Black-ish / Cristela (2014) : réflexion sur les vieux clichés

Black-ish est une nouvelle comédie diffusée depuis la fin septembre sur les ondes d’ABC aux États-Unis et Global au Canada. On y suit le quotidien des Johnson, une famille noire vivant dans un quartier huppé de Los Angeles alors que le père Andre (Anthony Anderson) vient d’être promu vice-président sénior de la division urbaine de la compagnie de publicité Stevens & Lido. Si cette nomination a de quoi le combler, le protagoniste s’interroge toutefois s’il n’a pas hérité de cette promotion à cause de la couleur de sa peau. De son côté, Cristela est une nouvelle sitcom diffusée depuis la mi-octobre aussi sur ABC. L’action se déroule à Dallas alors que la jeune Latino-Américaine Cristela (Cristela Alonzo) vient tout juste de décrocher un stage (non rémunéré) dans un prestigieux cabinet d’avocat. Elle vit pour le moment chez la famille de sa sœur Daniela (Maria Canals Barrera), laquelle héberge aussi sa mère Natalia (Terri Hoyos) et ces deux femmes n’en manquent pas une pour critiquer ses différents choix de vie. Ces nouveautés d’ABC ont pour point commun de centrer l’action au sein de familles de couleurs qui toutes deux y vont d’autodérision sur les clichés associés à leurs races, mais en empruntant des voies bien différentes. L’une reste trop conservatrice dans son traitement alors que l’autre colle beaucoup mieux à notre modernité.

Black-ish : quelles valeurs?

Après avoir été promu, Andre se met à se questionner sur sa propre identité, notamment parce qu’il déplore une perte de repères (les siens) chez ses enfants, en particulier son fils aîné, Andre Junior (Marcus Scribner) qui approche l’adolescence. Ce self-made man qui a grandi dans un milieu plutôt pauvre a tout fait pour que sa famille ne connaisse pas la même réalité, mais justement, en envoyant ses enfants dans des écoles très prisées où étudient en grande majorité des blancs, il cherche à leur inculquer un peu de son héritage noir, sans trop savoir en quoi il consiste. Dans le premier épisode, son fils veut se convertir au judaïsme seulement pour avoir une bar mitzvah alors il tente de l’initier à quelques rites africains (bien qu’aucune des présentes générations ne soient issues de ce continent). Dans le troisième, Andre cherche des amis noirs pour son fils et essaie de l’initier au basketball, mais ce dernier préfère le hockey sur gazon.

Au premier coup d’œil, Black-ish peut sembler rétrograde dans son discours, étant donné que l’égalité entre blancs et noirs est somme toute acquise aux États-Unis. Mais à bien y penser, cette question de l’identité mérite d’être posée, ici, sous le couvert de la comédie. Comme l’écrit Tim Goodman dans sa critique : « Black-ish has something to say about cultural identity and parenting and the changing world around us. Those are universal issues, and Black-ish is a true bright spot in a bleak fall TV landscape ». La série nous offre aussi différents point de vue sur le sujet, notamment celui très libéral de la femme d’Andre, Rainbow (Tracee Ellis Ross) et du grand-père, Pops (Laurence Fishburne), plutôt vieux jeu. Les protagonistes ne peuvent vraiment prendre pour modèle l’Afrique, pas plus que les blancs se référeraient à l’Angleterre. Quant à la religion qui pourrait les définir, elle n’occupe pas vraiment de place dans leurs vies, à l’opposé du catholicisme encore bien présent au sein des communautés sud-américaines. En programmant Black-ish tout de suite après Modern Family, ABC se démarque dans cette case horaire du mercredi soir en embrassant une certaine modernité.

Cristela : Alozon sauve la mise in extremis

Cristela est un peu le mouton noir de la famille puisqu’elle n’épouse pas les mêmes valeurs que le reste de sa famille. Célibataire et carriériste, sa mère la préférerait à l’image de Daniela : mariée, au foyer et élevant des enfants. Plusieurs des lignes scénaristiques des épisodes vont d’ailleurs en ce sens. Dans le premier, elle inscrit en douce sa nièce à des leçons de soccer alors qu’elle était sensée rejoindre le cours de meneuses de claques. Dans le second, Daniela l’inscrit sur un site de rencontre, espérant qu’elle se casera rapidement. Dans l’épisode suivant, une amie riche de sa sœur prend Cristela pour la bonne et la jeune femme accepte de jouer le jeu pour faire plaisir à sa famille. Quant à son stage, son patron ne lui demande que des futilités comme préparer un café ou ranger des documents, si bien que l’action aurait pu se dérouler dans n’importe entreprise.

Là où Cristela fait bien est lorsqu’il est question d’autodérision. En effet, l’actrice principale est une humoriste stand-up de formation. Ici, elle rédige les textes en plus d’être co-créatrice de la série. Alonzo n’a donc pas peur du ridicule et quelques piques lancées par son patron se révèlent assez amusantes comme lorsqu’il dit à sa stagiaire : « You can’t swim? How did you get to Texas? », « Besides, if you’re no good, I can report you to the I.N.S ». Il est aussi rafraîchissant dans le pilote de voir l’actrice lâcher quelques fous rires en même temps que la foule, ce qui amène une bonne ambiance sur le plateau. Par contre, Alonzo ne peut à elle-seule porter tout le poids de la série sur ses épaules et en général, tout le concept a été maintes fois repris dans les sitcoms, à commencer par le rôle qu’occupent les personnages secondaires, comme l’écrit Margaret Lyons dans sa critique : «the sort of stock characters you’d expect: the disapproving mom, the bimbo co-worker, the precocious child, the neighbor who always swings by ». Du coup, on force un peu la note sur plusieurs leitmotivs, davantage par convention que parce qu’ils ont des lignes de dialogues vraiment hilarantes à nous expédier (le beau-frère qui hait Cristela, quoi qu’elle fasse, le voisin obèse qui ne peut s’empêcher de flirter avec elle, persuadé qu’elle est amoureuse de lui, etc.) En somme, un divertissement correct, mais qui ne nous laisse pas avec une grande impression.

Le public a répondu présent au pilote de Black-ish puisqu’ils étaient plus de 11 millions devant l’écran. Ces chiffres ont évidemment baissé, mais restent tout de même hauts (près de 8 millions par semaine), si bien qu’ABC a renouvelé la série pour une saison complète de 22 épisodes. De son côté, Cristela ne s‘en tire pas si mal avec une moyenne de 5,7 millions de téléspectateurs pour les quatre premiers épisodes, mais on peut déjà s’interroger sur son avenir. En effet, ABC a tendance à jongler avec sa case horaire de 20 h 30 les vendredis (The Neighbors, Malibu Country, Shark Tank, etc.) : dossier à suivre.

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