The Comeback / Mohawk Girls (2014): critiquer par le rire

The Comeback a entamé sa deuxième saison de huit épisodes sur les ondes de HBO au début novembre. Série créée en 2005 et annulée après une seule saison, il s’agit d’un second retour pour Lisa Kudrow et de son personnage Valerie Cherish, une actrice de sitcom qui n’a pas travaillé depuis un bail et qui s’ennuie des projecteurs. La chance tourne alors qu’elle se fait offrir le rôle principal dans la fiction de HBO Seeing Red, écrite par un scénariste médiocre. Tout au long des épisodes, une autre équipe de tournage la suit afin de montrer l’envers du décor. De son côté, Mohawk Girls est une nouvelle série diffusée sur les ondes d’APTN au Canada depuis la fin novembre. L’action se déroule dans la réserve de Kahnawake située à quelques minutes seulement de Montréal où quatre jeunes femmes tentent de trouver l’amour, ce qui n’est pas chose facile quand au moins la moitié des habitants sont des cousins! Ces deux comédies ont pour point commun de décrier l’univers dans lequel les personnages se situent, mais en ayant recours à l’autodérision, ce qui les rend aussitôt sympathiques. Diffusées sur des chaînes peu vues par le grand public, on doute de leur longévité, mais elles valent tout de même le coup d’œil.

The Comeback : le « mocumentaire » d’Hollywood

La série commence alors que Valerie a l’idée de tourner sa propre téléréalité qu’elle souhaite ensuite soumettre à la chaîne Bravo. Mais voilà qu’elle apprend que HBO commence le tournage d’une nouvelle série écrite par Paulie G. (Lance Barber) et dont le personnage principal lui ressemble étrangement. Furieuse, dans un premier temps elle souhaite faire annuler la série, mais sur place, elle se laisse ensuite convaincre de passer une audition pour incarner le personnage principal et obtient le rôle. Mais à son grand désarroi, on fait peu de cas d’elle et Seeing Red s’annonce un échec avant même sa diffusion.

Les mises en abyme dans The Comeback sont légions. D’abord, Valerie ne cesse de parler de son premier comeback, référant ainsi à la saison de 2005. Puis, alors qu’elle se sent parodiée après avoir eu vent du scénario de Paulie G., elle accepte finalement de jouer sa propre caricature. Autrefois connue pour ses rôles dans les sitcoms, on ne peut s’empêcher de penser à la défunte Friends et de son sextuor d’acteurs. Bien que chacun d’eux ait fait leur bout de chemin, jamais ils n’ont retrouvé la même notoriété que durant les années de diffusion originale de la série. Mais bien au-delà des références passées, on peut surtout y voir une critique d’Hollywood et de ses artisans. Les femmes, passées un certain âge sont tout simplement ignorées de l’industrie. Jane Benson (Laura Silverman) est la réalisatrice qui filme les coulisses de Valerie se sert de son oscar qu’elle a reçu pour un documentaire sur les lesbiennes et l’holocauste pour garder sa porte d’entrée ouverte, arguant que : « it doesn’t mean anything ». Le sarcasme atteint un plus haut degré lors de l’épisode no 3. Valerie doit jouer une scène dans laquelle elle fait une fellation à son partenaire. Paulie G. qui a écrit ces lignes jubile puisqu’il déteste Valerie et il s’agit d’une humiliation volontaire infligée à son actrice. Mais ce qu’il y a de vraiment pathétique est qu’elle accepte de s’exécuter. Comme l’écrit Matt Zoller Seitz dans sa critique : « The cruelty of Hollywood, incarnated by Paulie G., is exceeded only by Valerie’s willingness to tolerate it for celebrity’s sake. »

En 2005, The Comeback qui comprenait 13 épisodes a été annulée après une saison. Cette décision comportait donc une mise en abyme encore plus déchirante : Kudrow, en voulant se moquer des actrices has been se trouvait en quelque sorte dans la même position et a connu le même sort que celles qu’elle parodiait. À l’époque, la série avait rassemblé en moyenne 1,1 million de téléspectateurs. La deuxième saison n’en a réuni que 200 000 après quatre épisodes, ce qui est doublement infligeant pour toute la production et la chaîne, d’autant plus que The Comeback est à majorité saluée par les critiques.

Mohawk Girls : si loin et pourtant si près

Anna (Maika Harper) est née dans la réserve de Kanesatake, mais très jeune sa famille a déménagé à Montréal. Elle anticipe grandement ce retour sur la terre de ses ancêtres, sauf que les gens du coin la traitent comme une étrangère et ne cessent de se moquer d’elle. Elle trouve cependant une chambre à louer et développe une relation d’amitié avec ses trois nouvelles colocataires. Il y a d’abord Zoe (Brittany LeBorgne) qui tente tant bien que mal de jouer à la fille parfaite, mais qui finit toujours par décevoir ses parents. Bailey (Jennifer Pudavick) est en couple avec Thunder (Kyle Nobess). Ils filent le parfait amour jusqu’à ce qu’ils apprennent par le père de celle-ci qu’ils sont cousins au deuxième degré, ce qui précipite leur rupture. Lors d’une virée à Montréal avec Anna, Bailey fait la rencontre de Jack (Christian Campbell) et s’entiche de lui, mais comme il n’est pas autochtone, elle lui fait bien comprendre qu’ils ne pourront pas être en couple. Enfin, reste Caitlin (Heather White) : elle aussi est à la recherche de l’amour, mais son physique grassouillet la disqualifie d’office au sein des hommes de son entourage.

Mohawk girls se veut comme un genre de Sex and the city autochtone puisque la plupart des épisodes ont pour ligne principale ces filles qui recherchent l’amour ou le sexe. Du réchauffé, certes, d’autant plus que le jeu des actrices n’est pas égal et que certaines mises en situation tombent facilement dans la caricature. Mais comme l’écrit Steve Faguy dans son blogue : « Mohawk Girls is at its best when it’s talking about issues both profound (preserving culture) and trivial (no street signs) that affect the community. » En effet, la créatrice de la série Tracey Deer a réalisé un documentaire en 2005 qui a été primé à l’ImagineNATIVE Film + Media Arts Festival dans lequel elle suivait quatre adolescentes de Kahnawake dans leur quotidien et ce succès l’a ensuite convaincu de créer une sitcom sur le sujet neuf ans plus tard. Inutile de dire qu’elle connaît du bout des doigts le milieu qu’elle dépeint. De prime abord, il nous semble absurde que ces filles s’entêtent à trouver l’amour au sein de leur communauté et qu’elles n’en sortent pratiquement jamais, d’autant plus que la métropole n’est qu’à quelques minutes de distance. C’est Anna qui se fait en quelque sorte notre porte-parole en dénonçant ce manque d’ouverture d’esprit en leur lançant notamment « You guys are like a colony of clones! »  Reste que Deer parvient à nous transmettre ce sentiment d’appartenance qu’elles éprouvent envers leur communauté et leurs efforts pour préserver leur héritage.

Mohawk Girls est aussi capable d’autodérision comme lorsque Bailey a un rendez-vous avec un gars du coin. Celui-ci se vante d’avoir obtenu un certificat d’invalidité du gouvernement, ce qui l’empêche de travailler tout en touchant de l’aide sociale, et ce, bien qu’il soit en parfaite santé. Pour se justifier, il accuse les blancs d’avoir volés les terres des autochtones faisant de lui un looser aux yeux de Bailey et de nous, ce qui était le but. Les protagonistes assument tant bien que mal la mentalité quelque peu rétrograde de leur entourage, tout en essayant d’en tirer le meilleur et éventuellement créer des ponts avec l’extérieur. Enfin, peu de séries abordent le thème de la consanguinité et il est rare que le lieu de travail de protagonistes soit une fabrique de cigarettes, ce qui est le cas ici. Le dépaysement est total et ça fait du bien.

L’arrivée de The Comeback en 2005 détonnait complètement avec le paysage sériel et cette différence a peut-être été la cause de son annulation précoce. Pourtant, le genre a fait des petits, notamment avec l’hilarante Almost Royal de BBC America qui a été reconduite pour une seconde saison. Il est simplement dommage que la série d’HBO n’attire pas plus de monde. Quant à Mohawk Girls qui a tout de même ses défauts, souhaitons qu’elle pave le chemin à d’autres productions sur les autochtones.

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