The Game (2014): une guerre qui nous laisse de glace

The Game est une nouvelle minisérie de six épisodes diffusés depuis le début octobre sur les ondes de BBC America et BBC Canada. L’action se déroule à Londres en 1972, alors que le MI5 (l’équivalent du FBI en Angleterre) apprend de la bouche d’Arkady Manilov (Marcel Lures), un ancien officier du KGB, que les Russes sont sur le point de mettre à exécution l’Opération Glass qui pourrait à jamais changer le cours du rapport de force à l’avantage de la Russie en pleine guerre froide. Daddy (Brian Cox) qui est à la tête du service secret britannique fait appel à un groupe d’agents, dont Joe Lamb (Tom Hughes), un être aussi perspicace qu’énigmatique, afin qu’ils débusquent tous les espions russes associés à cette opération qui fait craindre le pire. Cependant, le plus grand défi des membres de l’équipe est de savoir en qui ils peuvent avoir confiance, ce qui n’est pas chose facile puisque tous semblent jouer un double jeu. Création de Toby Whitehouse, plus connu pour ses séries mélangeant science-fiction et fantastique telles que Being Human et Dr Who, ce thriller d’espionnage a de quoi nous laisser circonspect. Si dans le premier épisode (le seul analysé par les journalistes et qui a récolté des critiques dithyrambiques), on est admiratif de la mise en scène et du scénario rempli de mystères à élucider, rendu à la mi-saison (donc à l’épisode 3), on s’étonne de la redondance des intrigues, du manque d’action et de ne toujours pas en savoir assez sur notre personnage principal : Joe.

Quelques repères s’il vous plaît…

Qu’est-ce que l’Operation Glass? On n’en sait que peu de choses sinon qu’elle doit être prise au sérieux et Daddy ne perd pas une seconde en mettant sur le coup des agents chevronnés. L’élément clé de toute la mission est sans conteste Joe. Feuille de route impressionnante, stratège, c’est surtout sa duplicité qui transparait dans les épisodes. Peu chaud de se joindre à l’équipe au départ, il change complètement d’avis lorsqu’il apprend que le MI5 tente de traquer un agent russe dont le nom de code est « Odin ». En effet, plusieurs flashbacks nous montrent Joe quelques années plus tôt en compagnie d’une Russe qui est certainement mêlée au monde de l’espionnage et dont il s’est amouraché. Lors d’une rencontre avec Odin, Joe tente de négocier : en échange de renseignements, ils laisseront la vie sauve à sa bien-aimée. Mais ses acolytes ne veulent rien savoir : ils kidnappent Joe et tuent celle-ci.

Dans les épisodes suivants, le MI5 a donc pour mission de retracer tous les agents russes réactivés. Ainsi, dans le second, l’équipe retrouve la trace de Tom Mallory (Steven Mackintosh). Celui-ci doit extirper des informations à Valerie Parkwood (Emma Feilding), la secrétaire du premier ministre. Seulement, le tout se complique alors que le MI5 se mets à soupçonner celle-ci d’être aussi une espionne. Puis, tout le troisième épisode tourne autour de Kate Wilkinson, une autre supposée agente réactivée. La tension monte alors que Joe qui la suit au pas découvre qu’elle est capable d’avoir accès aux bases de données américaines, tout ça pour se rendre compte au final qu’elle travaille pour le MI6!

Dans le pilote de The Game, tous les ingrédients sont sur la table pour nous offrir un met somptueux. D’ailleurs, Scott von Doviak dans son élogieuse critique du pilote écrivait ceci : « Hughes (…) is playing a character meant to be an enigma with unclear loyalties. (…) In practice, this means his performance is frustratingly opaque at times, although this is likely a first-episode problem that will resolve itself as the miniseries progresses. » Justement, la personnalité de Joe ne nous est pas plus révélée au cours des épisodes suivants et on commence à se lasser. La série joue sur le concept de qui dit vrai, qui dit faux; qu’il s’agisse des membres du MI5 ou des espions qu’ils traquent. Tout est à refaire à chaque épisode et le téléspectateur n’est pas plus avancé. Ajoutons à cela beaucoup de dialogues et très peu d’action; on finit par s’ennuyer ferme.

Guerre froide : un genre difficile à exploiter

Chaque série d’époque a sa signature. Alors que Downton Abbey, The Paradise ou Mr Selfridge nous impressionnent grâce à des costumes fastes et une hiérarchie des classes, avec ses codes que rien ne semble pouvoir ébranler, on a des séries policières telles que Murdoch Mysteries, Poirot ou Les Petits Meurtres d’Agatha Christie qui nous charment justement parce que l’on s’éloigne de nos technologies hyper sophistiquées et où le métier de détective retrouve toutes ses lettres de noblesse. C’est aussi le cas lorsqu’on nous transporte dans une fiction comme The Game qui prend place dans les années 70, donc en pleine guerre froide. Les outils technologiques dont se servent les protagonistes sont somme toute rudimentaires quand on compare à aujourd’hui et on sourit à plus d’un moment. Il faut aussi donner crédit à Whitehouse qui nous offre une mise en scène convaincante. Les images manquent d’éclat et semblent quelque peu brunies à l’image des films de l’époque ou des diapositives. Mentionnons aussi la trame sonore qui n’est pas sans nous rappeler les airs d’Henri Mancini tout droit sortis d’un épisode de Columbo.

Le problème est ailleurs : le contexte social. À l’opposé des deux premières guerres mondiales, la guerre froide n’a pas débouché sur un conflit armé, puis une victoire totale. Ce qui se dégage de cette période, c’est la peur et l’incertitude, mais ces sentiments sont difficilement transmissibles aux téléspectateurs lorsqu’on sait que rien de vraiment dramatique ne se produira en fin de compte : non, l’Angleterre ne deviendra pas communiste. Oui, le mur va s’effondrer, mais ce sera davantage dû à la lassitude d’un régime plutôt qu’à une victoire décisive de l’autre camp. La dernière série à avoir essayé de traiter d’une telle période historique était The Assets d’ABC qui a été éliminée après seulement deux épisodes. Gageons que si The Game avait été diffusée à l’antenne d’un des grands networks, on n’aurait pas donné cher de sa peau…

The Game a attiré 160 000 téléspectateurs lors de son premier épisode et au troisième, l’auditoire avait fondu de moitié pour se retrouver à 80 000. Tout de même : Intruders lancée à la fin de l’été 2014 avait fait une moyenne de 40 000, donc on peut parler d’un certain succès dans ce cas-ci. Chaîne encore toute jeune dans les produits originaux, BBC America nous a prouvé qu’elle pouvait exceller dans toutes sortes de genres, qu’on soit dans le thriller avec Orphan Black, ou dans la comédie avec Almost Royal. Dans ce cas-ci, meilleure chance la prochaine fois…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s