Chasing Shadows (2014): trop facile

Chasing Shadows est une nouvelle série de quatre épisodes diffusés depuis le début septembre sur les ondes d’ITV en Angleterre. Le titre (« chasser les ombres ») fait justement référence à des individus qui ont disparu depuis un bail. Sont-ils morts? Ont-ils été kidnappés? Se sont-ils enfuis? Ce sont à ces interrogations que doivent répondre le sergent-détective Sean Stone (Reece Shearsmith), un homme désaxé dont les relations interpersonnelles sont quasiment nulles et l’analyste au Bureau des personnes disparues Ruth Hattersley (Alex Kingston), une mère célibataire qui voudrait prendre toutes les âmes en peine sous son aile. En tout dans la série, le duo est aux trousses de tueurs en série qui seraient à l’origine de deux disparitions (une adolescente et un avocat). Mais ces deux enquêteurs se rendront vite compte que les apparences sont trompeuses.  Cette prémisse est aussi captivante que son contenu. Chasing Shadows déçoit par sa suffisance avec son policier souffrant de troubles psychologiques et les supposés tueurs en série qu’il doit coffrer. Après des succès tels que Happy Valley ou Broadchurch, on se serait attendu à ce que cette nouvelle série anglaise fasse preuve d’un peu plus d’imagination.

Bien confortable

Alors que la police livre un point de presse concernant un meurtre, Sean avoue qu’il aurait dû prévenir le crime, ce qui lui vaut d’être transféré au Bureau des personnes disparues. En effet, les ordres n’apprécient pas spécialement son franc-parler, caractéristique de ce personnage qui n’a aucun filtre. Par contre, ses nouvelles fonctions l’occupent tout autant. C’est qu’une adolescente, Taylor Davis (Letitia Wright) a disparu depuis plusieurs semaines. Celle-ci consultait plusieurs fois par jour un site web promouvant le suicide alors aucune option n’est écartée. Sean et Ruth se rendent compte que plusieurs autres membres du site se sont récemment suicidés, mais que ces « supposés morts » continuent à correspondre avec le groupe. Dès lors, les détectives soupçonnent qu’un tueur en séries, se faisant passer pour un adolescent, tente d’attirer vers lui des jeunes vulnérables.

Dans le troisième épisode, c’est l’avocat Stephen Eli (Menshah Bediako) qui n’a pas donné signe de vie depuis un an. Ce père célibataire n’était pas des plus loquace, si bien que les indices sont minces pour le retrouver. Par contre, Sean réussit à établir un pattern entre cette disparition et celle d’une autre victime qui elle, avait été éliminée par le tueur en série Leonard Vance (Paul Ritter). Depuis que celui-ci s’est fait pincer, il a été transféré dans un asile psychiatrique. Sean et Ruth le confrontent, mais il semble avoir perdu la mémoire. Ils décident par la suite de l’amener sur les lieux du crime, mais Leonard est pris de vertiges et doit repartir en ambulance. C’est à ce moment que Sean en déduit qu’il n’est pas le tueur, mais un témoin du drame.

Sans être mauvaises, ces deux enquêtes de Chasing Shadows n’ont rien d’extraordinaire. Mais ce qui rend la série pâlotte, c’est lorsqu’elle tente de se démarquer parce qu’elle tombe justement dans ce qu’il y a de plus typique dans les séries policières. Dans le premier épisode, Sean insiste sur le fait qu’il est un spécialiste des « multiple killers » et non des tueurs en série; ces derniers n’existant seulement qu’au cinéma avec une notoriété qui n’existe pas dans la vraie vie.  Il est vrai que des derniers temps, la télévision nous a offert son lot de tueurs fascinants, qu’il s’agisse de Bates Motel, Hannibal, Cult, The Fall ou True Detective.  Dans la série d’ITV, ce type de meurtrier n’est utilisé que pour la forme puisqu’ils s’avèrent être innocents en fin de compte. Du coup, le vrai tueur n’a aucune « aura » parce qu’insoupçonné jusqu’à la fin et c’est la même chose pour les victimes qui n’ont aucune profondeur, ce qui rend ces enquêtes moyennement enlevantes. Ne reste plus que les détectives sur qui s’appuyer, mais ce n’est clairement pas assez pour nous garder rivé à notre téléviseur.

Pour la forme

Autant les tueurs en série sont un prétexte dans Chasing shadows,  autant ce duo mal assorti donne l’impression d’une solution scénaristique un peu trop facile. Comme l’écrit Christopher Stevens dans sa critique : « Chasing Shadows is unconvincing because it has begun the wrong way round: ‘Look how different these two people are,’ it chortles, ‘and see how weird this one is . . . now, let’s make up a story about them ». Ruth est tout ce qu’il y a de plus normal. Elle se dévoue à ses enquêtes, sans pour autant négliger sa vie familiale. Pour Sean, c’est une autre histoire. Pour commencer, il n’éprouve aucune empathie pour autrui. De plus, il communique au minimum avec ses proches et ne répond jamais à son cellulaire (ce qui est peu probable étant donné les urgences auxquelles il est confronté). Incapable de mentir, ce qui explique son renvoi de la police dans le pilote, il n’y va pas non plus par quatre chemins lorsque vient le temps d’interroger des suspects ou des proches des victimes.

Mais de quoi souffre-t-il au fait? La série nous offre comme diagnostic que cette phrase prononcée par Ruth : « I’m not entirely sure if it’s medical but it’s not personal ». Il est courant que des détectives dans des séries souffrent de certains maux, et ce, quand ils ne sont pas carrément dépressifs. Sonya Cross (The Bridge, version américaine) souffre du syndrome d’Asperger,  Will Graham (Hannibal) est encéphalique alors que Sherlock dans la série du même nom est légèrement autiste. Dans Chasing Shadows, le comportement pour le moins bizarre de Sean ne nous est jamais expliqué. Autant conclure qu’il est anormal aux seules fins que cela produise un duo déséquilibré, mais qui fonctionne malgré tout puisque chacun à ses forces. Un détour scénaristique un peu trop facile…

Chasing Shadows a réuni près de 3,4 millions de téléspectateurs lors du premier épisode et il en restait 2,7 pour les deux suivants. La série a au moins réussit à retenir son auditoire après la conclusion de la première enquête, ce qui est déjà pas si mal, puisqu’il n’y avait aucun élément scénaristique se basant sur le long terme susceptible de nous convaincre à tenter le coup pour une seconde fois. En tous les cas, le futur de la série demeure incertain. À titre d’exemple et toujours sur les ondes d’ITV, Breathless en 2013 avait attiré en moyenne 2,5 millions de téléspectateurs et n’avait pas été reconduite. À suivre.

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