Welcome to Sweden / The Backpackers (2014): de très mauvais voyages

Welcome to Sweden est une nouvelle comédie de dix épisodes diffusée qui a d’abord fait ses débuts sur les ondes de TV4 en Suède au mois de mars et elle est depuis le début juillet disponible sur NBC aux États-Unis et The Comedy Network au Canada. On y suit les péripéties de Bruce (Greg Poehler), un célèbre comptable à Hollywood qui décide de prendre un nouveau départ et d’aller vivre en Suède avec sa petite amie Emma (Josephine Bornebusch). Mais le dépaysement le rattrape rapidement et il doit surtout apprendre à composer avec la famille pour le moins spéciale de sa dulcinée. De son côté, Backpackers est une comédie dérivée d’une websérie canadienne de CTV qui a été diffusée sur les ondes de CW dès la mi-juillet, mais qui a été annulée après seulement deux diffusions. Elle mettait en scène Brandon (Dillon Casey) et Ryan (Noah Reid), deux jeunes dans la vingtaine qui ont convenu de faire un tour de l’Europe avec pour seul bagage un sac à dos avant que ce dernier ne se marie. Fêtes et filles sont au rendez-vous de Paris à Rome, de la côte Amalfi à Berlin, etc. Ces deux productions nord-américaines ont en commun de nous faire voyager en Europe, mais aucune des deux ne misent assez sur l’aspect touristique des lieux où se déroulent les intrigues. Si Welcome to Sweden est un peu trop fade sur plusieurs facettes, Backpackers est probablement la pire comédie vue depuis plusieurs années avec des personnages insignifiants, des mises en situation absurdes et des blagues faciles.

Lacunaire transposition à l’écran

Dans Welcome to Sweden, Bruce a pour clients tout le gratin hollywoodien. Malgré le succès rencontré au travail, il choisit l’amour à la carrière et s’envole pour la Suède. Comme le couple n’a pas encore trouvé un chez-soi à Stockholm, ils décident de passer quelques jours chez les parents d’Emmy en campagne, lesquels ne sont guère impressionnés par leur nouveau beau-fils. La mère, Viveka (Lena Olin) est stupéfiée par sa petite taille et lui trouve tous les défauts de la terre. Quant au père Birger (Claes Mansson), il est surtout offusqué que Bruce n’ait pas appris le suédois. On fait aussi la connaissance de Gustaf (Christopher Wagelin), le petit frère d’Emma. Looser par excellence, il vit dans un cabanon situé sur le terrain familial et passe sa journée à boire ou fumer de la marijuana. Pour Bruce, rien ne fonctionne. Il voulait refaire sa vie dans ce nouveau pays, mais le choc culturel est tel, qu’il ne sait par où commencer. De plus, les vacances familiales n’arrangent rien, puisqu’elles le privent de toute promiscuité avec sa fiancée. Même déménagés à Stockholm, c’est la désillusion notamment causée par les difficultés que lui font subir le service d’immigration suédois.

Amy Poehler, très appréciée des Américains pour ses fréquentes apparitions dans Saturday night live et son frère Greg sont les producteurs exécutifs de la série. Celle-ci est d’ailleurs inspirée d’un fait vécu, puisqu’en 2006, le frangin a quitté les États-Unis pour aller rejoindre sa petite amie en Suède. Avocat de formation, il a tout laissé tomber pour faire dans la comédie stand-up, art dans lequel il a connu beaucoup de succès.

C’est bien entendu ce fait vécu qui a inspiré la série, mais la transposition ne fonctionne pas vraiment, en particulier du point de vue comédie. Comme l’écrit Alessandra Stanley dans sa critique : « Welcome to Sweden” is more good-natured than it is good, more good-humored than it is humorous ». De plus, mis à part le cercle restreint de la famille, on ne mise pas assez sur les mœurs, la politique, les habitants de ce pays pourtant fascinant : bref, une carte postale incomplète. Mais ce qui fait le plus défaut, c’est le duo principal. Il n’y a aucune chimie entre Emma et Bruce et on peine à croire qu’il ait abandonné amis et famille pour cette histoire d’amour.

Exil adulescent

Dans Backpackers, Ryan est sur le point de se fiancer avec sa copine Beth (Meghan Heffern), mais d’un commun accord, ils décident d’aller parcourir l’Europe chacun de leur côté question de profiter de leurs derniers instants en tant que « libres ». Ryan part donc avec son meilleur ami Brandon et leur première destination est Paris. Lors d’une fête, le fiancé réalise qu’il ne peut se passer de sa bien-aimée. Seulement, il ne sait où elle se trouve sur le continent et les deux jeunes adultes décident de partir à sa recherche. Dans les deux épisodes, ils parcourent la France, rencontrent des filles et font la fête. À Rome, ils rencontrent des filles et font la fête et sur côte Amalfitaine, ils rencontrent des filles et font la fête. Malgré tout, Beth reste introuvable. Il est vrai que l’Europe est plutôt grande…

Sûrement pour économiser sur les frais, CW a décidé cet été d’acheter deux séries canadiennes pour combler un bloc d’une heure en heures de grande écoute, la deuxième étant Seed. Pour ce qui est de Backpackers, le format initial de la websérie était d’une quinzaine de minutes alors on a décidé d’ajouter plusieurs minutes pour qu’elle entre dans un format de 30 (pubs incluses); mal lui en prit. Sans connaître le succès qu’a eu la série sur le net,  à la télévision, le résultat est catastrophique. La prémisse est déjà assez stupide : profiter de leur jeunesse pour voyager pour ensuite perdre leur temps à chercher quelqu’un. Si au moins une part de l’émission mettait l’accent sur les lieux visités… peine perdue. Ils traversent les plus belles villes d’Europe sans les admirer et tout ce qui est local se limite à des clichés (la baguette en France, le foot en Italie, etc.). Brandon est au lit avec une nouvelle conquête à toutes les deux scènes et Ryan est à la remorque, « cherchant » sa copine; comme s’il allait la trouver au coin de la prochaine rue.

 

Le tout est d’une profondeur abyssale et comme l’écrit Pierre Langlais dans son article : « Pas une discussion ne prend le temps, pas un dialogue ne développe son idée jusqu’au bout, pas une scène… n’est drôle. »  Et puis il y a cette manie dans les séries canadiennes de ne jamais s’identifier clairement « canadiennes ». On entretient toujours un flou sur la ville où se déroule l’action et on cache délibérément tout ce qui s’apparenterait au pays (monnaie, plaques d’immatriculation, drapeaux, etc.). Backpackers ne fait pas exception à la règle et lorsqu’on demande aux protagonistes d’où ils viennent, ils répondent qu’ils sont « Nord-américains ». Pourquoi? Est-ce qu’un Français en Amérique se qualifierait « d’Européen de l’Ouest »?

Si les Américains sont plus ou moins impressionnés par Welcome to Sweden (auditoire en millions pour les trois premières semaines : 3,51 / 2,8 / 2,90), la série a connu un meilleur succès en Suède et une seconde saison est au menu. Backpackers n’a rassemblé que 590 000 téléspectateurs pour le premier épisode et 350 00 pour le second : des chiffres médiocres bien à l’image de la série. Dans ces deux cas, le « Nord-Américain », dans son indifférence face à la culture d’autrui, son incapacité d’apprendre une autre langue et sa passivité, lorsqu’entouré de tant de merveilles architecturales, fait bien piètre figure…

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