Transparent / The McCarthys (2014): familles « marginales »

Transparent est la nouvelle série d’Amazon dont les dix épisodes ont été mis en ligne d’un coup le 26 septembre. Cette comédie dramatique est centrée autour de la famille Pfefferman alors que tous ses membres traversent une crise existentielle, en particulier le patriarche, Mort (Jeffrey Tambor), qui est en plein processus de changement sexe afin de devenir Maura. Lent coming out s’il en est un, il tergiverse longtemps avant d’en informer ses enfants Sarah (Amy Landecker), Josh (Jay Duplass) et Ali (Gaby Hoffmann). De son côté, The McCarthys est une nouvelle sitcom de 13 épisodes diffusée sur les ondes de CBS depuis la fin octobre. On se retrouve cette fois chez la famille McCarthy vivant à Boston dont tous les membres sont des fans inconditionnels de basketball, exceptés la mère Marjorie (Laurie Metcalf) et un de ses fils Ronny (Tyler Ritter), lequel est ouvertement gay. Ce dernier tente de prendre ses distances avec le clan, mais ce n’est pas chose facile quand on connaît mieux le caractère pour le moins hermétique de la maisonnée. Les deux séries, bien que de genres différents, ont pour point commun de mettre en scène des protagonistes marginaux, mais c’est avant tout le concept de la famille qui est approfondi; nous offrant un bon moment de divertissement.

Transparent : belle surprise d’Amazon

L’action commence alors que Mort convoque ses trois enfants à souper afin de leur annoncer son éventuel changement de sexe. Le hic est qu’il est transi de peur et leur avoue à la place qu’il planifie de vendre la maison. Cette nouvelle en soi est suffisante pour provoquer l’ire des deux filles et du fils qui dès lors ne l’écoutent plus. Sans pour autant les défendre, force est d’admettre que chacun d’entre eux vit un moment difficile, ce qui en somme les met tous plus ou moins dans le même bateau. L’aînée, Sarah est mariée et mère de deux enfants, mais voit sa routine ébranlée lorsqu’elle revoit son ancienne copine de collège, Tammy (Melora Hardin), avec laquelle elle a eu une liaison à l’époque. Aussitôt réunies, elles (re) tombent en amour et Sarah décide de tout avouer à son mari et de le laisser. De son côté, Josh est un producteur de musique qui accumule les conquêtes. La récréation se termine lorsque l’une d’entre elles lui annonce qu’elle est enceinte de lui et que plus tard, elle se fait avorter sans son consentement. Enfin, il reste Ali qui est éternellement sans emploi et sans argent. Elle aussi multiplie les conquêtes et prend beaucoup de drogue. Mal dans sa peau, elle tente de prendre des cours de mise en forme, mais finit par coucher avec son instructeur à la place.

La créatrice de Transparent, Jill Solloway, s’est déjà illustrée dans d’autre fictions qu’on n’oubliera pas de sitôt : United States of Tara et Six Feet Under. En entrevue, elle admettait s’être inspirée de sa propre famille lors de la création de la fiction d’Amazon puisque son père a subi un changement de sexe. Et c’est justement ce réalisme qui émane de la série. Le personnage de Mort est criant de vérité, car jamais on ne s’apitoie sur son sort, pas plus qu’il n’est tourné en dérision lorsqu’on le voit habillé en femme. D’ailleurs, plusieurs employés transsexuels ont participé au tournage, devant ou derrière la caméra afin « qu’il n’y ait aucun genre en majorité » toujours selon Solloway ; une initiative qui porte assurément ses fruits.

Mais on est surtout surpris que cette fiction ait été produite par Amazon, prouvant par là qu’elle dispose d’une équipe de talent comparable à celle de HBO. C’est que l’entreprise qui oeuvre dans le commerce électronique a pris pour habitude de mettre en ligne gratuitement plusieurs pilotes de fictions en tous genres et de faire voter le public pour ensuite développer en plusieurs épisodes les plus populaires. Si au premier coup d’œil l’idée a du bon, reste qu’en produisant toujours ce que le public veut voir, le danger est qu’on se retrouve avec une homogénéité des contenus et que toute initiative de sortir du moule en vue d’amener le téléspectateur hors des sentiers battus soit crevée dans l’œuf, comme l’explique Pierre Sérisier dans son analyse sur la question. Pourtant, les gens ont voté en masse pour Transparent, ce qui fait qu’on a la chance de savourer la série aujourd’hui. C’est peut-être là l’avantage qu’a le web sur les grands networks : ceux-ci s’évertuent à plaire au plus grand nombre en offrant la plupart du temps des contenus conservateurs, alors qu’à l’inverse, Amazon, encore plus que le câble, a une liberté de créer des fictions de niche certes, mais l’auditoire ne se limite pas aux seuls États-Unis; il est mondial. Reste à savoir si à long terme le modèle sera rentable ou pas.

The McCarthys : gay ou pas…

Que l’on s’entende, The McCarthys est loin de réinventer la roue. Pour la promouvoir, on a mis l’accent sur le fait que le personnage principal soit ouvertement homosexuel, mais il reste que la sitcom est entièrement axée sur la famille. Comme l’écrit Brian Lowry dans sa critique : « Truth be told, though, at least initially Ronny being gay plays like little more than a sitcom device ». En effet, il vit dans le même bloc appartement que ses parents, est célibataire et les gags tournent surtout autour de cette famille dysfonctionnelle. À l’inverse de Ronny, ses deux frères Sean (Jimmy Dunn) et Gerard (Joey McIntire) sont des mordus de sport alors que leur sœur Jackie (Kellen Coleman) est enceinte d’un coach qui décède lors du premier épisode. Reste Marjorie, hyper possessive de son fils gay avec qui regarder un épisode de The Good Wife est devenu une religion. Malgré un format somme toute conventionnel, The McCartys peut compter sur des gags qui fonctionnent et des acteurs dotés d’un sens inné du comique qui livrent la marchandise. À défaut d’essayer de trop en faire ou de sortir de sa zone de confort, la série parvient à faire rire son public, ce qui est déjà une réussite en soi.

Sans connaître les chiffres, on imagine que l’auditoire ne pouvait se contenter de seulement dix épisodes de Transparent puisqu’Amazon a commandé une seconde saison qui verra le jour en 2015. Quant à The McCarthys, c’est en moyenne 6,84 millions de téléspectateurs qui ont suivi les quatre premiers épisodes. Un score pas trop mauvais, mais en deçà des chiffres habituels que récolte CBS. Tout comme NBC avec Bad Judge et A to Z, la chaîne y est allé de comédies pour faire concurrence à la nouvelle série d’ABC How to Get Away With Murder. La barre était beaucoup trop haute et on espère que ce mauvais choix de programmation n’entravera pas les chances pour la sitcom de récolter une seconde saison.

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