Rattrapage automnal anglais : Babylon (2014)

Babylon est une nouvelle série anglaise dont le pilote a été diffusé en février 2014 et les six épisodes suivants, du 13 novembre au 18 décembre sur les ondes de Channel 4. L’action nous amène à Londres alors que la direction du service de police métropolitaine vient tout juste d’engager Liz Garvey (Brit Marling), une conseillère experte en communications chargée de redorer le blason des forces de l’ordre, dont le quotidien est constamment malmené par les médias. On navigue dans les épisodes entre les membres de la haute direction qui recueillent les renseignements et donnent l’information à la presse pendant que sur le terrain, les policiers sont doivent de résoudre des crimes divers, qu’il s’agisse d’une alerte à la bombe, de l’arrestation d’adolescents ou encore d’une fusillade. L’idée de nous offrir une série policière traitée sous l’angle des communications semblait séduisante sur papier, mais Babylon ressemble plutôt à un casse-tête dont les pièces peinent à s’agencer en plus d’adopter divers tons, versant tantôt dans le cynisme, tantôt dans le dramatique, ce qui nous fait décrocher rapidement.

Inégal

Sans être nécessairement sur la sellette, ce département de police peine à faire passer correctement ses messages, si bien qu’elle s’enquiert des services de Liz dont le talent est reconnu à travers tout le pays. Sa première journée débute sur les chapeaux de roue puisque plusieurs fusillades surviennent aux quatre coins de Londres : l’œuvre d’un désaxé qui passe très près de s’en tirer n’eût été l’intervention des hommes sur le terrain. Parmi ceux-ci, mentionnons Robbie (Adam Deacon), l’exemple même de l’officier qui n’hésite pas à recourir à la violence dans n’importe quelle situation. De son côté, Nobbo (Awain Arthur) est le macho par excellence qui enchaîne les blagues salaces les unes par-dessus les autres. Notons aussi Warwick (Nick Blood) qui a commis quelques fautes professionnelles et qui sombre peu à peu dans la dépression. Cette équipe disparate parvient néanmoins à neutraliser le tireur fou et résoudre une foule d’autres crimes parsemés dans les épisodes suivants.

« En haut », c’est-à-dire chez les cadres, mentionnons le préfet Richard Miller (James Nesbitt) qui a engagé Liz pour améliorer les communications de son département, mais aussi les siennes puisqu’il a eu longtemps une aventure avec une autre policière et la presse commence à fouiller dans son passé. Il y a aussi l’adjoint de Miller, Charles Inglis (Paterson Joseph) qui se fait prendre pour vol à l’étalage et Finn (Bertie Carvel), adjoint aux communications, peu fiable et qui ne travaille que pour ses propres intérêts.

Dès les premières minutes de Babylon, alors qu’une équipe s’introduit chez un innocent accusé de trafic de drogue, on est persuadé qu’il s’agit d’une série cynique sur le monde policier : l’incompétence de Warwick, la mèche coutre de Nobbo ou Richard qui en pleine crise, tient plus que tout à manger des chips sans gluten. Pourtant, le danger que représente le tireur est bien réel et traité comme tel dans le scénario. On n’arrive pas à faire fonctionner simultanément les deux genres, si bien que dans le pilote, on nage constamment entre deux eaux, pour progressivement oublier ces touches d’humour au cours des épisodes suivants. Même irréconciliabilité entre la haute direction qui gère les communications et les policiers sur le terrain. Ces derniers font de leur mieux pour faire respecter la loi et entretiennent des contacts minimes avec leurs supérieurs qui suivent de très loin le cours des événements et qui en ont surtout plein les bras avec les relations publiques. La production aurait tout simplement dû se concentrer dans un camp ou l’autre. En omettant ceci, on a droit à un scénario disparate et comme l’écrit Pierre Sérisier dans sa critique du pilote : « Cette première heure introductive donnait le sentiment d’une juxtaposition de scènes rendant la mise en place de l’intrigue chaotique et la présentation des personnages un brin confuse. »

Passer à côté de son sujet

Dès son embauche, Liz a un objectif : créer un poste de télévision dirigé et alimenté par la police plutôt que de laisser les médias externes s’en occuper. En gros, c’est contrôler le message et on ne doute pas un instant de la sincérité de la protagoniste, elle qui est animée des meilleurs sentiments, comme on nous le démontre au cours des épisodes (elle déclare à un moment :« Transparency; I believe in it »). Bien entendu, on perçoit immédiatement le danger d’un tel projet. La transparence est tout sauf assurée, comme nous le démontre Liz elle-même lorsqu’elle promet à Richard de tout faire pour que la nouvelle se sa liaison ne s’ébruite pas. Même à l’intérieur du service, cette idée ne fait pas l’unanimité. Par exemple, pour Finn il est primordial de détenir l’information. Il se permet parfois de faire en douce quelques aveux à ses journalistes chouchous, en échange d’une future reconnaissance s’il venait à se retrouver dans l’eau chaude.

En même temps, on peut comprendre Liz de vouloir créer une telle chaîne. Babylon, à l’image de la réalité, nous montre des journalistes voraces, en compétition entre eux pour dénicher le plus vite possible les informations, quitte à ne pas avoir en main tous les faits avant de s’adresser à la caméra : tout ça, sous prétexte de rassurer la population qui est en droit d’être informée. Mais dans plusieurs cas, ça crée l’effet inverse : insécurité, peur injustifiée, etc. Tout ceci est d’autant plus renforcé avec les médias sociaux où même les simples citoyens veulent leur minute de célébrité en voyant leurs images diffusées, au détriment de leur sécurité en dépassant les zones interdites ou en publiant de fausses informations, relayées par n’importe quelle journaliste en quête de sensationnalisme. On a délibérément choisi à la fin du pilote de nous montrer au ralenti un montage de plusieurs journalistes obsédés par la moindre nouvelle, ce qui nous laissait penser que la série porterait sur ces questions. Il n’en est malheureusement rien et Channel 4 est royalement passé à côté de son sujet.

Babylon a rassemblé plus de 1,3 million de téléspectateurs lors de la diffusion de son pilote diffusé en février. Celui-ci n’a manifestement pas convaincu grand monde puisque neuf mois plus tard alors qu’on entamait la série régulière, ces chiffres avaient fondu de plus de la moitié et on cumule une moyenne d’environ 400 000 téléspectateurs pour toute la saison. On doute donc de voir éclore un second opus, mais il y a tout de même dans la série un concept à exploiter… en mieux.

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