From there to here (2014): un trop plein de genres

From there to here est une minisérie de trois épisodes diffusée sur les ondes de BBC One depuis la fin mai. L’action se déroule en 1996 à Manchester dans l’univers de la famille Cotton avec pour personnage principal, Daniel (Philip Glenister), marié et père de deux enfants, qui dirige une fabrique de friandises fondée par son père Samuel (Bernard Hill). Ce dernier est en froid avec son autre fils, Robbo (Steven Mackintosh), un fêtard peu fiable qui a toujours un joint à la bouche. Daniel décide de les réunir en les invitant dans un bar afin qu’ils puissent recoller les pots cassés. Mais avant même qu’ils n’aient pu s’expliquer, une bombe lancée par l’IRA (Armée républicaine irlandaise) explose dans les environs, laissant les protagonistes indemnes, mais fortement ébranlés. Dès lors, leur destin change plus qu’ils ne l’imaginent. Saga familiale, portrait d’une époque avec en toile de fond le Championnat d’Europe des nations, drame, étude de mœurs, critique sociale, From there to here est tout ça en même temps, mais ne parvient jamais à créer une harmonie entre ces genres, si bien qu’on a droit à 3 épisodes très distincts. Bien que le casting et la mise en scène soient excellents, c’est le manque de cohésion qui fait qu’à la fin de la série, on se demande encore ce qu’on a vu.

Manchester, 1996-2000

Le premier épisode mêle habilement la petite histoire et la grande. L’équipe de football d’Angleterre s’est rendue si loin dans les affrontements que tous les espoirs sont permis. La ville est à l’unisson derrière ses joueurs et en ce sens, l’attentat à la bombe n’est pas fortuit. Endetté jusqu’au cou, Robbo a parié tout ses avoirs et même le club qu’il possède sur la victoire de l’équipe. Dès lors, il semble que seul un miracle sur le terrain puisse tout arranger. Mais voilà, un joueur rate un but lors d’un tir de pénalité et tout s’écroule. Acculé au pied du mur, Robbo n’a d’autre choix que de dynamiter son club et de blâmer l’IRA.

Lors de la première explosion, se trouvait aussi sur les lieux une jeune serveuse, Joanne (Liz White), secourue par Daniel. Une histoire d’amour se développe entre eux et de leur union naitra une petite fille. Pendant un temps, le protagoniste parvient à mener une double vie, mais lorsqu’il a un infarctus et que les deux familles vont le visiter, en même temps, à l’hôpital, tout dérape.

Dès lors, on évacue l’aspect historique pour entrer dans la sphère privée alors qu’on fait un bond dans le temps et on se retrouve aux célébrations de l’année 2000. Daniel est retourné vivre chez son père et les tensions avec ses deux familles demeurent palpables. Le fils de Daniel, Charlie (Daniel Rigby) investi massivement pour faire grossir l’entreprise familiale tandis que sa sœur Louise (Morven Christie) vient d’être élue députée au parti travailliste de Tony Blair. Quant à Daniel, il sait depuis longtemps qu’il a été adopté, mais n’a jamais rencontré ses parents biologiques. Encore ébranlé par ses séparations, Samuel lui donne, pour le secouer l’adresse de sa mère qu’il va visiter. Face à ces nouveaux défis, tous les protagonistes échoueront à divers degrés, mais la famille reste soudée, peu importe les intempéries.

De la nostalgie sportive au vaudeville

L’idée de lier dans le premier épisode le match de football décisif directement au destin des Cotton est très bonne. Quand on crée une série « d’époque », on prend souvent comme repaires les événements politiques ou la culture (mode, musique, films, etc.). Mais ici, on suscite la nostalgie par le sport, ce qui est peu commun d’ordinaire. La déception des partisans, ajoutée à l’explosion double l’effet dramatique. Cette approche est complètement absente du scénario du deuxième épisode qui nous amène totalement ailleurs. Toute l’attention est dirigée vers ce va-et-vient perpétuel auquel se livre Daniel pour satisfaire les deux femmes de sa vie et ses progénitures. L’intérêt pour le téléspectateur n’est plus dans l’Histoire, mais dans les mensonges et astuces du protagoniste qui fait des pieds et des mains pour ne pas se faire prendre. Force est d’admettre qu’il s’en tire avec brio. Le troisième épisode nous fait grâce du mélodrame suivant la rencontre entre les deux femmes à l’hôpital puisqu’on effectue un saut dans le temps. Les années passant, on assiste ici au dénouement d’une saga familiale qui vit plusieurs hauts et plusieurs bas, un peu à l’image de Giants, ce classique de 1956 de George Stevens.

En entrevue, le créateur de From there to here Peter Bowker a affirmé ceci :« I wanted to write a love letter to Manchester – warts ‘n all – and to do it through a family saga that captured something of the city’s pace, life and humour.» Jusqu’à un certain point, il y parvient puisqu’il réunit tous les ingrédients pour y arriver, sauf que le gâteau ne lève qu’à moitié. L’histoire entourant le personnage de Joanne est celle qui fait le plus défaut. Daniel se révèle courtois à son égard, mais de là à ce qu’ils forment un couple, pire, une famille, c’est pousser le bouchon un peu trop loin. On nous met devant ce fait accompli lors de la seconde partie, mais toutes les intrigues que l’on initie en même temps sont tournées vers la famille Cotton. Évacuer toute cette trame narrative n’aurait en rien miné le scénario et nous aurait même permis d’y aller plus en profondeur quant aux autres personnages de la série. En s’éparpillant un peu trop, on ne réussit jamais à canaliser les émotions du téléspectateur. Les moments dramatiques, tout comme ceux plus loufoques sont d’un certain attrait, mais sans plus.

From there to here a attiré en moyenne 3,37 millions de téléspectateurs, ce qui est honorable. Cette histoire d’une famille durant la fin d’un siècle mouvementé a sûrement eu une plus forte résonnance sur son public britannique que sur l’auditoire étranger. Si l’on considère la série comme étant une saga familiale, on pourrait lui reprocher d’être un peu trop banale et de manquer d’émotions cinématographiques. En somme, le tout se digère bien, mais il manque juste un peu de saveur.

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