Joséphine (2013) : la BD française au cinéma

Joséphine est le sixième film de l’actrice et réalisatrice Agnès Obadia qui est sorti en salles en juin 2013 en France et qui arrive finalement au Québec un an plus tard; le 4 juillet. À Paris, Joséphine (Mariloup Berry) est une célibataire dans la trentaine à la recherche du grand amour, mais ses espoirs sont constamment déçus. Lors d’un dîner en famille, sa sœur Diane (Alice Pol) annonce ses fiançailles avec Aymeric (Valentin Merlet); l’homme parfait, en apparence. Jalouse au possible de cette frangine plus belle qu’elle et préférée de leurs parents, Joséphine annonce à tous qu’elle aussi a rencontré le grand amour; un chirurgien esthétique avec qui elle a décidé d’aller partager la vie au Brésil. Dès lors, une spirale de mensonges devient le quotidien de la jeune femme qui n’a que deux choix : prendre le premier avion pour le Brésil… où faire croire qu’elle est partie. Adaptation des bandes dessinées du même nom signées Pénélope Bagieu, certains, avant même la sortie du film, craignaient que la réalisatrice ne conserve pas l’essence des livres. Et c’est bien là le problème. Joséphine est truffée de personnages plus grands que nature avec des mises en situation absolument pas crédibles quand on passe de la planche à dessin à la pellicule. De plus, le thème de la trentenaire célibataire commence à être très usé. Un film estival qui défile à vitesse éclair devant nos yeux (environ 90 minutes), mais qui sera loin de marquer les esprits.

Réchauffé et manque de crédibilité

Loin d’être un laideron, Joséphine n’est cependant pas un canon de beauté et c’est surtout son postérieur bombé qui attire l’attention. Elle décide avec des amis d’aller consulter un renommé chirurgien, Marcelo (Edson Rodrigues), qui n’a rien d’autre à lui conseiller que de faire du sport. Reste que c’est là que germe l’idée de la protagoniste dans son futur mensonge. L’annonce de sa sœur au souper de famille est la goutte qui fait déborder le vase et c’est là qu’elle leur apprend qu’elle part avec son docteur. Cette annonce pour le moins inattendue se répand comme une traînée de poudre et la première conséquence est qu’elle perd son emploi. À sa grande surprise, ses plus proches amis ont gobé cette histoire et se sont même cotisés pour lui payer le billet de départ. Mais à l’aéroport, elle a une crise d’anxiété et rate l’avion. Elle voudrait bien retourner chez elle, mais son appartement a déjà été loué à Gilles (Mehdi Nebbou), un collègue du bureau qui lui a longuement fait la cour, sans succès. Qu’à cela ne tienne, elle s’installe incognito dans sa chambre au deuxième étage qu’elle garde fermée à clé et passe son temps à s’informer sur le Brésil et surtout, à épier Gilles qui se révèle être l’homme idéal. Comment se sortira-t-elle de ce bourbier? Va-t-elle se faire prendre?

L’intrigue sur papier semble originale, mais transposée à l’écran, ça ne fonctionne pas très bien, problème dont a aussi souffert Main dans la main de Valérie Donzelli ou Un plan parfait de Pascal Chaumeil. Le premier problème est que tous croient au mensonge de Joséphine, et ce, bien qu’elle leur fournisse un minimum d’explications. Pas un des membres de sa famille n’émet le désir de le rencontrer, d’aller la visiter au Brésil ni même de la reconduire à l’aéroport. Puis, on peine à comprendre que la protagoniste parvienne à se nourrir, se laver sans que Gilles s’aperçoive qu’elle est là.

De plus, le personnage principal ressemble étrangement à celui dans le Journal de Bridget Jones de par son aspect physique, sa marginalité, l’habitude qu’elle a de manger de la malbouffe lorsqu’elle est déprimée où encore dans son rapport avec les hommes. Donc, rien de bien original jusqu’ici, d’autant plus que les clichés de narration cinématographique ne sont pas en reste. À deux reprises lorsqu’elle est au plus bas, une pluie torrentielle s’abat sur elle. Et dès les premiers plans, on appréhende qu’elle développera des sentiments à l’égard de Gilles; ce type discret, pas nécessairement beau qui ne cache pas avoir le béguin pour elle.

Quand la bande dessinée rencontre la réalité

Au cours de la dernière année sont arrivés en salles au Québec trois films français adaptés de bandes dessinées : Quai d’Orsay, Boule et Bill puis Joséphine et dans tous ces cas, la transposition à l’écran n’a eu que de piètres résultats. Le premier ne s’en tirait moins mal malgré la redondance des dialogues, puisqu’il s’agissait d’une parodie d’un certain ministre et non des personnages imaginaires. Dans Boule et Bill, l’idée de faire parler un vrai chien était complètement ridicule et disons que le jeune acteur incarnant Boule ne crevait pas particulièrement l’écran. Pour ce qui est de Joséphine, Marc Munder dans sa critique relève un défaut principal, le résultat d’une mauvaise transposition de la BD à l’écran :« Surtout qu’aux images s’ajoute régulièrement la voix-off de Joséphine qui, régulièrement, nous explique où en est l’histoire, voire même quel sentiment l’on doit ressentir. Etait-ce un effet « bulle » narrative de bande-dessinée qui a influencé le réalisateur au point de nous surexpliquer le scénario? » L’autre aspect qui tombe rapidement sur les nerfs est le manque de profondeur des personnages secondaires, en particulier la bande d’amis de la principale intéressée : Chloé (Bérengère Kief) est probablement la pire dragueuse au monde alors qu’elle essaie de séduire Gilles (c’est tout juste si elle ne se déshabille pas), Cyril (Cyril Guei) rassemble à lui seul tous les clichés du gai de service et quant à Rose (Amelle Chahbi) elle est aussi intéressante qu’une plante verte.

Le bon côté est que Joséphine pourrait plaire aux plus jeunes tellement le scénario est dépourvu de toute subtilité. D’ailleurs, les producteurs au moment du montage ont même encouragé la réalisatrice à faire en sorte que le film s’adresse particulièrement à un public âgé entre 15 et 25 ans. La tactique semble avoir fonctionné puisqu’à ses débuts, la fiction a attiré 650 000 téléspectateurs. Reste à voir si le succès sera le même de l’autre côté de l’Atlantique.

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