The Missing (2014): la douleur d’un père

The Missing est une coproduction de huit épisodes entre l’Angleterre et les États-Unis. Diffusée à partir du 28 octobre sur BBC One et du 15 novembre sur Starz, l’histoire commence il y a 8 ans alors que Tom Hughes (James Nesbitt), sa femme Emily (Frances O’Connor) et leur fils de cinq ans Olli (Oliver Hunt) séjournent en vacances dans la ville fictive de Chalons du Bois en France. Tous les habitants sont en émois alors que se tient la Coupe du monde de soccer et c’est lors de l’affrontement France/Brésil en quart de finale qu’un drame survient : Tom qui revient d’une baignade avec Olli, s’arrête dans un bar pour lui commander une limonade, mais alors qu’il a le dos tourné, son fils disparaît. A-t-il été kidnappé? S’est-il perdu? On n’en sait rien et dès lors, la police fait tout ce qu’elle peut pour le retrouver : en vain. Huit ans plus tard, Tom n’a toujours pas encaissé le coup et revient sur les lieux du crime avec de nouveaux indices,  déterminé à connaître la vérité. Mais depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts et sa mission serait vouée à l’échec, n’eût été l’aide du détective à la retraite Julien Baptiste (Tchéky Karyo) qui s’était occupé du dossier à l’époque. Découvriront-ils enfin ce qui s’est passé? Acclamée au MIPCOM qui s’est tenu en octobre à Cannes, The Missing est l’une des plus poignantes séries de l’automne avec des acteurs exceptionnels et une trame narrative qui ne nous laisse aucun répit. Après seulement trois épisodes, on est loin d’être rassasié et ce petit bijou ne laissera personne indifférent.

Plus qu’un simple fait divers

Le destin est loin d’être tendre envers les Hugues. D’abord, c’est leur voiture qui tombe en panne, ce qui fait qu’ils n’ont d’autre choix de que séjourner dans ce petit village en attendant la réparation. Puis, alors qu’il se fait tard, Olli convainc son père d’aller nager. Et voilà qu’en cinq secondes à peine, tout est fini. Du moins, le croit-on. La police a beau retenir et interroger les clients du bar et inspecter tous les environs, rien n’y fait. Tom et Emily sont dévastés et plus le temps passe, moins il y a d’espoir. Huit ans plus tard, Tom n’a pas fait son deuil et tombe sur une photo téléchargée sur Facebook : en arrière-plan, il y a un garçon d’origine asiatique qui porte autour de son coup une écharpe jaune qui a appartenu à Olli. Ce détail intrigue aussi le détective à la retraite Julien qui décide de l’aider dans ses recherches. Dans une friperie, ils parviennent à trouver l’adresse du donateur de l’écharpe. Sur place dans la maison, la propriétaire avoue qu’elle et son mari étaient en vacances, mais lorsqu’ils se rendent au sous-sol, ils retrouvent sur un mur un dessin que seul Olli aurait pu exécuter. Cet élément de preuve finit par convaincre (non sans peine) le maire de rouvrir l’enquête, mais avec des moyens limités. L’enquête avance à pas de tortue, mais tout porte à croire qu’il s’agit d’un enlèvement.

Fort heureusement, The Missing porte à 100 % l’empreinte de la BBC et rien de Starz, si ce n’est le financement. Car ce dont il est question à la base, c’est d’un fait divers et plutôt que de tomber dans le sensationnalisme qui caractérise assez bien cette chaîne américaine à la programmation schizophrène, on privilégie la méthode anglaise, c’est-à-dire beaucoup plus subtile, mais qui nous tient tout de même en haleine. Au printemps dernier, ITV diffusait The Widower, tirée d’un fait vécu concernant un homme qui avait tué sa première femme et avait essayé de faire de même avec ses deux suivantes. Bien que très divertissante, on partait du point A pour se rendre au point Z dont on connaissait déjà la teneur. Dans The Missing, les autres lettres de l’alphabet nous intriguent tout autant. IIl s’agit d’un véritable coup de force que d’être capable de retenir notre attention concernant une enquête que l’on sait déjà sans issue puisque huit ans plus tard, rien n’est réglé. Parmi les principaux suspects : un pédophile qui se trouvait sur les lieux du crime, un homme d’affaires véreux qui vient brouiller les pistes et un journaliste qui fait chanter un policier ayant un lourd secret : il garde le silence en échange de scoops concernant l’enquête. La série ici parvient d’une main de maître à nous faire penser exactement comme Tom : et si l’un d’eux était réellement le criminel? Les scénaristes ne nous montrent pas toutes ces scènes pour rien après tout… Et voilà que ça vient nous obséder, nous aussi.

Happer le téléspectateur

Quiconque a lu le synopsis avant de commencer The Missing sait qu’Olli disparaîtra et on redoute cet instant dès que le pilote se met en branle. Et c’est justement lorsque survient la disparition qu’on adopte la série. À ce moment, Tom est doublement isolé. D’une part, il ne parle pas le français, donc personne ne peut l’aider et d’autre part, son désespoir contraste avec la liesse populaire alors que la France est en train de battre le Brésil. Puis, on entend un son strident qui vient camoufler celui des amateurs qui reflète bien l’état de panique du père et qui se transmet jusqu’à nous. Comme lui, on repense à cet instant où il a tourné le dos pour acheter une limonade. Comme lui, on veut croire aux indices qu’il trouve, aussi minimes soient-ils. Alors qu’Emily, sur le coup, se réfugie dans la prière et plus tard, tente (en vain) de passer à autre chose, Tom ne baisse jamais les bras. Lorsque huit ans plus tard il revient à Chalons, il n’est plus que l’ombre de lui-même, un peu trop porté sur la boisson et parcourant les rues avec une photo de son bambin, demandant aux passants s’ils l’ont vu, comme si le temps s’était arrêté. Lorsqu’Emily le revoit, elle lui dit : « You’re looking at shapes in the clouds and try to make sense of them ». Cet acharnement, à la fois pathétique et touchant a le don de venir nous chercher.

La presse est unanime, The Missing est un incontournable de l’automne et la série compte une solide moyenne de 5,5 millions de téléspectateurs chaque semaine. Au niveau des émotions, The Missing s’apparente de beaucoup à Broadchurch, à la différence que dans la série de BBC, les personnages principaux ne sont pas des policiers, mais les parents de la victime, ce qui crée encore plus d’émotions. De plus, Tom doit enquêter par la bande avec des ressources restreintes, ce qui rend son cas encore plus désespéré. Au moins dans la série d’ITV, un corps avait été retrouvé. Ici, on ignore ce qu’il est advenu d’Olli.  Une chose est sûre, cette série ne s’abandonne pas en cours de chemin et on appréhende une finale que l’on imagine inéluctablement poignante.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s