Matador (2014) : espionnage à la Disney

Matador est une nouvelle série de 13 épisodes diffusée sur les ondes d’El Rey aux États-Unis depuis la mi-juillet.  Nous sommes à Los Angeles alors que le policier Tony Bravo (Garbriel Luna), spécialisé en filatures, est remarqué par les agents de la CIA Tyler Winslow (Mark Conlon) et Annie Mason (Nicky Whelan) qui lui proposent de s’infiltrer au sein de l’équipe de football des L.A. Riots en tant que… joueur professionnel. Le but est de les tenir au courant des activités supposément louches du patron de l’équipe, Andrés Galan (Alfred Molina). Mais voilà que le jeune homme s’impose très vite sur le terrain et qu’il est propulsé au rang de star sur les réseaux sociaux. Au fil du temps, Tony devra composer tant bien que mal avec ce nouveau statut, tout en s’acquittant de la mission qui lui a été confiée. Deuxième série originale d’El Rey, on ignore toujours après trois épisodes si Matador se prend au sérieux ou non. La prémisse et les intrigues qui s’en suivent sont peu crédibles, mais la série, bourrée d’ellipses, fait son bout de chemin. Tout de même, cette innocence qui la caractérise veut bien plus que plusieurs productions qui pour pallier à leur médiocrité, usent un peu trop des coups de feu et de mares de sang pour retenir leur public.

Scénario à triples interlignes

C’est alors qu’il était en pleine course tentant de piéger un malfrat qu’Annie et Tyler ont eu l’idée de recruter Tony : puisqu’il court si vite, il sera un candidat idéal pour incruster l’équipe de football professionnelle qui tient justement un camp d’entraînement. Le principal intéressé a toujours aimé ce sport et s’embarque dans l’aventure. Non seulement il épate la galerie, mais il ne se laisse pas imposer par le capitaine de l’équipe, surnommé le « taureau », allant même jusqu’à le blesser et l’envoyer en convalescence pour quelques mois. Cet acte lui vaut un contrat d’un an avec l’équipe, mais en plus, quelqu’un avait filmé la scène, laquelle devient virale sur les réseaux sociaux. Tony est désormais le « matador » de l’équipe.

Entretemps, l’enquête continue alors que Margot (Elena Satine), une marchande d’art est victime d’un attentat, probablement perpétré par Galan. C’est son amie qui décède à sa place, mais le CIA charge Tony d’enquêter sur elle. Il fera même plus : il en tombera amoureux et couchera avec elle. Il se trouve qu’elle a assez d’argent pour remporter une mystérieuse statuette d’un bouddha dans une vente aux enchères que veut absolument Galan. Pour d’obscures raisons, ce dernier décide de renvoyer de l’équipe Tony, au grand dam de la CIA. Cependant, l’agent secret convainc le grand patron de le garder au sein de l’équipe, en échange de quoi il espionnera Margot pour son compte.

Dans Matador, on est d’abord étonné de la simpliste transition de Tony, d’agent secret à star du football. Sa rapidité et un entrainement supposément intensif avec une professionnelle sont suffisants pour le faire entrer dans la cour des grands. Pourtant, le matador n’en fait que peu de cas et c’est ce qu’il y a de suspect. Être payé des millions? Être adulé de toute une armée de fans? Voir sa vie étalée au grand jour ne le gêne guère, pas plus que d’accorder une entrevue à une journaliste, et ce, bien que son emploi premier requiert un minimum de discrétion. Alors, agent secret ou joueur professionnel? Tony vivote de façon nonchalante entre les deux. Il tombe amoureux de Beth? Il néglige sa mission par le fait même et prend même congé de l’entraînement pour passer un peu de temps dans son lit. Il est attendu par la CIA pour un plan de match? Il est trop occupé à faire la fête et boire: il a une bonne raison, c’est son bizutage.

On pousse donc la cohérence de la trame narrative à ses derniers retranchements, mais on ne franchit jamais la ligne jusqu’à tomber dans l’absurde. On se croirait presque dans une série familiale un peu à la Disney où le divertissement l’emporte sur le bon sens, peu importe la véridicité des situations. Comme l’écrit Robert Lloyd dans sa critique : « the shows and movies from which « Matador » takes inspiration and nods back toward were not much concerned with narrative logic either. They just needed to get their heroes to the next set piece, with enough color and comedy and motion to make you not mind the gaps. »

 

Matador 1, Gang related 0

La série d’El Rey comporte quelques similarités avec Gang Related, nouvelle série de Fox diffusée en mai. Dans les deux cas, le personnage principal est un agent secret, et même doublement. Tony se fait passer pour un joueur de football, mais offre même ses services de filature à Galan, alors qu’il est de la CIA. Dans GR, Ryan Lopez (Ramon Rodriguez) fait croire au baron de la drogue Javier Acosta (Cliff Curtis) qu’il a rejoint la police pour mieux protéger le clan, alors qu’en fait, il enquête sur ce dernier. Dans les deux cas, les protagonistes sont d’origine hispanique. Ces facteurs, au cœur de l’intrigue, sont exploités de façons complètement différentes et c’est sans conteste Matador qui marque un but. Les scènes d’action comme les poursuites ou les combats sont filmées de manières un peu cartoonesques (le monteur a manifestement un faible pour les zoom in et l’effet ralenti), alors que celle de Fox y va de carabines, matraques (il ne manque que les chars d’assaut) et que le sang fuse de partout. Cette série stigmatise aussi la communauté hispanique : pauvres, liés à la criminalité, sans scrupules, etc. alors qu’à El Rey, on fait peu de cas de l’origine ethnique qui n’a rien à voir avec l’intrigue : la famille Bravo est de la classe moyenne et se fond dans le paysage urbain de la Californie. Entre le spectaculaire et les clichés ou une fantaisie qui s’assume, Matador gagne le match!

Avant même la diffusion du premier épisode, la production a annoncé qu’elle renouvelait Matador pour une seconde saison. Sa première série originale diffusée en mars, From dusk till dawn, au aussi été renouvelée, bien qu’elle ait reçu un accueil modeste des critiques et du public. On peut affirmer que la chaîne n’est pas encore arrivée à maturité, notamment du côté fiction, mais elle est encore jeune (lancée en décembre 2013). De plus, c’est peut-être parce qu’elle vise un public latino-américain qu’on sent un parfum de telenovela à la Killer women, moins dans les goûts nord-américains. Toujours est-il qu’elle apporte de la diversité dans le paysage télévisuel américain et a le temps de faire sa marque.

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