Marco Polo (2014) : épopée faiblarde

Marco Polo est une nouvelle série de 10 épisodes signée Netflix qui a été mise en ligne pour tous ses abonnés aux quatre coins du monde le 12 décembre. On nous transporte au milieu du XIIIe siècle alors que Polo (Lorenzo Richelmy), le célèbre explorateur, se retrouve laissé à lui-même à la cour de l’empereur de Mongolie Kublai Khan (Benedict Wong), petit-fils du grand Genghis Khan. Désireux d’y implanter des voies commerciales, notamment pour la soie et les épices, Polo a d’abord pour tâche de sonder l’empire sous plusieurs facettes pour ensuite rendre compte de ses impressions au souverain qui craint autant les révoltes qu’il veut asseoir son pouvoir sur les territoires asiatiques. Inutile de préciser que le géant de la vidéo sur demande cherchait ici à frapper un grand coup avec une série qui a pour désir plus ou moins avoué de concurrencer Game of Thrones en n’ayant pas peur d’y injecter la somme de 90 millions de dollars (ce qui en fait la série la plus chère de l’histoire de la télévision). Mais malgré des décors sublimes et un dépaysement total (locations et plus de 90 % des acteurs sont orientaux), Marco Polo n’arrive pas à la cheville de son concurrent d’HBO. Du héros fade aux longues scènes où il ne se passe pas grand-chose, on essaie de plaire à la planète entière sans contenter personne. Et si la série avait été mieux écrite, on s’ennuierait même du mode de diffusion traditionnel.

Game of Thrones « wannabe »

Le tout commence alors que Marco renoue avec son père Niccolò (Pierfrancesco Favino) qu’il a à peine connu. Marin émérite, il s’apprête à repartir vers la « route de la soie » et son fils, à la recherche de nouvelles aventures, se cache dans la cale du bateau. Lorsqu’il est découvert, il est déjà trop tard pour rebrousser chemin. En Mongolie, ils font la rencontre de Kublai et ce dernier se montre impressionné par les facultés d’observations du jeune homme. Niccolò peut poursuivre sa route, mais en échange, Marco doit rester à la cour et en apprendre plus sur les mœurs et les gens. En plus d’apprendre des cours de Kung Fu, le jeune homme doit suivre au pas un collecteur de taxes de la ville et rendre des comptes à Kublai. L’empereur a d’ailleurs plusieurs chats à fouetter. Il souhaite conquérir le royaume de Chine, mais l’armée de son fils héritier Jingim (Remy Hii) est défaite notamment parce que les troupes du frère de Kublai, Ariq, n’étaient pas au rendez-vous. Marco est chargé de savoir si ce dernier complote contre l’empereur, ce qui se révèle être le cas. Les deux frères se déclarent la guerre, mais ce sera finalement un duel entre Ariq et Kublai et ce dernier l’emporte et lui tranche la tête.

Au fil des épisodes, nous faisons la rencontre de plusieurs autres familles royales dont le trône est menacé et la volonté de concurrencer Games of Thrones de HBO crève les yeux. Malheureusement, la série de Netflix peine à retenir notre intérêt, notamment lorsque l’on pense à son personnage principal dont la série porte le titre. Le créateur John Fusco a fortement été impressionné enfant lorsqu’il a lu les mémoires de l’explorateur où il était notamment écrit « Je n’ai raconté que la moitié de ce que j’ai vu »; ce qui a servi d’élément déclencheur à la fiction.

Seulement, le Marco Polo de Netflix n’a aucune personnalité; c’est un spectateur, au même titre que nous. Il observe et rapporte à Kublai, mot pour mot ce qu’il entend. Ce n’est qu’un tout petit pion sur l’échiquier et après trois épisodes, il reste toujours aussi fade. Sans doute cela évoluera-t-il, mais à quel rythme? Pour le moment, tout ce que l’on ressent c’est l’ennui. Les scènes de dialogues sont interminables et peinent à retenir notre attention. Dans Game of Thrones aussi les échanges entre protagonistes sont légions, mais reste que nous demeurons suspendus à leurs lèvres malgré tout. S’il y a bien une constance entre les deux séries ce sont les scènes de nu féminin, comme en fait foi l’article de Première et autant préciser d’office qu’elles n’apportent pas grand-chose à l’histoire et ne servent de prétexte qu’à émoustiller le téléspectateur qui aurait tendance à somnoler les épisodes entamés.

Enfin, il est impossible de passer sous silence une métaphore qui renvoie à l’entreprise même de la vidéo sur demande. L’action se déroule dans le plus grand et puissant empire du monde dirigé par un despote qui a un droit de vie ou de mort sur ses sujets. Disons que la démocratie n’y a pas vraiment sa place et que le peuple ne compte pas pour grand-chose. Tout ça, vu à travers les yeux d’un occidental, dépassé par les événements et qui malgré une intégration aux mœurs et coutumes répète à qui veut l’entendre « ce n’est pas ma patrie ». Portrait exagéré de la Chine actuelle, certes, mais Netflix, en décidant de produire une fiction où presque tout y est asiatique, laisse clairement entendre qu’il souhaite s’implanter partout dans le monde et que cette partie de la planète regorge d’abonnés potentiels qu’il ne peut négliger. En même temps, avec le net, nous ne sommes plus dans une période d’uniformisation, mais bien de particularisme et Netflix est en train de l’apprendre à ses dépens à la suite de son implantation en France par exemple: il y a une limite à s’attirer des abonnés dans ce pays, à moins d’y produire des séries dites « locales », en France et avec des acteurs français. Pourtant, le géant américain semble avoir oublié cette leçon simpliste et fait tout le contraire avec Marco Polo. Comme se questionne Alexandre Hervaud dans son article : «Accident de parcours ou conséquence fâcheuse d’une sortie simultanée sur de nombreux territoires tendant à privilégier l’uniformisation à la prise de risques, à l’image des franchises de blockbusters estivaux pondus chaque été par Hollywood? »

Le bon vieux modèle

À la base, ce qui a mis Netflix devant les projecteurs, c’est le fait de mettre tous ses épisodes en ligne d’un coup, répondant de façon incontestable à un nouveau besoin, à de nouvelles habitudes. La stratégie a été particulièrement fructueuse pour House of Cards puisqu’il s’agissait d’un sans précédent. Par contre, le modèle a aussi ses mauvais côtés. Le premier épisode de la saison no 5 de Game of Thrones prévu le 5 avril est attendu de pied ferme par des amateurs partout sur la planète. En attendant, HBO peut diffuser au compte-goutte photos et bande-annonce pour mousser la série événement et c’est bien de cela qu’il s’agit. Parce que le buzz ne s’arrête pas après la « soirée de lancement », mais s’étend sur les dix semaines durant lesquelles sont diffusés les épisodes. Entre chacun d’entre eux, des articles pullulent et les spéculations vont bon train, de quoi titiller encore davantage l’auditoire. Même le piratage contribue à la notoriété de la production, des aveux mêmes du président de HBO Michael Lombardo. En mettant en ligne d’un même coup tous les épisodes de Marco Polo, Netflix fait peut-être faux bond, du moins pour le type de série qu’elle prétend être.

Nous ne connaîtrons probablement jamais l’ampleur de la popularité de Marco Polo puisque Netflix ne divulgue jamais ses chiffres d’écoute. Par contre, plusieurs critiques ont affirmé que sur un réseau traditionnel, la série aurait probablement été annulée avant la fin de la première saison; c’est tout dire. Tout de même, avec un coût de production aussi exorbitant, gageons que Netflix y pensera plus d’une fois avant d’annoncer un deuxième opus.

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