Glue (2014): poésie meurtrière

Glue est une nouvelle série de huit épisodes diffusée depuis la mi-septembre sur les ondes de E4 en Angleterre. L’action se déroule à Overton, un petit village (fictif) situé dans la campagne anglaise. Au départ, on est exposé à la vie d’adolescents (Annie (Jessie Cave), James (Billy Howle),  Janine (Faye Marsay), Rob (Jordan Stephens) et Tina (Charlotte Spencer)) qui ne savent plus que faire pour tromper l’ennui. Mais le quotidien de ces jeunes travaillant pour la plupart dans des fermes ou au centre d’équitation local est bouleversé lorsqu’un beau jour on découvre le corps de Cal (Tommy Knight), un jeune garçon de 14 ans qui passait du temps quelquefois avec eux. Dès que la police s’en mêle, les regards sont braqués sur cette bande qui cache plus d’un secret. Au fil des interrogatoires et des preuves accumulées, les langues se délient, mais après trois épisodes, on est encore loin de pouvoir identifier le tueur. Lorsque venait le temps de promouvoir la série avant sa sortie, on la décrivait comme étant un croisement entre Broadchurch et Skins (d’ailleurs, le créateur, Jack Thorne a scénarisé plusieurs épisodes de cette dernière) et on ne pourrait toucher plus juste. Glue est un captivant suspens qui intrigue tant  pour le mystère opaque qui couvre les protagonistes et potentiels suspects que pour sa mise en scène soignée, dépeignant une campagne à la fois bucolique et dangereuse. Et les hypothèses n’en sont qu’à leurs premiers balbutiements…

Personnages hermétiques

Ce qu’il y a d’intéressant avec Glue, c’est sa manière de peu à peu dévoiler ses personnages, mais en prenant son temps et titiller assez le téléspectateur pour qu’il ait envie de revenir pour un second épisode. La série s’ouvre sur une fête entre amis. Ceux-ci s’amusent à faire des plongeons dans les grains d’un silo pour ensuite consommer de la drogue et de l’alcool. Bien que ces jeunes ne correspondent pas à des stéréotypes, on peut tout de même déceler certains traits de leur caractère. James est le type solitaire par excellence. Il travaille pour la ferme de sa mère et cette dernière lui met beaucoup de pression pour qu’il prenne le relais éventuellement. Janine est très indépendante et travaille en tant que vétérinaire au centre d’équitation. Elle et Tina passent beaucoup de temps ensemble puisque cette dernière adore courir à cheval. Son tempérament bouillonnant s’accorde mal avec celui de son petit ami Rob, qui veut toujours s’éclater et qui a un piètre sens des responsabilités. Reste Annie, assez discrète et surtout suiveuse, dont on ne sait pas grand-chose pour le moment. S’ajoutent aussi deux outsiders : Eli (Callum Turner) qui n’est nulle autre que le grand frère de Cal et Ruth (Yasmine Page), une policière chargée de l’affaire et de l’âge des autres protagonistes.

Après le meurtre, le rideau tombe pour la plupart d’entre eux. Alors que se déroulait l’acte tragique, Rob trompait sa petite amie avec Janine, c’est pourquoi il hésite à dire la vérité aux policiers lorsqu’il est interrogé. Les choses se corsent lorsqu’il reçoit par courriel la vidéo de ses derniers ébats de la part d’un destinataire inconnu. Chantage? Pourtant, personne ne se manifeste. Jamie ne dit pas grand-chose et c’est justement ce silence qui effraie. Le jour de son 18e anniversaire, Rob lui organiste une grande fête, mais il n’en a que faire depuis que sa sœur Bee (Phoebe Waller-Bridge) est de retour au village et veut le convaincre de partir avec elle afin qu’il poursuive ses études. S’ensuit ce dialogue : Bee: « This place is poison » James: « this is where I belong ». Lorsqu’il se retrouve enfin seul, il se met à caresser un veau, disjoncte et tord le cou de l’animal… Quant à la victime, Cal, il était loin d’être un enfant de choeur. Eli découvre plus tard qu’il se prostituait pour arrondir ses fins de mois, alors qu’à la veille de son meurtre, Ruth tombe sur une vidéo de surveillance le montrant ayant une altercation violente avec Dom (Tommy McDonnell), le propriétaire du centre d’équitation.

L’ensemble de ces protagonistes conviendrait à une nouvelle saison de Skins. On a différentes personnalités, mais qui ont tous en commun d’afficher ce mélange d’insouciance et de fureur de vivre. Bien peu d’adultes sont présents au cours des épisodes et on sent que ces jeunes sont laissés à eux-mêmes, pour le meilleur et pour le pire. Lorsque le meurtre de Cal qui survient, on nous amène ailleurs en nous faisant découvrir un visage beaucoup plus sombre de la bande. C’est à ce moment qu’on peut faire un lien avec l’univers de Broadchuch. Vrai whodunnit s’il en est un, l’enquête n’est pas vraiment axée sur la récolte d’indices et de témoignages. On préfère mettre à nu chacun des personnages, mais pas dans une salle d’interrogatoire. On  nous révèle une part de leur sensibilité, de leur vulnérabilité et pourtant, même après cet exercice, on peine à croire que l’un d’entre eux soit le meurtrier : ils sont tout simplement humains. Comme l’écrit Rob Smedley dans sa critique :  « With so much crime drama on these days turning your TV into a licence-fee Cluedo, you’d think by now we’d have learned how to spot a guilty character in ten lines of dialogue or less. It’s to Glue‘s strength, both in the brio of the writing and performance, that no one sticks out as ‘murderery’. »

La campagne : plus efficace?

Encore une fois, Glue présente un très bon alliage entre les deux fictions mentionnées plus haut. Peut-être inspirée de Skins dont la mise en scène trouve son apogée à la saison 7, la présente série joue avec les mouvements de caméra, privilégie le brouillard, la couleur verte et les espaces infinis d’une remarquable beauté. On est vite enivré par ce calme que la mort de Cal vient ébranler. C’est là où l’on fait le parallèle avec Broadchurch. Lieu coupé du reste du monde, les habitants se côtoient régulièrement, mais sans se connaître. Le crime perpétré par l’un d’entre eux vient souiller cet espace bucolique et dès lors, on ne regarde plus la nature de la même façon. Ces paysages deviennent soudainement sinistres et de ces silences normalement apaisants émane désormais l’angoisse. On a préconisé ce même exercice de style qui s’est révélé très concluant dans Top of the lake, The red road et Rectify : comme quoi un champ peut devenir aussi effrayant qu’une ruelle sombre.

On peut être un peu déçu des cotes d’écoute de Glue pour le moment puisque les trois épisodes ont attiré respectivement 480 000, 220 000 et 150 000 téléspectateurs. Par contre, sur une période de 7 jours, le pilote est passé à 737 000 grâce aux différents modes de rattrapage. Quoi qu’il en soit, la série contient assez de mystère pour nous garder jusqu’à la fin, ne serait-ce que pour savoir qui est le meurtrier. Et pour les mauvaises langues qui voudraient accuser la création d’E4 d’avoir voulu surfer sur le succès de Broadchurch pour s’attirer de l’auditoire, le producteur exécutif, Jamie Campbell a révélé que Glue avait été commandée durant la même semaine que celle d’ITV. Quand les astres s’alignent…

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