Olive Kitteridge (2014) : ces adaptations littéraires qui fonctionnent

Olive Kitteridge est une nouvelle minisérie de quatre épisodes qui a été diffusée sur les ondes d’HBO les 2 et 3 novembre. Durant une période de 25 ans, on suit le quotidien de cette femme (Frances McDormand), de son mari Henry (Richard Jenkins) et de leur fils Chritopher (Devin Druid, puis John Gallagher) dans leur demeure située dans la ville fictive de Crosby au Maine. Cette ancienne institutrice, peu sociable et qui est loin d’avoir la langue dans sa poche connaît tous les secrets du coin et est témoin au fil des ans des moments heureux, mais surtout des drames qui y surviennent, y compris au sein de sa propre famille. Issue de parents dépressifs, ce mal la ronge assurément alors que peu à peu, les gens lui tournent le dos. Adaptation du bestseller éponyme de 2009 écrit par Elizabeth Strout et production signée Tom Hanks, Olive Kitteridge est somme toute une série assez banale si ce n’est de la protagoniste qui crève l‘écran par sa personnalité haute en couleur, ce qui fait que les épisodes défilent devant nos yeux à la vitesse de l’éclair. Outre une performance de McDormand qui lui vaudra assurément une nomination aux prochains Golden Globes, c’est le traitement mélancolique de la fiction qui retient aussi l’attention; un malheureux reflet de notre société occidentale.

Personnage unique en son genre

Résumer un roman d’environ 370 pages en une série de quatre épisodes n’est pas une mince affaire, si bien qu’on a décidé d’en extraire seulement quelques chapitres et de les porter à l’écran, assumant pleinement les nombreuses ellipses de temps. On commence alors qu’Olive enseigne encore et que Henry est toujours propriétaire d’une pharmacie. Ce dernier vient de perdre son assistante et engage Denise (Zoe Kazan), une jeune fille un peu trop pimpante et naïve. Elle est en couple avec Henry (Brady Corbet), mais le conte de fées s’arrête subitement alors qu’il est tué durant un accident de chasse à laquelle participait aussi le mari d’Olive. Dès lors, celui-ci fait tout pour la consoler et on pressent qu’une idylle pourrait naître entre eux, mais jamais Henry ne franchira la ligne et peu après, Denise se remarie et part au Texas. Olive n’est pas non plus blanche comme neige puisqu’elle flirte avec son collègue Jim (Peter Mullan), mais celui-ci meurt peu de temps après dans un accident de la route. Les années passent et leur fils Christopher cumulera deux mariages et après être parti vivre à New York, n’aura cesse de se quereller avec sa mère, la blâmant pour tout ce qui ne fonctionne pas dans sa vie. Olive n’est pas au bout de ses peines puisque quelques années plus tard, Henry est atteint d’une crise cardiaque qui le laisse complètement paralysé et le pauvre en aura encore pour quatre ans avant d’enfin pouvoir quitter cette terre. Désœuvrée, Olive n’ose se confier à quiconque, sinon à Jack Kennison (Bill Murray) qu’elle rencontre par hasard dans un parc, veuf lui aussi. Se développe ensuite entre eux une belle complicité.

Une chose qui frappe quand on entame Olive Kitteridge, c’est le nombre important de scènes où les protagonistes se retrouvent à table en train de manger et on ne compte plus le nombre de fois où Henry demande à son fils « how was your day at school son? ». Et bien que d’un épisode à l’autre il y ait plusieurs ellipses de temps, on constate une étonnante constance des personnages. En quoi cela revêt-il un quelconque intérêt pour le téléspectateur? Un seul mot : Olive. Cette femme est tout simplement fascinante. À première vue, elle est peu attachante parce qu’elle dit tout ce qu’elle pense, sans égard à son interlocuteur en plus de ne jamais montrer ses sentiments. C’est à peine si elle lit une carte de Saint-Valentin offerte par son mari (qu’elle a tôt fait de jeter aux poubelles) ou qu’elle daigne faire un effort la journée du mariage de son fils, battant froid à sa belle-famille. Au lieu de la dénigrer, on s’amuse dans un premier temps de sa franchise un peu trop marquée, puis au fil des ans et des épreuves qu’elle doit traverser, on admire son courage inébranlable. C’est tout simplement touchant de la voir s’occuper de Henry alors qu’il n’est plus que l’ombre de lui-même après son AVC ou encore de prendre Kevin (Cory Michael Smith) (le fils d’une amie de la famille) sous son aile et de l’empêcher de se suicider. À très peu de moments Olive se laisse aller à ses émotions et pourtant, elle a le don d’en susciter en nous.

Décennies dépressives

Le premier plan de la série nous montre Olive alors que les 25 ans se sont écoulés. Elle est seule dans la forêt, charge son fusil et s’apprête à se suicider. Dès lors, au fil des épisodes, on se rend compte que plusieurs des protagonistes souffrent d’un mal difficile à diagnostiquer : celui de l’âme. Rachel (Rosemary DeWitt), une voisine des Kitteridge a des hallucinations et est dépressive, puis finira par se tuer.  Son fils Michael à l’âge adulte décide d’étudier en psychiatrie, mais est atteint des mêmes maux. Même Olive qui cache toujours ses sentiments répète au moins trois fois que son père s’est suicidé et que la dépression est chose courante dans sa famille. Sans vraiment le penser, elle admet même : « Happy to have it. Goes with being smart ». Ironiquement, c’est sa rencontre avec Jack vers la fin de la série qui la sauvera. Récemment veuf et n’adressant plus la parole à sa fille, il est devenu aussi isolé qu’Olive et c’est ensemble qu’ils continuent à avancer.

Crosby correspond à l’idée que l’on se fait de ces petits villages côtiers du nord-est des États-Unis. Paysages bucoliques, bateaux de pêcheurs, loin du brouhaha des grandes villes et une certaine proximité entre les gens. Ce dernier aspect est aussi le revers de la médaille puisque tous vivent avec la mentalité du « que vont penser les voisins » alors ils taisent leurs émotions et tentent de cheminer dans la vie avec des béquilles qu’ils ne devraient pas porter. Et tout le drame est là, comme l’écrit Pierre Langlais dans sa critique : « Olive Kitteridge laisse poindre, sous le visage sans sourire de son héroïne, de l’affection, et cette terrible prise de conscience de ne pas savoir dire « je t’aime » ou « la vie est belle ». Donc tous les protagonistes stagnent, à l’image de Crosby qui n’a pas changé d’un iota en 25 ans et qui nous offre le même paysage automnal gris et froid à tous les épisodes.

Olive Kitteridge a rassemblé en moyenne 500 000 téléspectateurs par épisodes. Ces chiffres ne sont pas pharaoniques, mais quiconque prend la peine de passer à travers le pilote n’est pas prêt à abandonner le bateau avant que la fiction ne se termine. On pourrait reprocher à la série ses trop grandes ellipses de temps si bien qu’un ou deux épisodes n’auraient pas été de trop. Mais s’il y a un aspect que la production a réussi à transmettre aux téléspectateurs, c’est bien l’essence du personnage principal admirablement interprété et qu’on n’est pas prête d’oublier.

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