique en partie du fait qu’on ait décidé de nous raconter « l’avant-révolution » par le biais d’un groupuscule de la population de Boston. C’est comme si on tentait de nous raconter l’histoire de la Révolution française via des citoyens d’un faubourg parisien : on s’intéresse à leur quotidien pour le moins misérable et on entend nous convaincre que ce sont toutes les colonies qui subissaient le même sort. Évidemment, cette représentation sert bien le scénario puisqu’il nous donne une image des Anglais tout puissants qui eux seuls ont le pouvoir de s’enrichir sur le dos des pauvres citoyens. Cette impression se retrouve amplifiée du fait qu’à l’exception de John Hancock, il n’y a aucun personnage appartenant à la classe bourgeoise américaine si bien qu’on nous prépare à un combat à l’apparence perdu d’avance, mais c’est sans compter sur le courage et la persévérance des colonies…

Un message simple

À en croire les productions récentes, le genre historique, plus que tout autre peut se permettre de nous donner une vision de la réalité en noir et blanc, sans nuances de gris. À la fin de Sons of Liberty alors que la plupart des représentants des colonies s’apprêtent à signer l’Acte d’indépendance, Franklin demande à un de ses collègues réticent : «How do you want to be remebered?» et l’autre de répondre : « I will be remembered by however history sees fit. » C’est justement ça l’Histoire, surtout lorsqu’il s’agit de révolutions : les vainqueurs ont eu raison sur toute la ligne et les perdants ont eu ce qu’ils méritaient. Évidemment, la série d’History n’échappe pas à la règle. Et bien que sur son site web, on nous informe qu’il s’agit d’une fiction historique et non d’un documentaire, on précise tout de même que le but de Sons of Liberty était de : « focus on real events that have shaped our past ». Pour ceux que ça intéresse, Thomas Verenna a écrit un texte passionnant, énumérant toutes les distorsions de l’histoire que l’on retrouve dans le premier épisode seulement. En gros ce qu’on y apprend, est que les relations entre les colonies et l’Angleterre étaient loin d’être si mauvaises et surtout que Sam Adams était loin d’être un homme de la rue, mais bien un intellectuel nanti. Alors, pourquoi camoufler ainsi ses origines et nous le représenter comme un homme du peuple? C’est qu’on s’adresse à la masse, celle-là même qui en temps que groupe, n’a que faire de la raison, des complexités et qui s’en tient à sa seule perception, justement en noir et blanc, de l’état des choses. Et comme l’écrit S.T Karnick dans son article, le but est que Sons of Liberty trouve écho dans le présent : « it’s surprisingly incisive regarding what is happening in this country today, with its sentiments clearly on the side of the citizenry against an overweeningly powerful government that has corrupted the nation’s wealth to serve its own designs. » Il est seulement dommage que l’on s’entête à perpétuer un schéma pour le moins réducteur de l’histoire, afin d’être bien certain que le message passe.

Présentée durant trois soirées consécutives, Son of Liberty a attiré une très belle moyenne de 3,20 millions de téléspectateurs et si on en croit la chaîne, le premier épisode aurait été la fiction télévisuelle la plus « tweetée » de la soirée aux États-Unis. Le co-scénariste Stephen David y allait en entrevue de cette declaration peu édifiante : « When you read the actual history, it sounds like a Hollywood action movie, and that’s the feeling we wanted to capture with ‘Sons of Liberty.» Heureusement qu’il y a des sites comme celui de Mr Verenna qui ont a cœur les faits et qui trouvent aussi leur public. À preuve, après la publication de son texte, on compte presque 200 commentaires en moins d’une semaine de passionnés pour qui l’histoire ne se résume pas à un scénario hollywoodien.

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