Halt & Catch fire (2014) : le temps est à la nostalgie

Halt & catch fire est une nouvelle série de dix épisodes diffusée sur les ondes d’AMC aux États-Unis depuis le début juin. On nous transporte à Dallas en 1983 alors qu’un certain Joe Macmillan (Lee Pace), ayant travaillé auparavant pour IBM vient offrir ses services à Cardiff Electric, un petit développeur de logiciels systèmes. Là-bas, il fait la connaissance de Gordon Clark (Scott McNairy), un « génie mésestimé » avec qui il a pour projet de lancer sur le marché le PC le plus performant qui soit. Les deux hommes s’adjoignent ensuite les services de Cameron Howe (Mackenzie Davis), une jeune étudiante en programmation dont le talent égale l’humeur sulfureuse. Mais ils voient bientôt leurs ambitions freinées alors que le géant IBM, qui vient tout juste de sortir ses premières moutures PC, n’entend pas partager la tarte. Ces dernières années, on a vu l’éclosion de plusieurs séries mettant en scène d’une part des pionniers de notre ère moderne et d’autre part, nous montrer sous plusieurs angles les coulisses de l’informatique. Halt & catch fire réunit ces deux tendances avec brio et malgré des personnages unpeu trop grands que nature, la série nous offre un bon divertissement.

Rêver de l’informatique à la maison

Avec l’excellente série Mad Men qui tire bientôt à sa fin en 2015, AMC souhaitait bien accrocher son public en nous présentant une autre série historique mettant en scène un équivalent du coloré Don Draper (John Hamm) : c’est chose faite avec Joe MacMillan. Les raisons sont encore obscures, mais il a quitté IBM en claquant la porte et n’a pas donné signe de vie durant un an. Avant son embauche chez Cardiff Electric, il était tombé sur un article portant sur un projet de Gordon : le Symphonic, un premier ordinateur personnel, mais qui n’a pas eu le succès escompté et qui a laissé ce dernier criblé de dettes et moralement à plat. Joe compte donc sur cette précieuse collaboration pour offrir ce pied de nez à IBM. Ensemble, les deux hommes démontent un ordinateur PC, parviennent à localiser la puce BIOS et à recréer son code de langage d’assemblage, mais en mieux. Narcissique et un peu trop sûr de lui-même, Joe laisse savoir à ses compétiteurs sa découverte et rapidement le colosse informatique s’amène dans la petite boîte avec une bonne dizaine d’avocats. Suite à cette inquisition en règle, Gordon, qui entre-temps a été promu, se voit dans l’obligation de renvoyer une bonne partie des employés de la boite. Le patron de celle-ci, John Bosworth (Toby Huss) est prêt à tout pour trouver de nouveaux fonds et conclut un accord de principe avec Loulu Lutherford (Jean Smart), une riche héritière qui leur offre 10 millions $ en échange de la possession de 80 % de la compagnie. Cet accord hérisse Joe qui s’empresse de séduire le mari de cette dernière; faisant ainsi échouer la transaction.

Comme on le voit, Halt & catch fire n’est pas à court d’imagination et ses riches personnages se révèlent prometteurs. C’est Gordon qui retient davantage l’attention. Intelligent, mais échaudé par sa dernière expérience, il a besoin d’un tempérament fonceur comme celui de Joe pour aller de l’avant et recouvrer une certaine confiance. Chez ce dernier, c’est son absence totale de scrupules et le fait qu’il y ait plusieurs zones grises autour du personnage qui retiennent l’attention. Pour l’instant, seul le personnage de Cameron laisse perplexe. C’est un peu une artiste de l’informatique; complètement dédiée à son travail, elle n’en dort plus et prend toutes ses décisions sur un coup de tête. Pour le moment, elle est surtout difficile à suivre et à apprécier. Enfin, un mot sur la mise en scène, on a vu ces derniers temps des séries se déroulant dans les années 80 (The Carrie diaries, The Goldbergs) mettre le paquet, jusqu’à écœurement, de couleurs fluo, musique heavy metal et gadgets en tous genres. Hatl au contraire ne fait pas de ces années ingrates un spectacle, s’en tenant tout au plus à une luminosité terne, à l’image du grain de la pellicule de ces années.

Geeks et pionniers

Si on exclut les séries policières et médicales qui pullulent, on peut constater que depuis quelques années, de bonnes séries qui nous sont servies mettent en scène des petites gens qui par leur ardeur, détermination et surtout, en se battant contre des géants financiers se voient récompensés de leurs efforts, tout en faisant évoluer la société. Comme chaque création est indubitablement influencée par le contexte actuel (dans ce cas, la mondialisation), il n’est donc pas étonnant qu’une série comme Halt & catch fire aboutisse sur nos écrans.Parmi ces pionniers, notons entre autres Mr.Selfridge de la série du même nom : ce modeste américain qui doué du sens des affaires, a révolutionné le monde du magasinage, allant jusqu’à ouvrir le premier magasin à grande surface à Londres. Autre pionnier, le docteur William Masters dans Masters of sex qui est l’un des premiers à se pencher sur l’étude des comportements sexuels dans l’Amérique des années 50. Bien que l’histoire nous montre que leurs efforts n’étaient pas vains, ils ont dû s’attaquer à des ennemis de taille : toute l’aristocratie et l’aile politique pour Selfridge et tout le corpus universitaire pour Masters.

Halt & catch fire entre dans le même courant; le principal adversaire étant IBM. Mais la série nous transporte aussi dans l’univers du geek; un type de personnage jusqu’ici peu présent dans les séries, du moins dans le rôle principal. La représentation de ce groupe est pourtant en train de faire ses preuves, notamment avec la récente série d’HBO Silicon Valley dans laquelle un jeune crac en informatique décide de fonder sa propre compagnie plutôt que de laisser des géants s’emparer de son invention. Toujours dans l’humour, n’oublions pas les tribulations des protagonistes de The big bang theory dont l’innocence égale le génie informatique. Dans ces deux cas, ces séries ont connu une forte popularité et bien que le commun des mortels ne comprenne rien au jargon informatique. En ce sens, on retrouve l’équivalent avec les séries médicales : beaucoup de termes techniques, mais qui touchent notre vie au quotidien. En réunissant toutes ces caractéristiques, Halt & catch fire devrait normalement être le prochain succès de la chaîne, mais…

Si les critiques ont choisi d’appuyer sur le bouton « enter », le public quant à lui semble avoir appuyé sur « escape ». En effet, la série n’a récolté en termes d’audiences que 1,19 million pour son pilote, 0,97 et 0,77 pour les épisodes suivants. On ne peut cependant blâmer la production d’avoir failli à la promotion : l’épisode #1 a été diffusé en avant-première au festival South by southwest en mars et a aussi été mis gratuitement et dans son entièreté sur Tumblr (ce qui ne s’est jamais fait auparavant) quelques semaines avant le lancement officiel. Quoi qu’il en soit, la série se révèle être un bon divertissement… à savourer au cas où cette dernière disparaîtrait des ondes.

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